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Le chemin du sacrifice, Fritz von Unruh

Photographie de Fritz von Unruh en officier de cavalerie.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le chemin du sacrifice est une œuvre majeure de la littérature du XXe siècle, et fait l’objet d’une nouvelle traduction par Martine Rémon et d’une réédition en 2014 préfacée par Nicolas Beaupré.

Eléments biographiques concernant l’auteur

Fritz von Unruh est né le 10 mai 1885 à Coblence, dans une grande famille de la vieille noblesse militaire prussienne.

Il intègre, tout comme ses frères, la plus prestigieuse école de cadets à Plön dans le Holstein et pendant le temps de sa formation, il y rencontre les fils du Kaiser. En 1905, il en sort sous-lieutenant et est intégré au 2e régiment des grenadiers de la garde « Kaiser-Frantz » à Berlin.

Parallèlement à sa carrière militaire, il fréquente, autant qu’il le peut, les bancs de l’université et ainsi que les théâtres.

Les débuts  en littérature

Il propose son premier texte, Louis-Ferdinand, Prince de Prusse, en 1910 à Max Reinhardt considéré comme l’un des plus réputés metteur en scène moderniste de Berlin. La pièce n’est pas montée mais Reinhardt encourage Unruh  à poursuivre son travail d’écriture. En 1911, il met en scène Officiers, pièce, au final,  saluée par la critique et qui fait de Unruh un jeune espoir du théâtre allemand.

Il décide de quitter l’armée pour se consacrer au théâtre mais n’arrive pas à monter la deuxième version de Louis-Ferdinand, Prince de Prusse, au prétexte qu’on ne peut mettre en scène les membres de la famille impériale.

Unruh et la guerre

Dès le début de la guerre, il se réengage dans l’armée et participe à l’invasion de la Belgique et de la France. Légèrement blessé fin août, il porte par écrit le récit de cette blessure en rédigeant deux versions, l’une en 1914 et l’autre, en 1931. Dans un long poème écrit en 1914 mais paru en 1919, Avant la décision. Unruh y montre que « la perte des illusions et des repères devant les formes nouvelles et cruelles prises par la guerre n’aboutit pas nécessairement à une prise de distance vis-à-vis des représentations des causes et des buts de la guerre, ni même à une remise en question de celle-ci ». (Nicolas Beaupré)

Le chemin du sacrifice

Von Unruh est auréolé du prix Kleist, prestigieux prix littéraire créé en 1911, qu’il a reçu en 1914. L’état-major lui confie la mission de faire la chronique de la bataille de Verdun qui se prépare. La version du Chemin du sacrifice, rédigée dans l’été 1916 sous le titre Verdun, fortement modifiée par rapport à la première version, est censurée jusqu’à la fin 1918. Cette première version restait pourtant largement patriotique. C’est à partir de la fin 1916 puis au cours des deux dernières années de la guerre, qu’Unruh évolue progressivement vers le pacifisme. Fritz von Unruh dénonce dans ce livre l’absurdité d’une guerre qui fait sombrer les hommes dans la folie. Implacable réquisitoire, aussi puissant que poignant, ce roman retrace le destin d’une compagnie dont les hommes sont confrontés à la terreur de l’assaut.

Ce texte, traduit une première fois en 1923, n’a pas donné la pleine mesure de la prose poétique expressionniste très singulière de Fritz von Unruh. L’excellente traduction proposée en 2014 rend justice au style si particulier du « poète-soldat » et permet de montrer combien la dimension littéraire de cette œuvre est importante pour Unruh, œuvre, qui, rappelons-le, est une fiction.  Les personnages sont des archétypes et l’œuvre, articulée en quatre actes, permet, par le jeu des dialogues, de donner différents points de vue sur la bataille.

Conclusion

« Ce qui est essentiel aux yeux d’Unruh, c’est de montrer que l’écriture de guerre, sur la guerre, ne saurait se confondre avec une simple documentation de l’expérience vécue. Il est sans doute l’un de ceux qui poussent le plus loin cette logique : la guerre est une matière pour le créateur. Il ne la documente pas, il l’écrit, il la crie, il l’a crée, la recrée sans cesse, la transforme en mythe. » (Nicolas Beaupré)

Texte largement inspiré par la préface de Nicolas Beaupré

Le chemin du sacrifice, Fritz von Unruh (trad.). Mars 2014, La dernière goutte.