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La Coupe du monde de football, un étonnant héritage de la Grande Guerre

L'équipe d'Uruguay championne du monde 1930.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Alors que la 20e édition de la Coupe du monde de football se déroule du 12 juin au 13 juillet 2014 au Brésil, il est intéressant de se remémorer les raisons qui ont poussé à sa création.

Le 11 avril 1919, un homme est élu président de la toute nouvelle Fédération Française de Football, ce même homme devient le 1er mars 1921 président de la Fédération Internationale de Football Association : c’est Jules Rimet. Chrétien, républicain et démocrate, survivant de la Grande Guerre qu’il fit avec le grade de lieutenant dans l’Infanterie et décoré de la Croix de guerre, ce fils d’épicier, qui découvrit la pratique du football dans la rue, restera président de la FFF jusqu’en 1949 et de la FIFA jusqu’en 1954.

Au lendemain du conflit, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Bulgarie et la Turquie sont écartées de toutes les compétitions internationales. Au sein de la FIFA, les Britanniques exigent l’exclusion des pays battus. Humaniste convaincu, Jules Rimet s’y oppose. Ébranlée par le conflit mondial, cette fédération est alors exsangue. Les Britanniques ayant démissionné, elle ne compte plus qu’une douzaine de membres. Rimet voit pourtant en elle le moyen de rassembler la grande famille du football à travers le monde. Dans un esprit de réunification, patiemment il réussit à persuader les fédérations nationales encore présentes au sein de la FIFA de créer une Coupe du monde. La première édition aura lieu du 13 au 30 juillet 1930 en Uruguay, 13 équipes participent à cette compétition. Seules la Belgique, la France, la Roumanie et la Yougoslavie représentent l’Europe. L’Uruguay, en battant en finale l’Argentine 4 à 2, devient la première nation détentrice de la Coupe du monde de Football et le Français Lucien Laurent, le premier buteur de son histoire.

Mais Jules Rimet veut aller plus loin. Convaincu que le sport est un vecteur de paix, il fait valoir ses qualités de diplomate et joue les conciliateurs afin que les pays vaincus soient réintégrés au sein de la FIFA et puissent ainsi participer à ce rassemblement mondial et fraternel.

C’est en Italie que se déroule l’édition de 1934 en présence de 16 nations dont l’Allemagne et la Hongrie, mais toujours sans les Britanniques. Hélas, le choix de ce pays, vainqueur de cette seconde édition, donne l’occasion au régime de Mussolini de faire de cette compétition un formidable moyen de propagande.

Ainsi, Jules Rimet au lendemain de la Première Guerre Mondiale a voulu faire du football un outil au service de la paix. En créant cette Coupe du monde, il souhaitait que les hommes unis autour d’une passion commune se respectent et s’apprécient. Mais comme Pierre de Coubertin, Jules Rimet a voulu trop bien faire en refusant le mélange du sport et de la politique et à l’instar des Jeux olympiques de Berlin organisés en 1936 par l’Allemagne nazie, le choix de l’Italie fasciste a eu l’effet escompté inverse.

Aujourd’hui, que reste-t-il du message de Jules Rimet ?

32 nations s’apprêtent à disputer au Brésil cette 20e édition. Devenu un événement incontournable, le monde entier va vivre cette compétition planétaire au rythme des matchs relayés par les médias omniprésents. Les passions vont se déchaîner, nous allons assister à un déferlement d’outrance et d’excès en tous genres. Mais si ce type de rassemblement réserve dans tous les domaines beaucoup d’imprévus et d’incertitudes, une chose est sûre, le 13 juillet 2014 le monde entier aura les yeux fixés sur la finale. À ce moment, nous serons tous réunis et nous communierons autour d’un spectacle d’une étonnante futilité qu’est un match de football !

Grâce à son exceptionnelle détermination empreinte d’une certaine naïveté, Jules Rimet a créé la Coupe du monde de football en réponse à la Première Guerre mondiale dans le but de rapprocher les hommes afin qu’ils se comprennent mieux et puissent vivre en paix. Cette utopie est devenue une certaine réalité et comme le prouve l’ampleur de l’événement ainsi que l’effervescence émotionnelle au niveau de toutes les nations, cet incroyable pari qui aura eu le mérite d’être tenté, s’il est loin d’être gagné, n’est pas encore perdu.

Michel Merckel
Auteur de « 14-18, le sport sort des tranchées », Édition Le Pas d’Oiseau