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D’une guerre à l’autre, 1920-1939

Au sortir du conflit, le grand public se lasse de la littérature de guerre et aspire à tourner la page. En 1919, le Goncourt prime À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust, plutôt que Les Croix de bois de Roland Dorgelès.

Dans les milieux parisiens d’avant-garde, le reflux s’est amorcé dès la fin de 1916. Désormais, dans le sillage du mouvement Dada, né à Zürich en 1917, la jeune génération refuse le diktat de l’événement et accuse ses aînés d’avoir conduit le monde à l’abîme. Le surréalisme frappe sans tarder la guerre d’interdit littéraire. En 1923, Benjamin Péret procède à une liquidation en publiant Mort aux vaches et au champ d’honneur. Deux ans plus tôt, il a joué le Soldat inconnu en allemand, lors d’un procès symbolique, monté contre Maurice Barrès pour « attentat à la sûreté de l’esprit », par André Breton et ses amis. Sur leur lancée, ces derniers se rapprochent du groupe international d’intellectuels pacifistes Clarté, tout en prenant pour cible son fondateur, Henri Barbusse, lequel incarne à leurs yeux le modèle honni de l’ancien combattant. Ils ne sont pas les seuls à s’affranchir du passé : indépendamment d’eux, et chacun à leur manière, Cocteau et Radiguet bousculent les conventions d’un genre littéraire saturé et recouvrent leur liberté de créateur. La guerre s’inscrit à présent dans des projets personnels, où l’art a repris ses droits.

Cependant, la littérature de guerre n’a pas dit son dernier mot. Tandis que les anciens combattants se fédèrent pour obtenir une juste reconnaissance de la nation, la plupart des écrivains affichent leur pacifisme foncier et fondent leurs propres structures, comme l’Association des Écrivains Combattants, qui présente un large éventail de sensibilités politiques. Écrire sur la guerre demeure une préoccupation majeure. Les uns se penchent sur leur expérience combattante, les autres sur la douloureuse question du retour des hommes. Ceux qui s’étaient tus reprennent la parole et les plus jeunes, tel Montherlant, sortent de la guerre pour entrer en littérature. Jean Paulhan met en scène les hantises du démobilisé dans La Guérison sévère (1920), Dorgelès publie Le Réveil des morts (1923) sur le deuil et les reconstructions, et Maurice Genevoix, devenu écrivain par la guerre, livre son cinquième et dernier volume de témoignage, Les Éparges (1923). Parallèlement, les traductions se multiplient : les Allemands découvrent Georges Duhamel, le public français John Dos Passos et Ernst Jünger.

Au tournant des années trente, de nouvelles menaces pèsent sur le monde. Questions coloniales, conflits localisés, montée des périls, tout ranime le spectre de la grande tuerie. Par son succès éclatant, le roman pacifiste de l’Allemand Erich Maria Remarque, À l’ouest rien de nouveau (1929), contribue à renouveler l’intérêt pour la guerre de 14. Le temps est venu de de la distance et de l’analyse. Dans leur somme romanesque, Jules Romains et Roger Martin de Gard cherchent à comprendre l’événement à la lueur de leur dessein littéraire et du devenir de l’Europe. En dénonçant la comédie sociale, Drieu la Rochelle exprime son profond désenchantement. Dans la méditation poétique et cosmique du Grand Troupeau (1931), Jean Giono cherche les voies d’un monde réconcilié. Dans Voyage au bout de la nuit (1932), Céline place la guerre au seuil d’un roman radicalement nouveau, qui réinvente la langue en révélant la noirceur de la condition humaine.

En ces années-là, les écrivains témoignent, critiquent et avertissent. Mais le fracas des armes va bientôt recouvrir leur voix, détruire et diviser les hommes, et la Grande Guerre devenir, hélas, « l’autre guerre ».

Laurence Campa
Maître de conférences HDR Paris Créteil - Est

 

Ci-dessous, une sélection de vingt-six ouvrages de littéraure de guerre pour la période 1920-1939 >>

Dos_Passos_L'initiation d'un homme

John Dos Passos, L'initation d'un homme, 1920

Récit initiatique, ce roman livre l'expérience de l'auteur à travers le regard de son personnage principal, Martin Howel. De son débarquement à Bordeaux dans un monde où la guerre est omniprésente aux combats sur le front, Martin Howel découvre la tragédie de la guerre.
Le roman est à l’origine le journal de guerre, tenu en 1917 par John Dos Passos (1896-1970). Américain tout droit sorti d'Harvard, il s'engage à 21 ans sur le front français en qualité d'ambulancier.

Édition originale - Londres, George Allen & Unwin Ltd, 1920
Première traduction - Paris, GF. Rieder, 1925
Édition récente - Paris, Michel de Maule, 2012

Ernst Jünger, Orages d'acier, 1920

In Stahlgewittern est le titre original de ce classique de la littérature de guerre allemande. Ce journal de guerre, sans cesse retravaillé et récrit au fil des années, exprime la fascination de son auteur pour le combat et la guerre. Il est composé après-guerre à partir de carnets personnels, ainsi que de lettres et de témoignages de camarades, qui confèrent au récit une dimension documentaire. Mais ce sont surtout le nouveau mode de narration et l’expression inédite de la violence qui frappent le lecteur de plein fouet.
Dès août 1914, Ernst Jünger (1895-1998) se porte volontaire. Il participe avec ardeur et enthousiasme aux combats. Sous-officier puis lieutenant, il est blessé quatorze fois et reçoit la plus haute décoration allemande, la Croix Pour le Mérite. Après guerre, il entretient des relations ambivalentes et tendues avec le mouvement national-socialiste

Édition originale – 1920, à compte d'auteur
Première traduction française par le lieutenant-colonel Grenier, texte de la troisième version (non expurgée) de 1924
Édition récente –  Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2008

Jean Bernier, La Percée, 1920

La percée est le terme qui désigne la rupture du front adverse suite à une offensive : c'est le but de l'état-major. Mais les offensives de 1915 n’ont rien de décisif : la réalité révèle au contraire la terreur et la misère dans la boue des tranchées, sous des bombardements incessants. Après guerre, le survivant crie vengeance.
« Celui qui n’a pas compris avec sa chair ne peut vous en parler », déclare le jeune Bernier. Pour Jean Norton Cru, cette phrase « est l’alpha et l’oméga de toute la littérature de guerre par les témoins ».
Le 4 septembre 1914, Jean Bernier (1894-1975) est mobilisé et rejoint le 117e régiment d’infanterie. Le 13 novembre, il part pour le front. Successivement promu caporal, sergent puis sous-lieutenant, il combat dans la Somme et en Champagne. À la suite d’une blessure reçue le 8 décembre 1915, il est hospitalisé puis convalescent sept mois durant. Il est ensuite affecté aux chemins de fer de campagne et, en 1916, au ministère des Affaires étrangères.

Jean Bernier a reçu pour ce roman le Prix Clarté en 1920.

Édition originale – Paris, Albin Michel, 1920
Édition récente – Marseille, Agone, 2000

Henry de Montherlant, Le Songe, 1922

Ce roman autobiographique mêle les thèmes de l'amour et de la guerre, autour de la figure romanesque d’Alban de Bricoule. Le personnage incarne Montherlant lui-même, engagé volontaire par fidélité à l’idéal chevaleresque. Sur le front, il s’endurcit peu à peu et cherche, dans l’expérience du combat, une grandeur virile que l’amour et les femmes ne peuvent lui donner. Cette vision héroïque, proche de celle de Drieu la Rochelle, tranche avec la majorité des témoignages et l’essentiel de la littérature de guerre.
Henry de Montherlant (1895-1972) est affecté au service auxiliaire au début du conflit. Il rejoint ensuite, à sa demande, un régiment d'infanterie de première ligne en 1918. Prêt à mourir, il revient grièvement blessé. La Relève du matin (1922) s’inspire également de son expérience, tandis que le Chant funèbre pour les morts de Verdun (1925) rend un hommage vibrant à l’héroïsme des combattants.

Édition originale – Paris, Bernard Grasset, coll. Le roman, 1922
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1982 (réed. 1983)

Raymond Radiguet, Le Diable au corps, 1923

Marthe n’a que 18 ans quand la guerre éclate. Elle est une fiancée de circonstance pour Jacques, un jeune soldat, mais entretient une liaison avec un garçon trop jeune pour être mobilisé : le narrateur. Ce qui n’était qu’un jeu devient rapidement une idylle. Or, ni l’entourage ni le jeune amant ne semblent prêts à assumer cette relation honteuse et tragique. Écrit à 20 ans, ce roman évoque la guerre à l’arrière, le passage à l’âge adulte et l’aspiration à une liberté sans limite. À sa sortie, il fait scandale tant le thème est tabou et détone avec la littérature de guerre.
Raymond Radiguet (1903-1923) est un écrivain et journaliste français au talent très précoce, qui meurt prématurément l’année même de la parution de son livre.

Le roman est adapté au cinéma par Claude Autant-Lara en 1947 et par Marco Bellocchio en 1986.

Édition originale – Paris, Grasset, 1923
Édition récente – Paris, Payot, 2012

Jean Cocteau, Thomas l'imposteur, 1923

Guillaume Thomas est un imposteur. Par amour pour Henriette, il s'invente une vie qui n'est pas la sienne, une vie de fils de général. Pour aller au bout de son imposture et repousser ses limites, il va jusque dans les tranchées et, finalement, jusqu'à la mort. Sur le « théâtre des opérations », la comédie peut être fatale. Avec dérision et ironie, Cocteau se joue du roman de guerre et des illusions de l’héroïsme.
Bien que réformé, Jean Cocteau (1989-1963) se met au service de la Croix-Rouge dès le mois d'août 1914. En septembre de la même année, il participe à l’évacuation des blessés en Champagne et assiste au bombardement de Reims. Il se porte ensuite volontaire pour la Section d’ambulances aux armées et part comme convoyeur vers le front de Flandre. En 1915, il rencontre Raoul de Castelnau qui lui inspire le personnage de Thomas l’Imposteur. Il passe tout l'hiver 1916 sur le front de l'Yser avant d’être détaché au service propagande du ministère des Affaires étrangères.

Édition originale – Paris, Gallimard, NRF, 1923
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1973

Joseph Kessel, L’Équipage, 1923

L’Équipage romance la vie d’une escadrille pendant la Première Guerre mondiale. Le personnage principal, Herbillon, s’engage volontairement dans l’aviation. Sur fond de guerre, le récit traite surtout de la complexité des relations amicales et amoureuses. Mais le roman est aussi une épopée de l’aviation, il est écrit en hommage au Capitaine Thélis Vachon, chef de l’unité de Kessel et mort au combat. 
Aventurier, journaliste et reporter français, Joseph Kessel (1898-1979) est né en Argentine. En 1916, il choisit de prendre part aux combats alors qu'il joue ses premiers rôles sur la scène de l'Odéon. Il s'enrôle donc en tant qu’engagé volontaire dans l’artillerie, puis dans l’aviation, notamment au sein de l’escadrille S.39. Au sortir du conflit, il est décoré de la Croix de guerre, puis il est fait chevalier de la Légion d’Honneur.

Adapté au cinéma en 1935 par Anatole Litvak, le livre fait l'objet d'une nouvelle adaptation par le même réalisateur en 1937 sous le titre de The Woman I love.

Édition originale – Paris, Gallimard, cool. NRF, 1923
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1972

Jaroslav Hašek, Le Brave Soldat Chvéïk, 1924

Roman satirique paraît en tchèque sous le titre Dobrý voják Švejk. Le personnage de Chvéïk naît à la littérature en même temps que parvient à Prague, alors sous le joug austro-hongrois, la nouvelle de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. Ce premier volume des aventures du soldat Chvéïk couvre la période qui s'étend jusqu'à décembre 1914. Il narre les aventures burlesques du marchand de chiens pragois Josef Chvéïk, sur un ton ironique et décapant. Satire généralisée, le roman est aussi un appel à la liberté universelle.
Avec Franz Kafka, Jaroslav Hašek (1883-1923) participe au renouveau de la littérature tchèque du début du XXe siècle. En 1915, il est mobilisé dans l'armée autrichienne sur le front de Galicie. Il est ensuite envoyé en Bohême du sud puis en Hongrie. En septembre 1915, son unité est isolée à la suite d'une percée des troupes. Il est fait prisonnier et envoyé dans un camp en Ukraine puis dans l'Oural. Il s’engage ensuite dans l’Armée rouge et entre au parti bolchevique. Il meurt avant d’avoir achevé le quatrième tome des aventures de Chvéïk.

Le Brave Soldat Chvéïk a été adapté au cinéma en 1955 par le réalisateur tchèque Jiří Trnka, puis en 1956 le réalisateur tchèque Karel Stekly.

Édition originale – publiée en fascicules entre 1921 et 1924
Première traduction française – Paris, Gallimard, 1932
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1975

Joseph Deltei, Les Poilus, 1926

Entourés de personnages illustres dont Joseph Delteil dresse des portraits mémorables, les poilus sont les véritables héros anonymes de la Grande Guerre. Le Poilu incarne la France terrienne, profondément attachée à son honneur. Réinventant le genre épique, Delteil ne fait pas l’apologie de l’héroïsme mais montre la guerre dans toute sa diversité humaine. Or, s’il admire les hommes, il dénonce la guerre et traite certaines situations avec une ironie ravageuse. D’abord attirés par son lyrisme singulier, les surréalistes le condamnent pour être revenu sur le conflit.
Joseph Delteil (1894-1978) est étudiant au lycée de Limoux lorsqu'il est mobilisé. Son régiment fusionne rapidement avec celui des tirailleurs sénégalais stationnés dans le Var, à Saint-Raphaël, où il'auteur demeure pendant presque toute la période de la guerre.

Édition originale – Paris, Grasset, 1926
Édition récente – Paris, Grasset, coll. « Cahiers rouges », 2008 

Bakary Diallo, Force-Bonté, 1926

Force-Bonté est le récit de l’expérience combattante d’un tirailleur sénégalais. Le personnage principal mêle un regard presque candide sur la France et un témoignage de la vie au front. Débarqué à Sète en 1914, il est aussitôt envoyé sur le front de la Marne. Blessé d’une fracture à la mâchoire, il est ensuite hospitalisé dans divers hôpitaux à Épernay, Neuilly, Paris et enfin Menton. C’est à Menton qu’il retrouve d’autres tirailleurs, eux aussi en convalescence. Avec ce témoignage, Diallo soutient la mission civilisatrice de la France à un moment où la politique coloniale française fait l’objet de violentes attaques.
Berger peul autodidacte, Bakary Diallo (nc-1979) est le premier tirailleur sénégalais à témoigner par écrit de son expérience de la Grande Guerre. Il s’engage dans l'armée en 1911. En 1920 il devient citoyen français. Son livre ouvre la voie autobiographique dans la littérature africaine francophone.

Édition originale – Paris, Éditions F. Rieder et Cie, 1926
Édition récente – Dakar (Sénégal), Les Nouvelles Éditions Africaines, 1985

Proust, Le Temps retrouvé, 1927

Commencée en 1915 à partir d’un nouveau plan, qui modifie plusieurs épisodes imaginés auparavant, la rédaction du Temps retrouvé, sixième et dernier volume de À la recherche du temps perdu, est profondément marquée par la guerre. Opportunisme, cruauté, naïveté, héroïsme, vieillissement, tous les personnages sont affectés par l’événement. Le langage lui-même subit des transformations dont le narrateur note les moindres variations. C’est l’occasion d’exercer une ironie mordante sur les êtres et les situations, mais aussi de procéder à des changements d’échelle qui établissent d’éclairantes correspondances entre la société parisienne, la France en guerre et les lois régissant l’univers.
Dans l’immense projet romanesque de Proust, la guerre et le roman entrent en interaction : la destruction et les bouleversements produits par la guerre servent l’élaboration du livre et la victoire définitive sur le temps grâce à l’écriture.

Édition originale – Paris, Gallimard, 1927 (posthume)
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio classique, 1992

Erich Maria Remarque, À l'Ouest rien de nouveau, 1929

Ce roman allemand paru sous le titre original Im Westen nichts Neues retrace l’expérience du narrateur, Paul Bäumer, qui part au front avec ses camarades de classe sous l’influence de leur professeur. La violence de la « sale guerre » et la terreur qu'ils éprouvent dans les tranchées renforcent leur camaraderie. Quand ils arrivent en permission, le fossé entre le front et l’arrière les choque tout autant que les horreurs du front. Le roman délivre un message pacifiste.
Mobilisé en 1916 et envoyé au front, Erich Maria Remarque, né Erich Paul Remark (1898-1970), rentre un an plus tard à cause d'une blessure aux mains. Cette blessure le force à renoncer à une carrière de musicien. Succès sans précédent, immédiatement traduits en plusieurs langues, À l'Ouest rien de nouveau est condamné dès 1933 par le régime nazi, qui l'accuse d'affaiblir le moral des troupes allemandes.

À l'Ouest rien de nouveau a été adapté au cinéma en 1930 par Lewis Milestone.

Édition originale – Berlin (Allemagne), Propyläen-Verlag, 1929
Première traduction française – Paris, Stock, 1929
Édition récente – Paris, Le Livre de Poche, 1990

Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes, 1929

Roman britannique paru sous le titre original A Farewell to arms, ce récit à la première personne relate l'expérience du lieutenant Frédéric Henry, jeune américain volontaire, envoyé sur le front d'Italie. Blessé aux jambes, il est transporté à l'hôpital de la Croix-Rouge américaine de Milan, et soigné par une jeune infirmière anglaise. C'est là que commence leur histoire d'amour tragique avec, en toile de fond, les destructions, le cynisme des soldats et du commandement, la souffrance des populations. Roman d’éducation, L’Adieu aux armes est aussi celui de la blessure, physique, psychique et morale.
En mai 1918, Ernest Hemingway (1899-1961) s’engage et rejoint comme ambulancier le front italien, où il est grièvement blessé aux jambes. Il rentre chez lui en janvier 1919, après avoir passé la majeure partie de son temps de guerre dans un hôpital.

Le roman a été adapté au cinéma sous le titre L’Adieu aux armes par Frank Borzage en 1932, puis par Charles Vidor en 1957.

Édition originale – New York, Scribner, 1929
Première traduction française chez Gallimard, 1948
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1972

Frederic Manning, Nous étions des hommes, 1929

Paru sous le titre original Her privates we, le livre relate l’expérience combattante de l’auteur dans la Somme en 1916 sous les traits du soldat Bourne. Homme instruit et cultivé de plus de 35 que rien n'oblige à aller au combat, c’est volontairement qu’il s’engage dans l’armée. Dans la tourmente du conflit, Bourne reste toujours calme et placide. C'est pour cette raison qu'il se fait remarquer par son capitaine qui lui propose de passer officier. Mais le deuxième classe, le private, ne veut ni lâcher ses camarades, ni prendre la décision de les envoyer se faire tuer au nom d'un idéal qu'il a de plus en plus de mal à comprendre.
D'origine australienne, Frederic Manning (1882-1935) est envoyé en Angleterre pour poursuivre ses études. Peu avant l’entrée en guerre, il se fait connaître par sa poésie. Il s’enrôle en août 1914 et combat dans la Somme. Her private we reste son œuvre la plus célèbre. Publiée sans nom d’auteur à quelques à quelques centaines d'exemplaires sous le titre : The Middle Parts of Fortune, elle reparaît sous le titre désiré par Manning, mais sous le pseudonyme de Private 19022.

Édition originale – Private 19022, The Middle Parts of Fortune, édition limitée à 500 exemplaires à Londres, The Piazza Press, Peter Davies, 1929 ; puis Private 19022, Her Privates we, Londres, Peter Davies, 1930
Première traduction française chez Phébus, 2002
Édition récente – Paris, Phébus, coll. Libretto, 2012

Robert Graves, Adieu à tout cela, 1929

Goodbye to all that est le titre original de l’autobiographie de Robert Graves, irlandais par son père, allemand par sa mère, brillant étudiant d’Oxford, devenu capitaine des Royal Welsh Fusiliers. Blessé dans la Somme en 1916 et laissé pour mort, il rentre en Angleterre et se consacre à sa vocation littéraire. Écrits alors qu’il traverse une douloureuse crise personnelle, ses souvenirs de guerre sont une évocation désabusée des idéaux de sa jeunesse et une analyse lucide de la guerre faite par l’armée britannique.
Robert Graves (1895-1985) est romancier, traducteur et mythographe.

Édition originale – New York, Anchor Books, 1929
Première traduction française – Paris, Stock, 1965
Édition récente et première traduction française – Paris, Éditions Autrement, 1998

Edlef Köppen, L’Ordre du jour, 1930

Heeresbericht est le titre original de ce récit largement autobiographique. Il connaît un large succès dans la République de Weimar finissante avant d’être interdit par le régime nazi dès 1933. Déclaré nocif car pacifiste, il montre les combats de 1914 à 1918 sur les deux fronts, occidental et oriental. Il raconte les efforts incroyables de l'armée allemande pour rompre le front oriental, les pertes humaines, les sacrifices de la population et la haine au sein même d'une armée divisée. Le récit intègre des articles de presse, des communiqués de l’état-major, des recettes, des publicités et des annonces : il vaut non seulement par sa dimension documentaire mais aussi par la multiplicité de ses points de vue.
Edlef Köppen (1893-1939) est l'un des rares écrivains à avoir servi durant les quatre années du conflit. Totalement oublié, son livre a été redécouvert en 2006.

Édition originale – Berlin-Grunewald, Horen-Verlag, 1930
Édition récente et première traduction française – Paris, Tallandier, coll. Contemporaine, 2006

Gabriel Chevallier, La Peur, 1930

Dans ce récit largement autobiographique, Gabriel Chevallier se veut le porte-parole d'une génération de combattants qui ont participé au conflit malgré eux. Entre les cadavres et les blessés agonisants, les poilus sont les sacrifiés de cette guerre. Ils doivent aussi affronter la pression de l'arrière, les stratèges qui exaltent leurs valeurs guerrières tout en multipliant les erreurs de jugement et les civils qui ne comprennent pas. En choisissant de traiter de la peur, cet envers de l’héroïsme, Chevallier brise un tabou. Malgré quelques réactions hostiles, il rencontre l’assentiment des lecteurs, notamment des anciens combattants.
Étudiant aux Beaux Arts, Gabriel Chevallier (1895-1969) est mobilisé dès 1914 et blessé en 1915. Guéri, il est renvoyé au front, où il reste jusqu’à la fin du conflit.

Édition originale – Paris, Stock, 1930
Édition récente – Paris, Le Dilettante, 2008

Jean Giono, Le Grand troupeau, 1931

Le Grand Troupeau est un récit croisé. D'un côté, ceux qui sont au front, livrent des batailles qu'ils ne comprennent jamais et voient leurs camarades tomber autour d'eux. De l'autre, celles qui poursuivent leur existence de labeur, dans l’attente incessante d’une lettre et affrontent seules la douleur de l'existence. Le souci du romancier n’est pas de raconter la guerre d’un double point de vue et de faire témoignage. Allégorique et tellurique, son récit parle de la folie de l’homme et de l’histoire humaine. Il se clôt sur l’espérance d’une vie réconciliée.
Fantassin durant toute la guerre, Jean Giono (1895-1970) est mobilisé pendant plus de quatre ans, passe deux ans sur le front dans l'infanterie, connaît Verdun, le Chemin des Dames puis le  Kemme. La guerre fait de lui un pacifiste farouche.

Édition originale – Paris, Gallimard, coll. NRF, 1931
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1972

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Le narrateur du Voyage au bout de la nuit, Bardamu, s’engage pour avoir été enthousiasmé par un défilé militaire. Une fois sur le front, c’est l’étonnement : « la guerre, c’est tout ce qu’on ne comprend pas ». C’est aussi le règne de la bêtise, de la confusion, de la lâcheté, de la cruauté, de l’horreur. De retour à la vie civile, Bardamu retrouve partout les mêmes faiblesses, la même déraison, en Amérique, aux colonies, en banlieue. Aux antipodes du témoignage, le roman peint la noirceur de la condition humaine sur un ton tragique et grotesque, dans une langue radicalement nouvelle.
Né Louis Destouches (1894-1961), Louis-Ferdinand Céline devance l'appel en s'engageant dès 1912. Au mois d'octobre 1914, il connaît son baptême du feu. Blessé par balle au bras droit, il est opéré à Hazelbrouck puis envoyé à Paris au Val de Grâce. Médaillé dès le mois de novembre 1914, il reçoit ensuite la Croix de Guerre. La blessure et l’expérience de la guerre lui laissent des cicatrices indélébiles.

Louis-Ferdinand Céline a reçu pour ce roman le Prix Renaudot en 1932.

En 1988, Voyage au bout de la nuit sort en version illustrée par Jacques Tardi aux éditions Futuropolis, collection Futuropolis-Gallimard.

Édition originale – Paris, Denoël et Steele, 1932
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1972

André Salmon, Caporal Valentine, 1932

Roman antimilitariste, Caporal Valentine relate l’expérience  truculente d’un déserteur qui se travestit en femme pour échapper au peloton d'exécution. À la suite d'une dispute et pour servir d'exemple, le caporal Remongin, est condamné à mort par ses officiers. Il parvient à s'échapper et se réfugie à Paris chez sa maitresse. Sur ses conseils et pour sauver sa vie, il devient Valentine, danseuse dans un cabaret russe. Au sortir de la guerre, les déserteurs sont amnistiés mais le caporal reste bouleversé par son expérience au point de ne plus savoir qui il est.
Poète, ami d’Apollinaire et de Max Jacob, engagé volontaire malgré sa réforme, André Salmon (1881-1969) rejoint un bataillon de chasseurs à pied et sert en Artois puis en Argonne. Évacué pour état général défectueux, il se traîne d’hôpital en hôpital avant d’être réformé et de reprendre ses activités de journaliste.

Édition originale – Paris, Édition Emile-Paul frères, 1932

Pierre Drieu La Rochelle, La Comédie de Charleroi, 1934

« La Comédie de Charleroi » est la première nouvelle qui donne son titre à ce recueil. Le narrateur est le secrétaire de la mère d'un de ses camarades mort au front. Cette femme veut faire de son deuil une gloire et joue le rôle de la mère inconsolable. À travers elle, c’est la mascarade de l’héroïsme de convenance et la comédie sociale qui font l’objet d’une analyse mordante et désabusée. Ce n’est pas la guerre qui vainc les hommes, c’est l’usage dévoyé qu’on en fait. Nostalgique et ironique, tout le recueil se place sous le signe d’une désillusion et d’une grandeur perdue, thèmes qui sont repris dans le roman Gilles  paru en 1938.
Mobilisé dès le début de la guerre, Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945) marche vers la frontière belge. Lors d’une halte à proximité de Charleroi, il avoue avoir éprouvé une forte pulsion suicidaire mais il est retenu par un de ses camarades. Peu après, il fait son baptême du feu. Débarrassé de toutes ses inhibitions, il vit alors l'expérience la plus forte de sa vie. Mais cet élan est rapidement suivi d'un profond désenchantement.

Édition originale – Paris, Gallimard, NRF, 1934
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1996

Louis, Guilloux, Le Sang noir, 1935

Ce roman relate une journée de 1917, dans une ville provinciale de l'arrière, alors que les mutineries se multiplient en France et que la révolution éclate en Russie. Après trois années de combats et de violence, la vision de l’homme est troublée par la question de la pulsion de mort. C’est cette question que Louis Guilloux met au centre de son récit. Le personnage principal, le professeur de philosophie Cripure, un ivrogne au regard satirique et lucide, s’interroge sur la génération des hommes au sang noir, ces survivants de la Grande Guerre qui ne se remettent pas de la mort de leurs camarades. Par son biais, l’écrivain dénonce l’hypocrisie sociale et le conformisme, mais aussi, indirectement, la « récupération » dangereuse dont la Grande Guerre est l’objet dans les années 1930.
D'abord élève puis surveillant au lycée Anatole Le Braz de Saint-Brieuc, Louis Guilloux (1899-1980) est trop jeune pour faire la guerre. Proche des écrivains prolétariens, il se lie avec professeur de philosophie Georges Palante, dont il s'inspire pour composer le personnage de Cripure, pathétique héros du Sang Noir.

Édition originale – Paris, Gallimard, coll. NRF, 1935
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1980

Roger Vercel, Capitaine Conan, 1936

L’histoire débute dans les Balkans quand l'armistice vient d’être proclamé. Les soldats français peuvent entrer dans les villes roumaines pour fêter leur victoire. Mais à peine la guerre terminée, les ennuis commencent. Les actes tolérés pendant le conflit sont à présent proscrits. Norbert, le narrateur, est avocat, et défend de son mieux les soldats incriminés. Son meilleur ami, le capitaine Conan, est un homme qui n’accepte pas la fin de la guerre, et n’hésite pas à falsifier la vérité pour que ses hommes ne soient pas inquiétés. Quelle place reste t-il aux hommes habitués aux combats et à la violence dans un monde qui ne rêve que de paix ?
Étudiant de lettres à la Faculté de Caen, Roger Vercel (1894-1957) est enrôlé en tant que brancardier sur les champs de bataille du Nord et de l'Est de la France.

Roger Vercel a reçu pour ce roman le prix Goncourt en 1934.

Le roman a été adapté au cinéma sous le titre Capitaine Conan par Bertrand Tavernier en 1996.

Édition originale – Paris, Albin Michel, 1934
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1980

Roger Martin du Gard, Les Thibault (VII). L’Été 1914, 1936

Avant-dernier des 8 volumes du cycle romanesque Les Thibault (1920-1940), L’Été 14 relate l’approche de la guerre, que ni les socialistes, ni les autres pacifistes ne peuvent empêcher. Les espoirs de paix auxquels se raccrochent les civils et les diplomates sont de plus en plus vains. Bâti sur une abondante documentation, le roman est une analyse politique et historique du conflit, de ses causes et de ses rouages. Il montre des personnages entraînés par des forces qui les dépassent, à l’instar de Jacques Thibault, déserteur, qui meurt en avion alors qu’il diffuse des tracts pacifistes. Dans l’Épilogue du cycle (1940), le docteur Antoine Thibault meurt des suites d’une atteinte au gaz, dans l’espoir de la paix portée par la SDN. Mais le lecteur sait ce qu’il adviendra réellement de cette illusion.
Chartiste, écrivain de La NRF,  Roger Martin du Gard (1981-1958) a servi dans des unités automobiles, sur plusieurs fronts, de 1914 à 1919.

Roger Martin du Gard a reçu pour l’ensemble de son œuvre le prix Nobel de littérature en 1937.

Les Thibault a été adapté pour la télévision en 1972 par Alain Bourdet et André Michel, puis en 2003 au cinéma par Jean-Daniel Verhaeghe.

Édition originale – Paris, Gallimard, NRF, 1936
Édition récente – Paris, Gallimard, coll. Folio, 1980

Guy de Pourtalès, La Pêche miraculeuse, 1937

La Pêche miraculeuse est une fresque de la société genevoise des années 1900 à 1920 vue à travers l’itinéraire d’un jeune aristocrate, Paul de Villars. Sur les bords du lac Léman, la vie est bouleversée par les idées et les mouvements violents du début du siècle. C’est là que deux femmes se disputent l’amour d’un homme. Au cinquième livre du roman, intitulé « Le Cheval roux », d’après l’Apocalypse, Paul fait l’expérience de la guerre auprès du corps expéditionnaire britannique, passe de l’enthousiasme à la désillusion et quitte le front atteint par balle et par les gaz. La fin du roman retrouve la société genevoise des temps de guerre, entre restrictions, conflits d’intérêt et actions humanitaires, pour se terminer au moment de la première réunion de la SDN à Genève, en 1920.
D’ascendance protestante, l’écrivain suisse d’expression française, Guy de Pourtalès (1881-1941) a recouvré la citoyenneté française de ses ancêtres en 1912.En 1914, il est affécté en tant qu'automobiliste au Havre, puis rejoint les troupes anglaises où il exerce la fonction d'interprète. En 1915, il est envoyé près du front à Armentières mais il est rapidement évacué après avoir subi une attaque au gaz. À la fin du conflit, il est décoré de la Croix de guerre.

Guy de Pourtalès a reçu pour ce roman le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1937.

Édition originale – Paris, Gallimard, NRF, 1937
Édition récente – Paris, Gallimard, 1975

Jules Romains, Prélude à Verdun / Verdun, 1938

Prélude à Verdun et Verdun donnent son sens au cycle romanesque en 27 volumes, Les Hommes de bonne volonté, où Jules Romains dépeint la nature humaine en fonction des rapports sociaux, alterne les points de vue et les changements d’échelle afin de mettre en œuvre son esthétique unanimiste. Prévue et redoutée, la guerre s'installe en Europe. Jean Jerphanion, le provincial, fils de paysan, et Clanricard, un instituteur, subissent de plein fouet cet événement inconcevable, dont ils porteront les cicatrices toute leur vie. Le dialogue entre Jerphanion et son ami Jallez est moins l’occasion d’un témoignage sur la vie combattante qu’une analyse profondément intelligente – et reconnue comme telle par les anciens combattants comme par les historiens – des formes du conflit et de l’état d’esprit des intellectuels au feu.
Normalien, agrégé de philosophie, poète et dramaturge, Jules Romains (Louis Farigoule, 1885-1972) doit à sa réforme d’échapper au service armé. Foncièrement pacifiste, il publie un recueil de poèmes contre la guerre en 1916, Europe.

Édition originale – Paris, Flammarion, 1938
Édition récente – Paris, Robert Laffont, 2001

  • Dos_Passos_L'initiation d'un homme
  • Junger_Orages_d'acier
  • Bernier_La_Percée
  • Montherlant_Le_Songe
  • Radiguet_Le_Diable_au_corps
  • Cocteau_Thomas_l'imposteur
  • Kessel_L'équipage
  • Hašek_Le_Brave_Soldat_Chvéïk
  • Delteil_Les_Poilus
  • Diallo_Force_Bonté
  • Proust_Le_Temps_retrouvé
  • Remarque_A_l'ouest_rien_de_nouveau
  • Hemingway_L'adieu_aux_armes
  • Manning_Nous_étions_des_hommes
  • Graves_Adieu_à_tout_cela
  • Köppen_L'odre_du_jour
  • Chevallier_La_peur
  • Giono_Le_Grand_troupeau
  • Céline_Voyage_au_bout_de_la_nuit
  • Salmon_Caporal_Valentine
  • La_Rochelle_La_Comédie_de_Charleroi
  • Guilloux_Le_Sang_noir
  • Vercel_Capitain_Conan
  • Gard_L'été_1914
  • Pourtalès_La_Pêche_miraculeuse
  • Jules Romains_Prélude à Verdun
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