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George Desvallières, peintre et soldat de la Grande Guerre

Le commandant Desvallières et ses hommes de liaison, Rochedure, 1915. Derrière lui, son officier adjoint, le lieutenant Meynier.
© Catherine Ambroselli de Bayser
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Fondateur du Salon d'Automne, George Desvallières a cinquante-trois ans lorsqu'il décide de s'engager dans la Grande Guerre. A la sortie du conflit, marqué par son expérience combattante et la perte d'un fils, il se consacre à la peinture religieuse et participe au renouveau de l'art sacré en France.

Un peintre d’avant-garde

Formé par Jules-Élie Delaunay et Gustave Moreau, George Desvallières (1861-1950) est un peintre reconnu et portraitiste de talent. Il expose pour la première fois en 1883 au Salon des Artistes Français et reçoit un accueil très favorable, notamment pour ses portraits qui rappellent l’influence de Gustave Moreau dans le souci des détails et la profusion des décors. En parallèle, il expose de nombreux tableaux de sujets mythologiques : Hercule cueillant la pomme d'or (1892), Narcisse (1893), La Nymphe (1896), L'Orgie (1897), Ulysse et Nausicaa (1898) et Aeternum Transvertere (1901), un immense pastel.

Le Grand Chapeau, 1903-1904, Huile sur carton monté sur panneau parqueté, 106 x 73 cm.

En 1903, son voyage à Londres marque un tournant dans sa carrière. Desvallières délaisse les sujets mythologiques pour des scènes très réalistes, inspirées des théâtres et music-halls. La série des femmes de Londres et du Moulin Rouge est le fruit de cette nouvelle approche. La même année, George Desvallières se consacre à la création du Salon d’Automne, qui œuvre pour les artistes d’avant-garde. C’est là qu’il défend en 1904 les fauves puis en 1912 les cubistes.

Sa conversion en 1904 bouleverse son œuvre. En 1906, George Desvallières expose au salon des Indépendants le Sacré-Cœur, premier tableau d’une série consacrée à la représentation d’un Christ douloureux. Le public et la critique découvrent un peintre religieux, qui cherche à renouveler l’art sacré en unissant sa recherche personnelle à des techniques d’avant-garde. En parallèle, George Desvallières s’investit dans des œuvres décoratives. Il participe à la décoration du Théâtre des Arts et de l’hôtel particulier de Jacques Rouché, qui lui confie par ailleurs la rubrique de critique d’art dans la Grande Revue de 1907 à 1909.

La rupture de la Première Guerre mondiale

Capitaine de réserve, George Desvallières a cinquante-trois ans lorsqu’il s’engage à Nice en août 1914. Il est rapidement envoyé en renfort sur le front des Vosges en février 1915 comme chef de bataillon des chasseurs alpins. Ses activités militaires l’éloignent naturellement de la peinture, mais il continue de dessiner dans sa correspondance. Ces croquis laissent apparaître des thèmes récurrents : la Sainte-Famille, la messe dans les tranchées… En 1916, après avoir frôlé la mort, il fait le vœu de se consacrer à la peinture religieuse.

Le Drapeau du Sacré-Cœur, 1918, Huile sur papier marouflé, 295 x 225 cm. Église de Verneuil-sur-Avre 2/2

En 1919, dès son retour de guerre, il expose le Drapeau du Sacré-Cœur. Dans ce tableau, Desvallières rend hommage aux victimes des tueries et notamment à son fils Daniel, fauché par un tir d’obus. A partir de 1920, il reçoit plusieurs commandes et mène de grandes œuvres décoratives, dont celle de la Chapelle Saint-Privat, propriété de son ami et mécène Jacques Rouché. Les quatre panneaux de la Chapelle sont exposés ensemble en 1925 au Musées des Arts décoratifs de Paris lors d’une exposition personnelle très remarquée de Desvallières. Le panneau central, Dieu le père, encadre les deux sacrifices : le sacrifice des Poilus (Le sacrifice de la guerre) pour lequel il a repris le Drapeau du Sacré-Cœur, et celui du Christ (Le grand sacrifice du Calvaire).

En 1926, il peint quatre panneaux pour le plafond de l’église Saint-Jean Baptiste de Pawtucket, en Nouvelle-Angleterre. En 1927, il dessine les cartons des vitraux de l’Ossuaire de Douaumont qui commémore le souvenir des soldats tués à Verdun, puis il décore la nouvelle église Sainte-Barbe de Wittenheim à la demande de l’Alsace en 1929. Il collabore lors de ces grands travaux avec les élèves des Ateliers d’art sacré qu’il a créés en 1919 avec son ami Maurice Denis. Il poursuit ces œuvres décoratives tout au long de sa carrière, parallèlement à ses expositions personnelles et à ses travaux d’illustrations.

« George Desvallières et la Grande Guerre »

Édité en mars 2013 à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, l’ouvrage de Catherine Ambroselli de Bayser, petite-fille du peintre, s’appuie sur la correspondance échangée entre Desvallières et ses proches durant le conflit. A la manière d’une chronique, elle revient sur l’expérience combattante du peintre, déterminante dans sa vie d’artiste chrétien.

L'édition de George Desvallières et la Grande Guerre sera suivie en novembre 2013 par la publication de sa correspondance puis du catalogue raisonné du peintre. Depuis 2012, les tableaux « Le Christ à la colonne » et « L’Ascension du Christ » sont présentés dans la galerie symboliste du musée d’Orsay.

Catherine Ambroselli de Bayser, George Desvallières et la Grande Guerre, Paris, Somogy Éditions d’art, 2013, 184 pages, 240 illustrations.

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