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Les Jeux Olympiques féminins, un héritage de la Grande Guerre

Équipe de Suède, Féminin, 1926
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Dans le numéro spécial du journal Le Petit Écho de la Mode du dimanche 30 août 1914 apparaît un éditorial sous le titre « À toutes les Femmes de France » signé Liselotte. Cet article est prémonitoire quant au rôle que vont assumer les Françaises pendant ce conflit. On peut y lire : « Une heure grave vient de sonner. Notre patrie est en danger. Ils sont partis ! Mes chères lectrices, mes chères amies, ne vous laissez point abîmer par le chagrin ; ne vous repliez pas sur vous-mêmes, ne bercez pas votre douleur ; regardez autour de vous, la nation réclame votre vaillance, votre activité, votre énergie. Dépensez-vous dans les flots d’une charité sans mesure ! Guérissez les malades, élevez les enfants, consolez les vieillards, entretenez ces foyers mutilés. ».

L’émergence de la pratique sportive féminine

Pour des millions de femmes de soldats commence un angoissant quotidien. Elles vont traverser courageusement ces temps difficiles et prendre en charge les métiers et responsabilités traditionnellement dévolus aux hommes. Mais si les femmes vont remplacer les hommes dans le monde du travail, elles vont aussi aller sur les stades. Moins soumises au joug masculin, elles vont pouvoir se tourner vers des activités qui n’étaient pas envisageables auparavant. Car si depuis le milieu du XIXe siècle, des femmes pratiquent des activités sportives, c’est souvent avec leurs maris. On reproche au sport de rendre les femmes stériles et de les inciter à la débauche en montrant leur corps sur les stades. C’est donc pendant cette période dramatique que le sport féminin s’émancipe du sport masculin et impose son propre dynamisme.

Les premières manifestations sportives féminines

Dès 1915, se mettent en place dans le pays des réunions sportives féminines inter-usines, ancêtres du sport corporatif. Certaines femmes n’hésitent pas à participer à des courses réservées aux seuls hommes. Ainsi le 29 septembre 1915, Marie-Louise Ledru participe au marathon du « Tour de Paris ». Elle se classe 38e sur 78 partants et court la distance en moins de 4 h30.

Le 2 mai 1915, le Club Académia organise, au Stade Brancion à Paris, la première réunion de l’athlétisme féminin français.

Le 30 septembre 1917, le premier match de football féminin est disputé en France. L’équipe de Thérèse Brulé s’impose 2-0 face à celle de Suzanne Liébrard. Le journal L’Auto, ancêtre de L’Équipe, relate dans son édition du 2 octobre 1917 que : « pour la première fois des jeunes filles ont joué au football ». Cette rencontre oppose deux équipes du même club, le Fémina Sport. Créé en 1912, c’est un club omnisports féminin dont Alice Milliat est la présidente depuis 1915. Cette institutrice encourage ses équipes à disputer des matchs dans toute la France afin de promouvoir la pratique du football féminin et devant la multiplication des clubs parisiens et provinciaux, elle pousse à la création en 1917 de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France, dont elle sera présidente en 1919. Organisé par cette fédération, un championnat de France de football féminin se met en place. C’est une première mondiale. Les finales se déroulent les 23 mars et 13 avril 1918. Le Fémina Sport enlève ce premier titre national en s’imposant face à l’En Avant, club omnisports féminin fondé à Paris en 1912.

En juillet 1917 naît le premier championnat de France d’athlétisme féminin. En avril 1918 se déroule dans le bois de Chaville le premier cross-country féminin qui voit la participation de quarante-deux concurrentes. La victoire revient à Sébastienne Guyot. Peu de temps après a lieu le second championnat de France féminin d’athlétisme.

La détermination d’Alice Milliat

Alice Milliat demande, dès 1919, au Comité International Olympique d’inclure quelques épreuves féminines au programme des Jeux d’Anvers. Elle se heurte à l’antagonisme irréductible de plusieurs dirigeants et notamment à celui de Pierre de Coubertin. En constants déplacements, multipliant  les contacts dans de nombreux pays, Alice Milliat décide alors de mettre en place en 1921 les premiers Jeux Mondiaux Féminins dont le cadre sera Monte-Carlo. Cinq nations répondent à l’appel : la Grande-Bretagne, l’Italie, la Norvège, la Suisse et la France. À l’issue de cette première mondiale, elle crée le 31 octobre la Fédération Sportive Féminine Internationale dont elle devient présidente. De nombreux pays l’approuvent et participent activement au premier congrès de cette organisation. L’Allemagne, l’Autriche, la Chine, l’Espagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suède, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie y sont présents. Les rencontres sportives internationales se multiplient. Contrairement au mouvement sportif masculin, on remarque que la Fédération Sportive Féminine Internationale ouvre ses portes, dès sa création, à l’Allemagne et à l’Autriche.

En 1922, Alice Milliat, défiant les responsables du CIO, organise le 10 août au stade Pershing à Paris une épreuve qu’elle appele « les premiers Jeux Olympiques Féminins ». Huit pays sont présents et onze épreuves d’athlétisme sont disputées en présence de 20 000 spectateurs. C’est un succès qui n’empêche pas un nouveau refus pour les JO de 1924 à Paris. Infatigable et déterminée, Alice organise en 1926 à Göteborg les deuxièmes Jeux Olympiques Féminins.

Devant une telle détermination, les oppositions sectaires de l’International Association of Athlétics Federations de Sigfrid Edström et du CIO de Pierre de Coubertin disparaissent. La reconnaissance olympique s’accomplira en 1928 aux Jeux d’Amsterdam où 21 nations déléguèrent 277 féminines. L’élan est désormais donné, rien ne l’arrêtera.

Née à Nantes le 5 mai 1884, Alice Milliat mourut dans un complet anonymat le 19 mai 1957 à Paris.

Grâce à l’impulsion et à la détermination de personnalités d’exception, motivées par la volonté d’égalité entre les sexes, les femmes ont pris conscience qu’en l’absence des hommes, elles étaient capables d’assumer leur l’indépendance et de vivre autrement. La Grande Guerre a été l’élément déclencheur qui a mis en évidence ce besoin d’équité et a ainsi amené, entre autres, les circonstances facilitant la mise en place du sport féminin au plus au niveau et son ouverture aux Jeux Olympiques.