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Verdun, visions d’Histoire de Léon Poirier

Accompagnement musical du film Verdun, visions d'Histoire par Hakim Bentchouala
© Cinémathèque de Toulouse
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La Cinémathèque de Toulouse a restauré en 2006 le film de Léon Poirier, Verdun, visions d’Histoire (1928). La copie de ce film, retrouvée dans ses collections, s’est avérée complète, alors que cette version avait disparu en France depuis de nombreuses années.

L’importance historique et artistique du film

Dédié à « tous les martyrs de la plus affreuse des passions humaines, la guerre », Verdun, visions d’Histoire se présente comme le récit circonstancié de la célèbre bataille qui fit plus de 200 000 morts entre février et octobre 1916. Mais il ne s’agit pas d’un simple reportage. Léon Poirier, son réalisateur, inscrit dans la grande histoire le destin de personnages symboliques choisis de part et d’autre du front. L’itinéraire souvent tragique de ces personnages de fiction s’entrecroise avec les figures réelles de la bataille de Verdun.

Articulé autour de trois « visions » (la Force, l’Enfer et le Destin) qui sont autant de périodes de la bataille, Verdun, visions d’Histoire est à la fois un film-monument et un film-mémorial.

Film-monument parce que Léon Poirier y consacre onze mois de tournage, entre l’été 1927 et l’automne 1928, sur le site même de la bataille. Il convoque pour ce faire les troupes de l’armée française, investit les tranchées silencieuses depuis dix ans, fait appel à l’État-Major qui parraine le film au point d’accepter parfois d’y apparaître brièvement et surtout reconstitue minutieusement le déroulement de la bataille. La topographie du fort de Vaux, où se déroule l’essentiel de l’épisode intitulé « l’Enfer », est restituée d’après les clichés pris par les troupes françaises en novembre 1916. Pour finir, le film fait l’objet d’une prestigieuse première, à l’Opéra de Paris, le 8 novembre 1928, presque dix ans jour pour jour après la signature de l’Armistice.

Cette représentation de gala témoigne à elle seule de l’importance symbolique de Verdun, visions d’Histoire pour ses contemporains. Ceux-ci, pour la plupart anciens combattants, témoins de la guerre à des titres divers, y voient une représentation enfin réaliste de l’enfer de la guerre, où l’on n’hésite pas - pour la première fois dans le cinéma français - à montrer la souffrance des poilus comme des civils. Le pacifisme du film s’explique par cette vivante « mise en scène du discours ancien combattant » pour reprendre l’expression de Laurent Véray. Comme l’écrit à l’époque La Petite Illustration : « Ce film ne contient aucune pensée de haine. Il ne raille aucun peuple. Il les plaint tous. Il montre les Français défendant pied à pied le sol de la France, les Allemands lancés sans pitié au massacre par l’impérialisme d’une dynastie ».

De ce point de vue, l’oeuvre de Léon Poirier est bien un témoignage essentiel - parce qu’elle est racontée par des survivants - sur une guerre qui a traumatisé la société française. Cette dimension proprement mémorielle de Verdun, visions d’Histoire explique en grande partie l’accueil triomphal qui lui fut réservé : on fut stupéfait de retrouver à l’écran une atmosphère identique à celle du champ de bataille, et - d’après les journalistes présents - un long silence suivit la fin de la première projection. Le film-monument s’efface alors derrière le Lieu de mémoire, ce n’est pas le moindre mérite de Verdun, visions d’Histoire que de donner à voir ce glissement.

 

Le ciné-concert

Verdun, visions d’Histoire
Léon Poirier
1928. France. 160 min. Noir & blanc. 35 mm. Muet.
Scénario Léon Poirier Photographie Robert Batton, Georges Million
Avec Albert Préjean, Hans Braüsewetter, Thomy Bourdelle, Maurice Schutz, Antonin Artaud
Film-monument, oeuvre de commémoration, il ne s’agit pas d’un travail de commande (l’initiative en revient à Léon Poirier) mais d’une production soutenue par l’Etat. Pour célébrer le dixième anniversaire de l’Armistice, le cinéaste reconstitue, avec des soldats qui y ont participé et avec des régiments qui y sont basés, la bataille de Verdun et y ajoute ensuite dans le montage divers plans d’actualités. À l’arrivée, un film épique, d’une grande force émotionnelle où il n’y a pas de personnages mais des figures symboliques : le soldat français, le soldat allemand, la mère, la jeune fille, l’intellectuel… Et c’est d’abord un film pacifiste – non pas « mort aux Boches » mais « mort à la guerre ». Si l’on ne s’étonne pas d’y rencontrer Albert Préjean (le soldat français), on peut s’étonner d’y retrouver Antonin Artaud en figure de l’intellectuel.

Un accompagnement musical unique
Le film est accompagné au piano par Hakim Bentchouala-Golobitch qui interprète la partition originale d'André Petiot.
Verdun, visions d’Histoire étant un film muet, il a été initialement montré accompagné d’une partition musicale composée par André Petiot en 1928. Ce fut cet accompagnement original pour orchestre qui fut joué lors de la première du film à l’Opéra Garnier le 8 novembre 1928. Réduite par la suite à une partition pour piano, l’oeuvre originale a été retrouvée par la Cinémathèque de Toulouse à la Bibliothèque nationale de France illustrée de l’ensemble des intertitres du film, ce qui a permis de vérifier que la copie à restaurer était complète.

La partitition restituée par le pianiste Hakim Bentchouala-Golobitch
Né à Alger, Hakim Bentchouala commence ses études musicales en France. Il obtient une médaille d’or de piano au CNR de Toulouse, puis travaille à Paris et New York. Diplômé de concours internationaux, il se spécialise très tôt dans la musique française. Parallèlement, il travaille avec des
compositeurs contemporains. Invité de nombreux festivals nationaux et internationaux, il est entendu en récital soliste et en musique de chambre ou avec orchestre. Depuis quelques années, Hakim Bentchouala-Golobitch apprend le bandonéon et donne de nombreux concerts avec le quintette de nuevo tango Hora Cero et le quatuor Tango Elan. Il suit également une formation théâtrale à la Comédia et a entamé une carrière de pianiste-comédien. Il a composé et interprété la musique de nombreux films muets tels que Judex de Louis Feuillade, Gribiche de Jacques Feyder, Safety Last avec Harold lloyd et La Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg.

Prochaines diffusions du ciné-concert de Verdun, visions d’Histoire
13 octobre 2013, Les Rendez-vous de l’Histoire, Blois (41)
17 octobre 2013, Cinéma Jean Eustache, Pessac (33)
Pour plus d’informations sur la diffusion du ciné-concert, merci de contacter Franck Loiret ou Pauline Cosgrove.

localisation

Adresse : 69 Rue du Taur
Toulouse
France
Téléphone : 05 62 30 30 10