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Alexandre Duyck : "J'ai voulu faire d'Augustin une figure universelle du soldat paysan"

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Augustin, roman d'Alexandre Duyck paru aux éditions JC Lattès*, mêle fiction et réalité pour raconter l'histoire du soldat Augustin Trébuchon, mort au combat le 11 novembre 1918, à quelques minutes de l'entrée en vigueur de l'Armistice.  

Le 11 novembre 1918 à 5h15, la France et l’Allemagne signent l’armistice. Mais l’état-major français décide d’attendre onze heures, en ce onzième jour du onzième mois, pour que cessent les combats. A 10h45, le soldat de première classe Augustin Trébuchon est tué. Sans chercher à brosser un portrait fidèle du berger lozérien, dont les archives le concernant sont relativement peu nombreuses, Alexandre Duyck a surtout imaginé les pensées de cet homme courageux, observateur, taiseux, blessé deux fois, qui, en 4 ans, n'aurait accepté de prendre qu'une seule permission et a obéi aux ordres jusqu’au bout. 

Alexandre Duyck, comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l'histoire singulière d'Augustin Trébuchon, considéré comme le dernier Poilu de la Grande Guerre mort au combat ?

Je ne sais plus comment j'ai entendu parler d'Augustin Trébuchon pour la première fois. Mais en 2008, pour les 90 ans de sa mort, j'ai écrit un article dans le Journal du Dimanche, pour lequel je travaillais alors comme grand reporter. Je m'étais rendu dans la commune des Ardennes où il est mort et enterré et avais été très ému par l'histoire de ce petit berger qui traverse toute la guerre et toute la France, depuis la Lozère, pour mourir le dernier, à quelques minutes de la fin du conflit.

Vous avez choisi de le faire parler à la première personne. Pour quelles raisons ?

Le choix de la première personne relève de la volonté d'être au plus près d'Augustin, d'être sur son épaule, dans sa tête, en permanence. Dans les tranchées comme en Lozère quand il y retourne pour sa seule et unique permission. Ce fut le plus compliqué pour moi qui suis d'abord journaliste et m'interdis l'usage du "je" dans mes articles. Parler à sa place, penser à sa place. Mais je pense qu'il fallait en passer par ce "JE" pour comprendre ce qu'était le quotidien d'un soldat comme lui, d'un berger comme lui.

A l'heure du centenaire de la fin de la guerre 14-18, beaucoup de Français renouent avec leurs ancêtres engagés dans ce terrible conflit. Avez-vous votre propre histoire à raconter ?

Je n'ai pour ainsi dire connu aucun de mes grands-parents. A la différence de mon arrière-grand-père, que j'ai beaucoup vu et aimé jusqu'à sa mort, à mes 11 ans. Il était Croix de guerre. Je n'ai jamais parlé de la guerre avec lui, je ne sais pas grand-chose de son histoire mais j'ai appris, en écrivant ce livre, de la bouche de ma mère, qu'il était également agent de liaison, comme Augustin ! Je lui ai dédié ce livre. Il était peintre en bâtiment à Lyon mais il aurait pu être Augustin. J'ai voulu faire d'Augustin une figure universelle du soldat paysan, ou ouvrier, de la Première Guerre mondiale. Une figure familiale à laquelle s'attacher et que nous avons tous eue, en quelque sorte, dans nos familles. 

* Augustin, d'Alexandre Duyck, éditions JC Lattès, octobre 2018, 250 pages, 16 euros.