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Les écrits 14-18 du lieutenant Nissim de Camondo

Le lieutenant pilote Nissim de Camondo aux commandes d’un avion Dorand AR.1, 1917. Paris.
© Archives du musée Nissim de Camondo, AMNC 1145-028
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Edité par Les Arts Décoratifs, l'ouvrage "Le lieutenant  Nissim de Camondo. Correspondance et Journal de campagne, 1914-1917"* met en lumière le témoignage bouleversant de ce jeune patriote durant la Grande Guerre. 

Le lieutenant pilote aviateur

Nissim de Camondo (1892-1917) est dans sa vingt-deuxième année lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Issu d’une famille de banquiers israélites ayant quitté Constantinople pour s’installer à Paris en 1869, il est le fils aîné et bienaimé du comte Moïse de Camondo, éminent collectionneur d’art décoratif français du XVIIIème siècle.

Dès le 1er août 1914, le jeune homme part pour le front. Dès lors, il écrit presque quotidiennement à ses proches pour leur raconter son combat et note au crayon sur un petit calepin les évènements qu’il affronte. On le suit du front belge à la Lorraine, en passant par Verdun, le Chemin des Dames et la Somme. A l’enthousiasme de ses débuts, comme cavalier au 3ème régiment de hussards, succède en 1915, la prise de conscience de l’immense cruauté de cette guerre. Affecté alors au 21ème régiment de dragons, il devient mitrailleur dans l’infanterie et combat durant de longs mois difficiles dans les tranchées. En 1916, il passe dans l’aviation en qualité d’observateur à l’escadrille MF 33. Il survole dès lors les lignes ennemies, réalise un nombre considérable de missions photographiques, puis devient pilote. Il meurt glorieusement en combat aérien le 5 septembre 1917.

Après la guerre, le comte Moïse de Camondo mûrit assez rapidement le projet de dédier son hôtel achevé en 1914, rue de Monceau à Paris, et les collections qu’il abrite, à la mémoire du disparu, en créant un musée à son nom. C’est ainsi qu’il donne naissance au musée Nissim de Camondo qui ouvre ses portes en 1936. Dans ce lieu légué à l’Etat et géré alors par l’Union centrale des Arts décoratifs (aujourd’hui, Les Arts Décoratifs), les portraits du jeune héros doivent être maintenus en place dans les différentes pièces de l’hôtel afin de préserver son souvenir.

Un témoignage inédit

Ce legs d’exception fut accompagné d’un fonds d’archives privées, relatives à l’histoire de la famille Camondo. Environ deux cent quatre-vingt-dix lettres et cartes postales adressées par le jeune combattant, majoritairement à son père Moïse et à sa sœur Béatrice, y sont conservées. Elles forment la matière de cet ouvrage et constituent un témoignage très vivant et précis de la guerre telle que Nissim de Camondo l’a vécue, révélant avec précision les conditions matérielles de la vie au front et montrant le caractère ouvert et confiant ainsi que la nature énergique et courageuse du jeune soldat. Intercalée au fil des lettres, la publication de son journal de campagne complète cette correspondance inédite. Une sélection d’échanges épistolaires avec son amante Renée Dorville, puis de courriers qui suivirent sa disparition, parachèvent ce témoignage.

Objet d’un traitement spécial de son vivant, chacune de ses lettres était aussitôt dactylographiée  pour être lue facilement par la famille et les amis restés à l’arrière. Mais à l’époque, seuls sont alors recopiés les passages jugés intéressants sur son combat, sa vie, ses amis et ses rencontres. Une comparaison minutieuse des différentes versions a permis de restituer ses écrits dans leur intégralité.

Outre la préface rédigée par Olivier Gabet, directeur des musées des Arts décoratifs, deux articles introduisent la publication de sa correspondance et de son journal de campagne. Philippe Landau, attaché de conservation au Consistoire central des israélites de France, précise et reconstitue ce que fut le contexte familial et historique du jeune Nissim de Camondo. Sophie d’Aigneaux-Le Tarnec, attachée de conservation au musée Nissim de Camondo,  présente le fonds d’archives d’où cette correspondance est extraite. Sylvie Legrand-Rossi, conservatrice en chef du Patrimoine au musée Nissim de Camondo, signe la conclusion en retraçant les moments qui suivirent la disparition tragique du jeune combattant et en détaillant la genèse du musée.

Illustré d’une sélection de documents et de photographies du conflit conservées dans les archives du musée Nissim de Camondo, enrichi de notes explicatives et d’un index des noms propres rédigés conjointement par Sophie d’Aigneaux-Le Tarnec et Philippe Landau, cet ouvrage constitue le témoignage bouleversant d’un jeune patriote durant la Grande Guerre. Il permet de faire revivre dignement son souvenir, de valoriser un remarquable fonds d’archives, contribuant ainsi à la mémoire de l’histoire de la Première Guerre mondiale.

*Ce livre édité par Les Arts Décoratifs a été publié avec le soutien de la Mission du centenaire de la Première Guerre Mondiale et de la Galerie Kraemer, et sera disponible à a vente à partir du 22 septembre 2017.