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Les petits soldats de plomb

Les Petits soldats de plomb
© Pathé
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Le court métrage Les petits soldats de plomb réalisé en 1916 par Pierre Bressol fait partie des films du genre patriotique particulièrement en vogue durant les premières années du conflit. Ce film a été restauré par Pathé en 2014.

Résumé et éléments de contexte

Le sous-lieutenant d'Ajac, père de Bébé (ce "Bébé" n'est pas le même personnage que celui dirigé dans de nombreuses aventures par Louis Feuillade pour Gaumont de 1910 à 1912), est sur le front et il espère obtenir une permission si du renfort arrive. Bébé interroge alors  son oncle Pierre : « Qu'est-ce que c'est donc, mon oncle, que du renfort ? » L'oncle Pierre qui vient de lui apporter une boîte de soldats de plomb fait à Bébé une grande démonstration. Puis c'est l'heure pour Bébé d'aller au lit. Alors Bébé fait un rêve. Tous les petits soldats de plomb sortent de leur boîte et tout ce petit monde se range en bataille. Les Français sont vainqueurs et Bébé dans son rêve sait que son papa va venir en permission. Et le matin, il n'est pas surpris de le voir. (Voir le résumé d’Henri Bousquet sur le site de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé)

De son vrai nom Pierre Dubois (1874-1925), Pierre Bressol est un acteur et réalisateur français du début du XXe siècle. Il fait partie de ses acteurs (théâtre et cinéma) qui se sont essayé avec un certain talent, si l’on en croit les critiques de l’époque, au métier de metteur en scène ou réalisateur. Il réalise cinq films pendant la guerre dont Les petits soldats de plomb.

Les petits soldats de plomb, cadeau fait à l’enfant par son oncle, sont utilisés comme support pédagogique pour expliquer au petit garçon la notion de renfort. Ensuite, une fois Bébé au lit et endormi, les petits soldats de plomb prennent vie pendant son sommeil. L’animation sert la propagande mise en place depuis le début de la guerre et qui n’épargne absolument pas le monde l’enfance : les jouets s’animent pour mimer une bataille victorieuse. Il est intéressant de voir que les soldats de plomb français font prisonnier un groupe de soldats allemands.

Le film montre également les liens qui existent entre le front et l’arrière. Le père et mari soldat écrit depuis le front. Ses lettres sont lues et commentées par l’ensemble de la famille.

Lors de sa sortie en 1916, nous pouvons lire dans Hebdo-Film « Une gentille comédie, un sujet un peu maigre, mais qui demeure simple et sans prétention et qui, de plus, est très bien jouée avec une distribution de premier ordre : Léon Bernard, Thérèse Cernay, Mlle Delvé, sous la direction de l’acteur-metteur en scène, mon vieux copain Pierre Bressol, excellent créateur de tant de bandes célèbres. Ça s’appelle Les petits soldats de plomb. Ça fait 320 mètres d’une gracieuse sentimentalité. Bien. » Hebdo Film, 5 août 1916.

Cinéma, patriotisme et propagande

Le genre patriotique existe dès le début du cinéma (on trouve des exemples de sujets dans le catalogue Lumière). Dans les films patriotiques tournés pendant la guerre, l’héroïsme du soldat (officier ou sous-officier la plupart du temps) est récurrent et le film Les Petits soldats de plomb est, à cet égard, un bon exemple. L’héroïsme ici se traduit par le retour du soldat, joué par Pierre Bressol, à la maison ; il ne meurt pas au combat (Clément Puget). 

La production de films dits patriotiques se développe jusqu’en 1916 et reprend ensuite à partir de 1918.  Elle fait partie des cultures de guerre (Annette Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau). Le ralliement de l’ensemble des professionnels du cinéma à la cause patriotique est largement partagée et tous ou presque mettent leur talent au service de cette cause (Laurent Véray). C’est d’ailleurs le sens de ce qu’écrit Georges Dureau, le directeur de Ciné-Journal, qui indique que les metteurs en scène et les artistes apportent leur contribution à l’effort de guerre : « Nos metteurs en scène et nos comédiens savent garder et sauront garder dans l’avenir le tenue qui convient aux films dramatiques inspirés de la guerre. Ils vivent comme nous les angoisses et s’ils sont appelés à exprimer les grands sentiments qui guident aujourd’hui les âmes, ils se trouveront d’eux-mêmes à la hauteur des situations. » Ciné-Journal n°7, 1er mai 1915.

Cinéma et enfants pendant la guerre

Pendant la guerre, le cinéma se fait l’écho de la nouvelle place occupée par l’enfant pendant la guerre.

Il participe pleinement à l’effort de mobilisation. Par ailleurs, un grand nombre de films sont spécifiquement destinés à un jeune public. Ces films sont projetés dans des cinémas qui organisent des séances spéciales pour les enfants, il est régulièrement fait mention de ces projections dédiées dans la presse spécialisée.

Le discours enfantin est contaminé par le discours de mobilisation générale. Les enfants sont partie prenante de ce conflit (par l’école, la participation aux journées du poilus, les jeux…) Cette guerre est menée pour les enfants, une Der des Der qui doit protéger les générations futures. Les enfants ne peuvent donc pas être épargnés par le discours de mobilisation, ils en sont à la fois le vecteur et la cible (Manon Pignot).

La guerre provoque une nouveauté importante dans la relation père/enfants : ils se disent par les lettres ou en vrai qu’ils s’aiment. Le film montre très bien ce changement avec le père qui étreint fortement son fils lors de son retour à la maison pour une permission. Le cinéma se fait donc l’écho de ces nouvelles formes de démonstrations au sein des familles : les pères aiment leurs enfants (personne n’en doutait) mais affichent cet amour.

Bibliographie indicative

Audoin-Rouzeau Stéphane, La guerre des enfants. 1914-1918. Essai d’histoire culturelle, Paris, Armand Colin, 1993 (rééd. Paris, Armand Colin, 2004)

Bertin-Maghit Jean-Pierre, Une histoire mondiale des cinémas de propagande, Paris, Nouveau Monde Edition, 2008

Pignon Manon, Allons enfants de la patrie. Génération Grande Guerre, Paris, Edition du Seuil, 2012

Puget Clément, « Imageries (et animations) de guerre, ou comment on raconte l’Histoire aux enfants », in Valérie Vignaux (dir.), 1895 « Lortac, O’Galop », n° 59, décembre 2009, p. 138-157

Véray Laurent, La Grande Guerre au cinéma. De la gloire à la mémoire, Paris, Ramsay, 2008