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Le jardin tropical de Paris, mémoire oubliée des soldats coloniaux

Le jardin tropical de Paris, mémoire oubliée des soldats coloniaux.
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Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

En bordure du bois de Vincennes, le temps semble s’être arrêté dans un lieu bien mystérieux. Dans le jardin  tropical, la nature a repris ses droits depuis plusieurs décennies. Pourtant, en visitant cet endroit, le promeneur découvre avec surprise des bâtiments et des monuments d’un autre siècle. Injustement oublié, cet écrin de verdure est pourtant la mémoire vivante de l’histoire de la France et de ses colonies. À l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, France24.com reconstitue en images, grâce à des archives inédites, la riche histoire de cet endroit fantomatique.

Du jardin d’agronomie à un hôpital militaire

Lors de sa création en 1899, le jardin tropical, situé dans la commune de Nogent-sur-Marne, est d’abord un laboratoire. Il s’agit alors de coordonner la recherche agronomique qui visait essentiellement à augmenter le rendement de cultures propres aux colonies comme le café, le cacao, la vanille, la muscade ou les bananes. Le lieu se dote aussi en 1902 d’une École nationale supérieure d’agriculture coloniale pour former les ingénieurs qui se destinent à une carrière dans les colonies.

Quelques années plus tard, de mai à octobre 1907, le jardin accueille une exposition coloniale, manifestation très en vogue à l’époque. C’est un succès public avec deux millions de visiteurs en six mois. Le site est ensuite divisé en deux zones, l’Asie-Océanie et l’Afrique, avec cinq villages reconstitués. Les habitants vêtus de costumes traditionnels, leur artisanat ainsi que leurs coutumes religieuses y sont mis en scène.

Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale le 3 août 1914, le jardin se transforme en hôpital militaire. Dès le 31 août, les premiers blessés arrivent pour se faire soigner. Au départ, il s’agit de soldats métropolitains, mais à partir de décembre, les premiers blessés des troupes coloniales sont pris en charge sur le site. Au total, l’hôpital accueille au cours du conflit plus de 4 800 soldats, originaires principalement d’Afrique du Nord et de l’Ouest, mais aussi de Madagascar, de Polynésie, d’Asie et des Antilles.

La première mosquée en France

L’hôpital du jardin tropical est exemplaire par la qualité des soins dispensés aux soldats des troupes coloniales, mais aussi par le souci apporté au respect de leurs coutumes. La grande majorité des blessés étant de confession musulmane, les ministères de la Guerre et des Affaires étrangères décident d’édifier provisoirement une mosquée dans le jardin, le tout premier édifice de ce genre en France. 

Après le conflit et la fermeture de l’hôpital,  le jardin d’agronomie tropicale devient un lieu de mémoire. Un premier monument en forme d’obélisque est ainsi érigé en 1919 au nom de toutes ces troupes venues des quatre coins de l’Empire colonial français. Un an plus tard, la maison des notables cochinchinois est consacrée en temple du souvenir indochinois. Des monuments sont aussi construits en hommage aux soldats chrétiens indochinois, Cambodgiens et Laotiens morts pour la France, ainsi qu’aux Malgaches.

Malgré la richesse de son histoire, le jardin tropical semble aujourd’hui à l’abandon. Concédé à la mairie de Paris en 2003, ce témoignage du passé colonial de la France n’est plus que l’ombre de lui-même. De nombreux monuments, héritages de l’exposition coloniale ou de la Première Guerre mondiale, ont déjà disparu ou sont en passe de l’être.

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