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L'artillerie

La Première Guerre mondiale a provoqué l’essor de l’artillerie qui, elle-même, a transformé le visage de la guerre pour en faire une guerre industrielle. L’artillerie est représentée parce qu’elle fascine, mais cette présence prend parfois une tournure aliénante. Il semble, à certains moments, que le soldat en est un prolongement naturel. Cette confusion est symbolisée par la continuité des lignes dures et froides de la machine et du corps des soldats.

François Flameng, Retour d'un vol de nuit sur avions « Voisin » de bombardement

François Flameng, Retour d'un vol de nuit sur avions « Voisin » de bombardement, 1918, aquarelle, carton, gouache, 31 x 48 cm, Musée de l'Armée

François Flameng (1856-1923) est un peintre, graveur et illustrateur français. Son père, également peintre, est son premier professeur. Il rejoint ensuite l’École des beaux-arts de Paris et expose ses premières toiles au Salon dès ses 19 ans. Peintre de toile comme de décors, il travaille pour le théâtre national de l'Opéra-Comique ou encore la grande salle du restaurant « Le Train bleu » de la Gare de Lyon à Paris. En 1914, il devient peintre officiel des Armées et est envoyé en mission sur le front où il effectue des croquis qu’il retravaille ensuite dans son atelier de la rue de la Glacière à Paris.
Réalisée en 1918, Retour d'un vol de nuit sur avions « Voisin » de bombardement est l’occasion d’illustrer une nouvelle pratique de la guerre. Sur un fond bleu lumineux et profond qui donne toute son identité à la toile, Flameng reproduit de nouvelles machines. Il contribue ainsi à construire une image positive de la guerre moderne et technologique.

Edward Alexander Wadsworth, Dazzle-ships in Drydock at Liverpool (Navires camouflés en cale sèche à Liverpool), 1919, huile sur toile, 304,8 x 243,8 cm, National Gallery of Canada, Ottawa

Edward Alexander Wadsworth (19889-1949) est un peintre et graveur britannique proche du courant vorticiste, un mouvement d’avant-garde britannique du début du XXe siècle. Pendant la Première Guerre mondiale, il collabore avec la Royal Navy dont il peint les coques de bateau pour mieux les camoufler. En 1917, en pleine première bataille de l’Atlantique, Norman Wilkinson, lui-même peintre et lieutenant de la marine, imagine une solution innovante pour camoufler les coques des bateaux en les recouvrant de peintures géométriques et contrastées. Ces lignes ne font pas disparaître le bateau dans le paysage mais brouille la vision de l’ennemi qui ne sait plus de quel type de bateau il s’agit, ce qui rend beaucoup plus difficile le travail des sous-mariniers en charge de les couler. Edward Alexander Wadsworth fait partie des quelques artistes qui ont réalisé ces peintures.
Dans Navires camouflés en cale sèche à Liverpool, réalisée à son retour en 1919, il se remémore son travail. Cette toile témoigne de la convergence entre art d’avant-garde et guerre moderne.

Charles Ginner, The Filling Factory (L'usine d'obus), 1918, huile sur toile, 305 x 366 cm, National Gallery of Canada, Ottawa

Peintre britannique Charles Isaac Ginner (1878-1952) est né à Paris. Il étudie à l’École des beaux-arts de Paris puis travaille au sein d’un cabinet d’architecte. En 1910, il retourne à Londres et rejoint le Camden Town Group, groupe d’artistes britanniques postimpressionnistes.
Avec ce tableau, il montre avec réalisme et méthode l’usine d'obus présente dans les Midlands. Tous les éléments sont traités avec le même souci et sans hiérarchie. En mettant sur un même plan la structure, les ouvrières et les obus, il offre une vision neutre de l’industrialisation de la guerre.

Édouard Vuillard, Usine de fabrication d'armement à Lyon : les tours, 1916, huile sur toile, 75 x 154 cm, Musée d’Art moderne de Troyes

Édouard Vuillard (1868-1940) est un peintre français dont l’œuvre impressionne encore par sa qualité et sa complexité. Issu d’une famille modeste, il suit des cours à l’Académie Julian puis aux Beaux-Arts. Il s’intéresse d’abord aux natures mortes réalistes et travaille essentiellement sur des scènes d’intérieur dans lesquelles il soigne particulièrement les nuances de couleurs et l’équilibre entre clair et obscur.
L’usine de fabrication d’armement à Lyon : les tours s’attache à représenter l’effort d’armement en France. Il met en avant les ouvrières, ces femmes dont le travail est parfois déconsidéré. En utilisant les mêmes tons pour peindre les femmes et les machines, il montre l’aliénation et la pénibilité du travail loin du front.

William Roberts, A Shell Dumpa, France (Un dépôt d'obus, France), 1918-19, huile sur toile, 182,8 x 317,8 cm, Imperial War Museum, Londres

Williams Roberts est un peintre britannique. Appartenant au courant vorticiste, il utilise à la fois les techniques propres au futurisme et celles mises en avant par le cubisme. L’art ne doit pas suivre les faits et la vérité, il ne doit relever que de lui-même. Ainsi la peinture va s’inspirer des émotions qu’elle suscite.
Un dépôt d'obus, France est la synthèse des affections de Roberts. En donnant peu de nuances chromatiques à ses figures faisant varier le ton cuivré des obus, il confond artilleurs et munitions. Il donne ainsi corps à l’idée d’homme-machine propre à la guerre moderne.

Gino Severini, Synthèse plastique de l'idée Guerre, 1915, huile sur toile, 60 x 50 cm, Galerie municipale d'art moderne, Munich

Gino Severini (1883-1966) est un peintre italien rattaché au mouvement futuriste. Il entame sa formation artistique auprès de Giacomo Balla en Italie avant de s’installer à Paris en 1906. En 1910, il rejoint le mouvement futuriste en signant son manifeste. Sa peinture se détache du réalisme mimétique traditionnel et s’applique à juxtaposer plusieurs vues pour traiter un même sujet et proposer un « réalisme idéiste », selon les mots mêmes de Severini. Gino Severini n’a pas participé au conflit, il a néanmoins travaillé à représenter la guerre en utilisant les principes du cubisme.
La Synthèse plastique de l'idée Guerre est une application en peinture du principe de la chronophotographie. La toile reprend par des images et des mots différents moments de la guerre pour en offrir une représentation générale. De la déclaration de la guerre à la cocarde présente sur les ailes des avions, en passant par une pièce d’artillerie ou la fumée d’usine, elle symbolise l’idée d’une guerre moderne, industrielle, dont l’individu semble absent.

Gino Severini, Canon en action, 1915, huile sur toile, 50 x 60 cm, Museum Ludwig

Peintre italien futuriste, Gino Severini (1883-1966) utilise la logique du collage cubiste telle qu'elle a été définie par Picasso et Braque au début des années 1910. Jugeant qu’une image seule ne peut tout dire, il emploie la force des mots pour étudier dans ses toiles la totalité d’un phénomène.
Ici, l’étude que constitue Le canon en action représente non plus seulement la guerre moderne et industrielle mais également sa prédominance sur le soldat. Par la présence d’onomatopées comme « bboumm », elle symbolise le vacarme de la machine, d’autres termes expriment la précision de l’artillerie et la quasi scientificité de la guerre moderne.

André Mare, Le canon de 280 camouflé, encre et aquarelle, carnet 2, Historial de la Grande Guerre, Péronne

Peintre français, André Mare (1885-1932) fait partie de ces artistes qui ont mis leur art au service de l’Armée en travaillant à la création de camouflages pour les armées française et britannique. D’une formation artistique axée sur la décoration, il se révèle rapidement avec sa Maison cubiste qui provoque scandale et admiration.
Rejoignant le mouvement cubiste, il se sert de sa maîtrise des formes géométriques et du principe de dislocation pour fondre l’artillerie dans le paysage. Le canon de 280 camouflé est une étude qu’il a consignée dans l’un des nombreux carnets réalisés pendant la Première Guerre mondiale.

Henri Gaudier-Brzeska, La mitrailleuse en action, 1915, crayon sur papier, 28 x 22 cm, Musée national d'art moderne, Paris

Peintre, dessinateur et sculpteur français Henri Gaudier-Brzeska (né Henri Gaudier 1891-1915) fait partie des artistes morts au combat. En 1911, il part pour Londres afin d’échapper au service militaire et préfère fréquenter le British Museum où il découvre l’art venant d’Afrique et d’Océanie. Quand la guerre éclate, il décide de rejoindre la France et de s’enrôler. Dès son arrivée sur le territoire, il est arrêté en tant que déserteur. Il s’enfuit et regagne Londres. Décidé, il se rend à l’ambassade pour obtenir un sauf-conduit. Le 4 septembre, il peut rejoindre un régiment d'infanterie en Champagne. Il meurt lors de l’attaque de Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais.
Dans La mitrailleuse en action, dessin réalisé en 1915, il témoigne de la confusion du soldat avec la machine. En utilisant des procédés comme la simplification et l’usage de formes géométriques il présente un homme schématique, un homme-machine.

C. R. W. Nevinson, Machine-gun (La Mitrailleuse), 1915, huile sur toile, 61 x 50,8 cm, Tate Gallery, Londres

C. R. W. Nevinson (1889-1946) est un graveur et peintre britannique surtout connu pour ses paysages et ses portraits. Il débute sa formation artistique à la St John's Wood School of Art puis fréquente la Slade School of Fine Art. Pendant la Première Guerre mondiale, il s’engage dans l’armée française en qualité d’ambulancier, expérience qui influencera ses peintures de guerre.
Avec La Mitrailleuse, il montre l’assujettissement de l'homme à la machine. Les lignes géométriques dures et froides de la machine s’appliquent aux hommes, finalement les soldats font corps avec la machine. Cette toile a connu un fort écho tant elle symbolise la fusion homme-machine inédite jusqu’alors.

Gino Severini, Train blindé en action, 1915, huile sur toile, 115,8 x 88,5 cm, Museum of Modern Art, New-York

Gino Severini (1883-1966) est un peintre italien futuriste et néoclassique. Symbole des échanges artistiques entre l’Italie et la France, il s’installe à Paris en 1906 et fréquente l’avant-garde artistique, notamment Umberto Boccioni.
Rare toile de Severini qui n’utilise ni mots ni symbole, Train blindé en action est réalisé à partir d’une photographie que Severini voit dans l’hebdomadaire Le Miroir du 1er novembre 1914. Il s’agit d’un train qui, lancé à toute vitesse, parvient à passer les lignes ennemies pour rejoindre les lignes françaises. Cet épisode est l’occasion de célébrer la puissance de la mécanique.

Paul Nash, A Howitzer Firing (Un Howitzer en action), 1918, huile sur toile, 71 x 91 cm, Imperial War Museum, Londres

Paul Nash (1889-1946) est un peintre et photographe britannique et l’un des principaux peintres de guerre. Élève à la Slade School of Fine Art de Londres, sa peinture est influencée par les mouvements cubistes et futuristes. En 1914, il rejoint les Artists' Rifles, un régiment composé d'artistes volontaires. Avec son régiment, il se rend notamment sur le front d’Ypres. Il est rapatrié en 1917 suite à une importante blessure.
Du front, il ramène des photographies à partir desquelles il exécute ses toiles. Les couleurs qu’il choisit pour Howitzer en action accentue l’effet de puissance du canon.

  • François Flameng, Retour d'un vol de nuit sur avions « Voisin » de bombardement
  • Edward Alexander Wadsworth, Navires camouflés en cale sèche à Liverpool
  • Charles Ginner, L'usine d'obus
  • Édouard Vuillard, Usine de fabrication d'armement à Lyon : les tours
  • William Roberts, Un dépôt d'obus, France
  • Gino Severini, Synthèse plastique de l'idée Guerre
  • Gino Severini, Canon en action
  • André Mare, Le canon de 280 camouflé
  • Henri Gaudier-Brzeska, La mitrailleuse en action
  • C. R. W. Nevinson, La Mitrailleuse
  • Gino Severini, Train blindé en action
  • Paul Nash, Un Howitzer en action
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