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Le spectacle « La Grande Guerre des Musiciens »

Photographie du Quatuor formé autour de Paul Hindemith pendant la guerre. Hindemith est le premier violon à gauche.
© Hindemith Institut, Franfkfurt
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Rendre hommage aux compositeurs des pays engagés dans la Grande Guerre, tel est l’objet du spectacle musical « La Grande Guerre des Musiciens » produit par l’orchestre de chambre La Follia. Au terme d’une année de recherches, qui a conduit ses musiciens à redécouvrir des œuvres méconnues de la Nouvelle-Zélande à la Belgique en passant par l’Autriche, voici quelques destins de musiciens et compositeurs, plongés au cœur de la Grande Guerre.

Dimanche 19 juillet 1914 : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, nul n’en a encore conscience mais la machine infernale vient de s’enclencher. Les jeux sont faits, en particulier celui des « Alliances » qui se mettent en place avec une extrême rapidité, en quelques jours, pour aller jusqu’à leur terme inéluctable. « En simplifiant le récit, écrit Raymond Aron, on pourrait dire que l’Europe toute entière s’est lancée dans la guerre parce que l’Autriche-Hongrie voulait régler ses comptes avec la Serbie, parce que la Russie ne voulait pas abandonner la Serbie, parce que l’Allemagne ne voulait pas abandonner l’Autriche-Hongrie et finalement parce que la France ne voulait pas abandonner la Russie. » C’est la montée de la folie destructrice en Europe qui conduira, par la mécanique implacable d'un engrenage effarant, au monstrueux désastre de la Grande Guerre.

Dans tous les pays concernés, des musiciens composent, créent, inventent. Ils vont bientôt, pour certains, devoir échanger leur violon ou leur piano pour des engins plus destructeurs D’autres musiciens, trop vieux ou trop chétifs, vont essayer de s’engager, rarement avec succès. Mais tous vont vivre des années terribles. C’est souvent dans leur correspondance que l’on touchera du doigt ce qui fait leur vie quotidienne.

Fritz Kreisler, violoniste et compositeur autrichien

Fritz Kreisler, violoniste réputé, reçoit le 10 Aout 1914 l’ordre de rejoindre son régiment mais l’annonce de son envoi au front suscite un véritable émoi. A Vienne, il y a un sentiment opposé à l’envoyer en zone de combat. Pour le « Outlook » de New-York il est regrettable que pour un officier de plus sur le front, on envoie un homme qui a fait plus de bien pour son pays que n’importe quel fait de guerre. Déjà en 1912, Bertha von Suttner, Prix Nobel de la Paix, déclarait : « Parmi les effets terribles de cette guerre des Balkans, il y a le fait que toutes les facultés d’un grand génie peuvent être sacrifiées dans cette folie meurtrière. ». C’est dans la région des Carpates que le 7 Septembre son régiment est attaqué par les cosaques russes. Kreisler est blessé et perd connaissance. Sa femme est sans nouvelle de lui pendant 3 semaines et c’est une effroyable erreur du chirurgien, qui le confond avec son voisin à l’hôpital, qui entraine l’annonce, par télégramme, de sa mort au combat. Quelques jours plus tard sa femme reçoit un second télégramme du même chirurgien, tout aussi inquiétant, qui lui annonce de manière sibylline : « On vous ramène Fritz » …. Que cela laissait-il présager ? Que Fritz était mort et qu’on lui rapportait son corps ? Kreisler s’en tire finalement avec deux graves blessures mais la vie sauve.

Lucien Durosoir, violoniste et compositeur français

Lorsque la guerre éclate, Lucien Durosoir est âgé de 36 ans. C’est un violoniste virtuose, habitué des scènes mondiales les plus prestigieuses qui va être mobilisé dès la déclaration de guerre. Célibataire, c’est à sa mère qu’il écrit tous les jours et qu’elle lui répond de même. Dans cette correspondance, Lucien Durosoir va raconter, au jour le jour, sa vie au front et décrire ce moment de vérité qu’est la grande proximité de la mort, l’incontournable réalité de la fragilité humaine. En Mai 1915 il écrit : « Je ne sais ce que le sort me réserve : d’après ce qu’il est plausible de penser, nous serons en pleine bataille d’ici peu. Je me battrai avec énergie et sang-froid, accrus par six mois d’expérience lentement acquise. … Si je venais à disparaitre songe que ce sacrifice, que bien d’autres que moi ont consenti, a été fait pour sauver notre pays et les enfants, c’est-à-dire l’avenir, c’est pour eux que nous avons supporté tant de souffrances … Espérons que je me tirerai d’affaire. Tout ce que la prudence alliée à l’intelligence pourra faire, sera fait. J’ignore si nous irons à la bataille, mais enfin c’est naturel de le penser … ».

Son destin militaire va croiser celui d’autres instrumentistes virtuoses comme Maurice Maréchal, le plus grand violoncelliste français de la première moitié du XXe siècle et de compositeurs comme André Caplet, ami et orchestrateur de Debussy. Du début à la fin de la guerre, son sort est lié à la 5e Division. Rapidement des rumeurs de présence dans le secteur d’un excellent quatuor à cordes parviennent aux oreilles du Général Mangin, originaire de Nancy et grand amateur de musique, qui fait mettre les musiciens en subsistance auprès de lui. Un des généraux les considère même comme des « trésors nationaux » tout comme on le ferait au Japon. Sans pour autant qu’il ait été protégé puisqu’il alterne missions dangereuses et repos à l’arrière, Lucien Durosoir sait ce qu’il doit à la musique. Il écrit dans un courrier à sa mère : « Je peux dire que mon violon m’a sauvé la vie ».

Paul Hindemith, violoniste et compositeur allemand

Durant les vacances d’été de 1913, le jeune Paul Hindemith joue dans des orchestres de salon au Burgenstock et à Lugano, deux stations touristiques suisses tandis qu’il accepte un poste de Konzertmeister au « neues Theater » de Francfort. Dès la déclaration de guerre, son père est immédiatement mobilisé. Il part au combat à 45 ans, sur le front occidental et tombe au combat en Septembre dans les Flandres. Paul Hindemith devient alors soutien de famille de sa mère et de sa sœur. En 1915 Il est nommé premier Konzertmeister de l’Opéra de Francfort.  En Août 1917, il est officiellement incorporé dans l’armée mais il est autorisé à poursuivre ses activités d’instrumentistes à l’Opéra.

C’est en jouant le quatuor de Debussy avec trois autres soldats que Paul Hindemith apprend le décès de Claude Debussy réputé grand ennemi de l’Allemagne. Il commentera : «  Nous sentions pour la première fois que la musique est plus qu’une question de style, de technique ou d’expression d’un sentiment personnel. La musique dépassait ici les frontières politiques, la haine d’une nation et les horreurs de la guerre. Jamais je n’ai aussi bien compris dans quelle direction devait évoluer la musique. »

Maurice Ravel, compositeur français

Sans haïr les allemands comme son compatriote Debussy, Maurice Ravel n’en est pas moins sensible à la vague patriotique qui déferle sur la France au moment de l’invasion et, malgré sa répulsion pour les honneurs et les décorations, il supplie pour être incorporé dans l’armée. De plus, il ne supporte pas l’idée de demeurer inactif alors que d’autres vont combattre. Au moment d’effectuer son service militaire, Ravel avait été réformé pour sa petite taille et son poids insuffisant. Avant 1914 cela pouvait passer pour une bonne aubaine mais à présent que les autres exposent leur vie, il refuse de rester en dehors, à l’abri des balles. Les nombreuses lettres qu’il envoie dès la déclaration de guerre à ses amis témoignent de l’euphorie et du désir de Ravel de participer à cette grande aventure.

Il écrit à un ami : « Comme vous le prévoyiez, mon aventure s’est terminée de la façon la plus ridicule : on ne veut pas de moi parce qu’il me manque deux kilos … et je ne compte pas les deux jours de fièvre qui ont suivi mon retour et dont j’ai failli crever. Me voici dans l’inaction, je ne me sens plus le courage de me remettre au travail. J’espérais me consacrer aux blessés transportés à St jean de Luz …. ». Il commente : « Il me manque deux kilos pour avoir le droit de me mêler à cette lutte splendide. Je n’ai qu’un espoir, c’est qu’au nouvel examen que je vais passer, on finira par se faire au charme de mon anatomie. Mon frère a eu plus de chance, il est automobiliste au 19e escadron du train. Il a un bel uniforme et une Panhard toute neuve. Je sais que Florent Schmitt s’embête à Toul à bailler aux aéroplanes qui passent trop haut … »

Eugène Ysaye, violoniste et compositeur belge

A l'instar de Gabriel Fauré qui, ignorant l'éminence d'une guerre ou feignant de l’ignorer, se fait soigner dans la station thermale allemande d'Ems, Eugène Ysaye s'en va passer l'été 14 à la côte belge, dans sa villa du Zoute qu'il vient de faire construire. A Ostende, non loin de là, les époux royaux belges se reposent et espèrent encore sauver la paix de leur pays. Toutefois, le 31 juillet, les Belges sont mobilisés. Trois des fils du violoniste portent déjà l'uniforme. Au Zoute, Ysaye est préoccupé. L'avancée allemande du 4 août est telle qu'il ne se sent désormais plus à l'abri et décide d'abandonner sa seconde résidence. Il y laisse toutefois ce message aux Allemands : « Cette demeure appartient à un artiste qui vécut et œuvra dans le culte de Bach, Beethoven et Wagner ».

Eugène Ysaye se rend dans les tranchées et les cantonnements, à la vie ordinaire des troupes. Puis, vient le concert émouvant, lui seul et son violon devant ces hommes qui risquent quotidiennement leur vie. Il leur parle en ces mots :

« Amis soldats, beaucoup d'entre vous se posent la question de savoir ce que je vais jouer et je lis quelque inquiétude sur leur visage. Ils craignent ce qui leur apparaît comme une sorte d'épouvantail, la musique classique, qu'ils voudraient peut-être comprendre mais qui leur est un langage indéchiffrable et de toute manière insupportable à leurs oreilles. Ils préféreraient sans doute que je leur joue ici ce que l'on nomme en bruxellois des « dontjes », Que chacun se rassure. Ce que j’interpréterai, c’est simplement la musique, sans aucun adjectif.

Vous, dont les fibres de la sensibilité se sont développées au contact quasi quotidien de la mort, je me demande pourquoi vous seriez incapables de vibrer au contact de la beauté. Ne croyez pas, mes enfants, qu'il faille être plus spécialement préparé, cultivé ou savant pour éprouver les sensations profondes de la musique dans ce qu’elle a de plus pur, de plus beau, de plus élevé. Pénétrez-vous de cette pensée: la musique ne se comprend pas, elle se sent. N’est-elle pas l’émanation de l’âme et du cœur du peuple que vous magnifiez si splendidement par votre sacrifice ? N’est-elle pas l’espoir suprême de la grande réconciliation universelle qui empêchera le retour des horreurs que vous supportez ? Aussi je veux jouer pour vous ce qui est beau parce je vous respecte et je vous aime ».

Albert Roussel, compositeur français

Lorsque qu’éclate la Première Guerre mondiale, Albert Roussel croit bon de postuler au service actif dans la marine. Or il a été rayé des cadres en 1902 mais ne supporte pas l’idée d’être exclu de la lutte. Ses amis sont incapables de l’en dissuader. Il se justifie notamment par une phrase restée célèbre : «  Nous traversons une crise effroyable où chacun doit payer de sa personne pour le salut de tous et où l’individu ne compte plus pour rien. C’est un sacrifice à faire bravement et ma foi, j’ai eu jusqu’ici assez de bonheur dans ma vie pour l’accepter sans me plaindre. »

En 1915 il est affecté au service automobile du 13e régiment d’artillerie et sillonne nuit et jour les régions du front pour acheminer troupes et matériels. Albert Roussel mène cette vie harassante pendant plus de deux ans et sa santé décline rapidement. Pourtant rien, dans sa correspondance, ne laisse supposer son affaiblissement. Au contraire en 1916 il écrit à sa femme : « Je n’aurais jamais cru que j’aurais supporté l’existence fatigante que je mène depuis des mois au front … je constate que je suis excessivement résistant. J’ai passé des nuits sans dormir, des jours sans manger et somme toute tu verras que j’ai encore bon aspect … »

« Quand je songe à l’horreur du drame qui se joue actuellement, à toute cette brutalité imbécile contre laquelle il nous faut lutter jusqu’au bout, il me semble que jamais plus nous ne verrons quelque chose d’intelligent ou de beau reparaitre parmi ces ruines … au point de vue artistique du moins car on ne peut nier que l’héroïsme de ceux qui se font tuer si bravement soit aussi beau que les plus belles œuvres de génie. »

Claude Debussy, compositeur français

Le génie de Claude Debussy est quelque peu occulté, durant la guerre, par ses positions ouvertement anti allemandes. On pourrait presque dire que le déclenchement de la guerre est pour lui  le prétexte à laisser libre cours à sa xénophobie et à lui permettre de dénoncer le style « germain » que la France, selon lui, semble avoir soudainement adopté. Il accuse ses compatriotes d’avoir purement et simplement ignoré l’héritage des ancêtres de la France ! Il écrit dans l’Intransigeant du 11 Mars 1915 : « … Voilà bien des années que je ne cesse de le répéter, nous sommes infidèles à la tradition de notre race depuis un siècle et demi …. En fait depuis Rameau nous n’avons plus de tradition nettement française. Sa mort a rompu le fil d’Ariane qui nous guidait au labyrinthe du passé. Depuis nous avons cessé de cultiver notre jardin, mais par contre nous avons serré la main des commis-voyageurs du monde entier … »

Il écrit à son éditeur Durand : « Vous savez que je n’ai aucun sang-froid, encore moins l’esprit militaire n’ayant jamais eu l’occasion de manier un fusil. Joignez-y des souvenirs de 70 qui m’empêchent de me laisser aller à l’enthousiasme, l’inquiétude de ma femme dont le fils et le gendre sont à l’armée ! Tout cela me compose une vie à la fois intensive et troublée où je ne suis plus qu’un pauvre atome roulé par ce terrible cataclysme : ce que je fais est si misérablement petit ! J’en arrive à envier Satie qui va s’occuper sérieusement de défendre Paris en tant que Caporal …. Mon âge, mes aptitudes militaires me rendent, tout au plus, bon à garder une palissade ! S’il faut absolument une figure de plus pour assurer la victoire, j’offrirai la mienne sans discussion … il est presque impossible de travailler ! A vrai dire, on n’ose pas. Si j’osais et si surtout je ne craignais pas le « pompiérisme » qu’attire ce genre de composition, j’écrirais volontiers une marche héroïque … mais encore une fois, faire de l’héroïsme, tranquillement, à l’abri des balles, me parait ridicule … »

Arnold Schönberg, compositeur autrichien

Le 11 Août 1914 Anton Webern écrit à Arnold Schönberg compositeur autrichien : « … je ne sais plus comment la paix était réellement. J’implore le ciel pour une victoire de notre armée et de celle de l’Allemagne. Il n’est pas concevable que le Reich allemand, et nous auprès de lui, puissions périr. Un sentiment inséparable d’esprit germanique qui créa exclusivement la culture et l’humanité, est en train de m’envahir. »

Pendant ce temps Arnold Schönberg se prépare à être enrôlé à son tour malgré les nombreuses protestations du milieu artistique. Anton Webern écrit une pétition au Ministère au nom de tous les amis et disciples de Schönberg : «  … il est tellement évident que l’état doit être concerné par la protection de l’œuvre et de la force créatrice de cet artiste, spécialement en ces temps difficiles, et ce ne peut être un sacrifice à une loi qui, bien qu’indispensable et bénéfique en soi, doit pouvoir faire une exception …. ». Et d’ajouter plus tard qu’il faut faire cesser ces « dommages et scandales culturels qui sont la honte d’un état, observant que Lehar, Reger, Pfizner et tous les chefs d’orchestre viennois ont été dispensés sans grande difficulté. Il faut réussir, même contre la propre volonté de Schönberg, parce que c’est notre désir, le devoir du monde, et que cela ne le regarde pas … ».

Ralph Vaughan Williams, compositeur anglais

Depuis 1902 Ralph Vaughan Williams est en contact avec Maurice Ravel qui lui écrit en ce mois d’avril 1915 : « Mon cher ami que devenez-vous, après si longtemps je serais heureux d’avoir de vos nouvelles. Cela m’a pris 8 mois pour essayer de rentrer au 13e régiment d’artillerie. J’attends désormais mon affectation comme bombardier dans l’armée de l’air pour laquelle j’ai fait ma demande, et cela ne devrait plus durer. J’espère avoir quelques nouvelles de vous ». Puis le 18 Juin : « Etes-vous encore en Angleterre ? Je suis au front depuis quelques mois, le front où il y a plus d’action. Il me semble qu’il y a des années que j’ai quitté Paris : j’ai vécu des moments suffisamment dangereux pour être étonné d’être encore en vie. Depuis un mois je suis cloué, mon véhicule est en réparation et je suis très fatigué … ».

André Caplet, pianiste et compositeur français

André Caplet est un familier des Eparges. Engagé volontaire il est sergent de liaison au 3e bataillon du 129e d’infanterie où il se retrouve entouré du violoniste Lucien Durosoir et du violoncelliste Maurice Maréchal, tous deux prix de conservatoire. « J’ai connu Caplet au front. Ce musicien hors-ligne, ce compositeur étonnamment doué, ce Prix de Rome servait « la biffe » au premier rang. Il ne fit donc jamais rien pour en être retiré et personne n’ignore comment notre régime égalitaire conçoit l’utilisation de ses élites … »

Le général Mangin ayant eu vent de la présence de Caplet et des autres artistes dans le secteur les fait mettre en subsistance à son quartier général afin qu’ils puissent travailler en période de repos ou dans les secteurs calmes. « A chaque attaque, le sergent Caplet reprenait son sac et son flingue et remontait aux tranchées pour y récolter, au hasard de la bataille, une blessure ou une citation. …  Il était adoré de tous. On ne pouvait l’approcher sans l’estimer, on ne pouvait l’approfondir sans aussitôt le chérir … Henri Dutheil se souvient : « Quand le génie de la musique l’habitait, il était méconnaissable. Je l’ai vu à Génicourt sur Meuse diriger les répétitions d’une Messe de Minuit que nous chantâmes à Noël en l’an de disgrâce 1916 : la baguette à la main, une flamme le transfigurait, le transformait physiquement même … »

« Le jour où il reçut la commande d’une Marche Héroïque de la 5e Division, il trouva le moyen de lui imprimer sa griffe, la marque personnelle de son talent. Elle avait, ma foi, fière allure. Lancée vers le ciel meusien, à pleins cuivres, gueulée sur la petite place de Stainville à pleine voix entre deux séjours effroyables dans la fournaise de Verdun par les survivants épiques de deux brigades décimées. Sous la direction de Caplet lui-même, elle n’avait rien d’une production d’embusqué, je vous prie de le croire. Et l’on pouvait sans honte frissonner à l’entendre …. »

Devenu l’ami de Claude Debussy en 1908, André Caplet entretient avec lui une correspondance fournie. En Juin 1916 il écrit en particulier : « Cher André Caplet, vous êtes un homme étonnant, hardi comme un lion, vous trouvez le moyen d’avoir un piano, un violoncelliste, une sonate  … c’est bien cette élégante bravoure qui est et sera toujours bien française… »

En Septembre 1916 Debussy écrit à Robert Godet à propos de Caplet : » …Tenez, je reçois des lettres d’un de mes amis, André Caplet qui est agent de liaison du côté de Verdun. Cet homme joue depuis le matin jusqu’au soir avec la mort et il trouve le moyen d’être plein d’entrain. Il est suivi dans les tranchées d’un piano démontable ! L’autre jour il a été interrompu par une rafale de 105 qui a failli le rendre aussi démontable que son piano … il a continué quelques mètres sous terre, c’est un héros n’en doutez pas ! S’il était possible, j’irais volontiers le remplacer mais, avec ma chance habituelle, je serais déjà mort plusieurs fois … »

 

Bibliographie

Dominique HUYBRECHTS, « Des Musiciens dans la Tourmente » aux Editions Scaldis, nouvelle édition 2014
Stéphane AUDOIN-ROUZEAU, Esteban BUCH, Myriam CHIMENES, Georgie DUROSOIR, membres de l’équipe de recherche « Guerre et Musique » Acte des colloques publiés en 2009 par Symétrie, Lyon, collection Perpetuum Mobile sous le titre « La Grande Guerre des musiciens ».
Luc DUROSOIR, auteur du livre « Deux Musiciens dans la Grande Guerre » préfacé par Jean-Pierre GUENO aux Editions Tallandier
Lucien DUROSOIR, un compositeur moderne né romantique » sous la direction scientifique de Lionel Pons et préfacé par Myriam CHIMENES, publié aux éditions Fraction, qui reprend les actes du colloque tenu à Venise en Février 2011 au Palazetto Bru Zane.
Marcel MARNAT,  « Maurice Ravel », Editions Fayard Collection « Les Indispensables de la Musique »