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Explosions

La force de frappe, le pilonnage des obus, le bruit, le feu. Pendant la Première Guerre mondiale, ce sont plus de 856 millions d'obus qui ont été tirés laissant derrière eux des paysages ravagés et des hommes traumatisés. La représentation des explosions montre que cette nouvelle puissance est à la fois attirante et horrifiante. De l’éclat à ses conséquences, ces toiles permettent de comprendre les impressions des hommes qui en ont été témoins.

C. R. W. Nevinson, L'explosion d'un obus

C. R. W. Nevinson, A Bursting Shell (L'explosion d'un obus), 1915, huile sur toile, 76,2 x 55,9 cm, Tate Gallery, Londres

Christopher Richard Wynne Nevinson (1889-1946) est un peintre britannique qui s’est engagé volontairement dans le premier conflit mondial. Ambulancier dans l’armée française, il a assisté à de nombreuse scènes d’une violence effroyable. En assistant les victimes des attaques, il a pris conscience de l’impact de la machinerie de guerre.
L'explosion d'un obus, peint dès 1915 alors qu’il était sur le front d’Artois, montre l’influence qu’exerce le courant vorticiste sur la représentation du peintre. La puissance de l’explosion est matérialisée par une spirale émanant de l’impact. Ce traitement particulier donne une force à l’explosion, puissance qui a fortement marqué les esprits quand la toile a été exposée à Londres la même année.

C. R. W. Nevinson, Explosion, 1916, huile sur toile, 61 x 45,8 cm

Christopher Richard Wynne Nevinson (1889-1946) est un graveur, lithographe et peintre paysagiste britannique. Célèbre artiste de guerre, il suit sa formation artistique à la Slade School of Art de Londres. Proche des vorticiste, courant artistique d’avant-garde britannique, Nevinson peint dans un style aux confins du cubisme et du futurisme. Engagé volontaire pendant la Première Guerre mondiale dans l’armée française en tant qu’ambulancier, il s’inspire de cette expérience pour de nombreuses peintures.
Explosion est construite à partir du point d’impact d’un obus. De ce point se dégagent les obliques qui structurent la toile. Cette représentation montre la puissance voire la fascination qu’exerce la puissance de feu.

Félix Vallotton, Verdun, tableau de guerre interprété, projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, 1917, huile sur toile, 115 x 146 cm, Musée de l'Armée, Paris

Félix Vallotton (1865-1925) est un peintre, sculpteur, graveur, critique d’art et romancier suisse. Naturalisé français en 1900, il fait partie des artistes recrutés par l’armée pour partir en mission sur le front et en rapporter des vues. Il est envoyé en juin 1917 sur le front de l’Est.
Suite à une mission sur le front à Suippes, Valotton revient très impressionné. L’armée allemande engage sur ce front une guerre d’usure et utilise force d’artillerie. Voulant donner corps à ce qu’il a vu, il décide de peindre Verdun. Son objectif est de présenter une synthèse des évènements qui se déroule sur cette position emblématique. Partant d’une représentation figurative, il donne une image de la guerre dont toute présence humaine a disparu.

Henri Gaudier-Brzeska, Un de nos obus explose, 1915, crayon sur papier, 22 x 28,5 cm, Musée national d'art moderne, Paris

Henri Gaudier-Brzeska (né Henri Gaudier, 1891-1915), est un peintre et sculpteur français. Parti vivre à Londres en 1911, il commence à exposer ses premiers dessins. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il décide de retourner sur le sol français pour servir dans l’armée. Bien que n’ayant pas fait son service militaire, il réussit à rejoindre un bataillon et meurt en 1915.
Il passe donc peu de temps sur le front, mais consigne dans un carnet ses vues et impressions. Un de nos obus explose fait partie de ces croquis. Il montre une explosion très stylisée, selon les concepts futuro-cubistes. La violence y est matérialisée par la confrontation de deux types de formes : les courbes, qui reprennent le mouvement des volutes de fumée, semblent brisées par les lignes des éclats d’obus.

Georges Scott, La brèche. Effet d’un obus dans la nuit, avril 1915, Musée de l’Armée

Georges Scott (Georges Bertin Scott, 1873-1943) est un peintre et illustrateur français. Il a beaucoup collaboré avec la revue L’Illustration pour rapporter des vues des combats. Avant la Première Guerre mondiale, il a couvert le conflit balkanique. Après, il poursuit sa collaboration en rapportant des illustrations de la guerre civile espagnole et du début de la Deuxième Guerre mondiale.
Rapporteur de guerre, il s’attache à peindre des moments du conflit qui vont forger, auprès de la population, une certaine représentation de la guerre. Pendant les combats, les phases de bombardements d’artillerie font partie des expériences les plus traumatisantes. La brèche. Effet d’un obus dans la nuit symbolise l’exposition des corps des soldats face à une puissance de feu qui les dépasse.

George Grosz, 1917, huile sur panneau, 47,8 x 68,2 cm, Museum of Modern Art, New-York, États-Unis

Peintre et dessinateur allemand naturalisé américain, George Grosz (Georg Gross, 1893-1959) fait partie des figures emblématiques de la Nouvelle Objectivité, groupe qui succède à l’expressionnisme. Membre du groupe Dada, il a suivi des cours d’art à l'Académie royale des arts de Dresde avant d’entrer aux Beaux-Arts de Berlin en 1912. En 1914, il est enrôlé dans un régiment de grenadiers avec lequel il passe deux ans. Il est réformé en 1917, il est interné dans un établissement pour malades mentaux.
Explosion est comme la transcription d’une des visions cauchemardesques dont il souffre régulièrement. Il utilise les techniques du cubisme et l’expressionnisme qui semblent les plus aptes à montrer l’horreur et la violence de la guerre. Explosion est une allégorie de la destruction.

© Museum of Modern Art, New-York

Georges Leroux, L'Enfer, 1917-18, huile sur toile, 114,3 x 161,3 cm, Imperial War Museum, Londres, Royaume Uni

Georges Leroux (1877-1957) est un peintre français. Après avoir effectué son service militaire, il suit des cours à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, puis aux Beaux-Arts. Fort d’un certain succès, il voyage notamment en Italie. Enrôlé en 1914 au 302e d’Infanterie, il rejoint les sections de camouflage et sert dans le Nord de la France et en Belgique.
L’Enfer a été peint suivant un croquis qu’il dessine sur le vif. Au retour d’une mission de reconnaissance, il aperçoit des soldats français qui s’abritent dans un trou d’obus rempli d’eau. Dans un style réaliste, il s’attache à représenter et à transmettre cette vision.

Alexander Young Jackson, A Copse, Evening (Taillis le soir), Collection d'art militaire Beaverbrook

Alexander Young Jackson (1882-1974) est un peintre canadien, il s’intéresse particulièrement aux paysages. En 1915 il s’engage dans l’armée canadienne et combat notamment à Ypres avec le 60e bataillon canadien. Blessé en 1916, il est transféré aux Archives de guerre canadiennes en tant qu’artiste et, de 1917 à 1919, il est peintre officiel.
Taillis le soir montre des soldats traversant un paysage désolé. Autrefois boisé, cet espace n’est plus que trous d’obus et boue, les rares troncs sans branche ni feuille encore debout sont comme des morts agonisants. Alexander Young Jackson illustre avec cette toile la dévastation du paysage naturel par la guerre.

Max Beckmann, Die Granate (L'obus), 1915, pointe-sèche sur papier, 38 x 28,8 cm

Peintre et graveur allemand, Max Beckmann va, dans toute son œuvre, interpréter l’histoire pour représenter « l’esprit de son temps ». Témoin des bouleversements du début du XXème siècle, son œuvre rend compte de chacun de ces drames sans faire de lui un reporter ou un illustrateur. Aussi, il rompt avec la peinture narrative et s’attache à représenter chacun de ces personnages dans leur singularité. Avec la Grande Guerre, l’Histoire s’impose brutalement dans sa vie. Engagé volontaire dans les services sanitaires de l’armée allemande, il sombre dès 1915 dans une profonde dépression. L’art doit partir du vécu, et il a accumulé une expérience tellement intense qu’il peut désormais s’attacher à la représenter dans toute son horreur.
L’obus montre les conséquences d’une explosion dans une scène quasi instantanée. Après la fascination suscitée par le progrès de la technique dans la guerre, s’ensuivent la destruction et la terreur.

  • C. R. W. Nevinson, L'explosion d'un obus
  • C. R. W. Nevinson, Explosion
  • Félix Vallotton, Verdun, tableau de guerre interprété, projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz
  • Henri Gaudier-Brzeska, Un de nos obus explose
  • Georges Scott, La brèche. Effet d’un obus dans la nuit
  • Peinture de George GROSZ, Explosion
  • Georges Leroux, L'Enfer
  • Alexander Young Jackson, Taillis le soir
  • Max Beckmann, L'obus
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