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L'artiste du mois : Félix Vallotton

Félix Vallotton, Le Cimetière militaire de Châlons, 1917, huile sur toile, 54 x 81 cm, inv. OR F1 60.
© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine
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Chaque mois et en lien avec l'actualité culturelle, la BDIC revient sur une œuvre issue de ses collections.

Félix Vallotton

Félix Vallotton (1865-1925), peintre suisse, naturalisé français en 1900, arrive à Paris en 1882. Lorsque la guerre éclate, il n’est pas mobilisable et décrit dans son journal au fil des mois son sentiment d’inutilité. Dès fin 1914, il participe à la publication collective La Grande Guerre par les artistes en fournissant principalement des portraits dont des dessins préparatoires sont conservés à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine. En 1915-1916, il réalise seul un album de six bois gravés intitulé « C’est la guerre ! » où il évoque les tranchées, la barbarie ennemie, les civils terrés dans les caves.

En 1917, avec une centaine d’artistes dont d’anciens nabis comme lui (Maurice Denis, Édouard Vuillard, Pierre Bonnard), il obtient de participer aux missions d’artistes aux armées organisées par le sous-secrétariat aux Beaux-Arts. Il part du 7 au 23 juin 1917 et fait quelques croquis sur place (Châlons-sur-Marne, Souain, Les Hurlus entre autres). Soumis à des délais très brefs par l’État, il réalise avec difficulté plusieurs toiles au mois de juillet.

Ses « toiles de guerre » sont exposées en octobre 1917 au Musée du Luxembourg avec celles d’autres peintres missionnés. Impressionné par ce qu’il a vu à proximité du front, il réfléchit à la manière dont la guerre peut être représentée et publie à la fin de l’année « Art et guerre » (Les Écrits nouveaux, n° de décembre 1917), bilan des missions d’artistes et des productions vues jusque-là, réflexion sur la difficulté, voire l’impossibilité, de représenter la guerre, mais aussi sur l’esthétique à adopter pour traduire ses « visions du front», car il continue de travailler sur ce thème au-delà des obligations contractées dans le cadre de la mission et peint encore plusieurs tableaux de guerre jusqu’à fin 1917.

À la BDIC

La Bibliothèque de documentation internationale contemporaine conserve quatre des œuvres de guerre inspirées par la mission, acquises auprès de Vallotton dès janvier 1919, ainsi que l’œuvre achetée par l’État lors de l’exposition d’octobre 1917 (Centre national des Arts Plastiques, FNAC 6028, en dépôt à la BDIC depuis mai 1919).

L’exposition

L’une de ces œuvres est présentée jusqu'au 20 janvier 2014 dans le cadre de l’exposition du Grand Palais Félix Vallotton. Le feu sous la glace, vaste rétrospective thématique  de l’ensemble de l’œuvre de l’artiste, qui consacre la dernière de ses dix sections au thème de la guerre, associant guerre des sexes et Première Guerre mondiale. Des paysages représentant les lieux vus en mission y sont présentés dont le Cimetière de Châlons (BDIC, inv. OR F1 60), « si correct et propret dans l’alignement impeccable de ses sept mille cinq cents croix » (« Art et Guerre », Les Écrits nouveaux, p. 36), « expression parfaite du carnage mathématique qui est notre ordinaire depuis trois ans » (28 novembre 1917, dans Félix Vallotton, documents pour une biographie et pour l’histoire d’une œuvre, III, Journal 1914-1921, Lausanne-Paris, La Bibliothèque des arts, 1975, à la p. 181).