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Le documentaire « Rendez-vous au monument aux morts »

Rendez-vous au monument aux morts
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Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Ce film reprend, sur un siècle d’existence, l’histoire commune des monuments aux morts de la guerre de 14-18 et du rituel du 11 novembre qui les met en lumière. Il est disponible en DVD et en ligne sur le site de la vidéothèque du CNRS. Un documentaire écrit par Jacquie Chavance et réalisé par Marie Mora Chevais, produit par CNRS Images (2014, 47 min).

Résumé

Ils sont si nombreux, parfois communs et souvent d’une symbolique d’un autre temps, que l’on finit par ne plus les voir... et pourtant les monuments aux morts de la guerre de 14-18 sont forts de sens, aussi bien complexes, paradoxaux, qu’inattendus.

En mettant en parallèle le rituel qui les met en lumière chaque 11 novembre, leur étude offre un témoignage et une compréhension des mentalités de l’après-guerre autant qu’un éclairage sur la façon dont notre société gère et gérera le souvenir des différents conflits.

Ce film analyse ce que ces monuments et les commémorations de la guerre racontent du passé et du présent, entre histoire et mémoire.

> Voir un extrait du film

Intervenants

  • Annette Becker (Université Paris Ouest) de l’Institut universitaire de France
  • Elise Julien (IEP Lille) de l’Institut de Recherches Historiques du Septentrion (IRHiS - Université Lille 3 / CNRS)
  • Rémi Dalisson (Université de Rouen) du Groupe de recherche d’histoire (GRHis)
  • Franck David, enseignant, agrégé en histoire-géographie
  • Nicolas Offenstadt (Université Paris 1) du Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (LAMOP - CNRS / Université Paris 1)
  • Antoine Prost (Université Paris 1) du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CHS - CNRS / Université Paris 1)

Note d'intention de l'auteur

« Il y avait dans ma famille un homme qui avait « fait Verdun », il s’appelait Fernand. Le jour de ses 100 ans, en 1995, son petit village bourguignon était en fête. Etaient là des élus, des anciens combattants de guerres plus récentes, le curé était même « sorti » de sa maison de retraite pour animer une messe exceptionnelle et Fernand avait planté l’arbre de l’amitié près du monument aux morts.

La veille, sa joie était mitigée. Il me dit que ces commémorations lui avaient pesé pendant presque 80 ans, qu’elles lui rappelaient de mauvais souvenirs et que l’appel aux morts lui faisait penser à celui que fait un instituteur le matin dans son école... mais là, pas d’élève pour répondre « présent ». Il n’y avait que lui. Il était le seul de son village à être revenu vivant de la guerre et à chaque 11 novembre résonnaient les noms de ses amis d’enfance disparus. Ce soir-là, il me dit qu’il n’aimait pas les guerres, qu’il n’avait pas aimé la faire « mais il fallait bien » et qu’il y était arrivé parce qu’on l’assommait de gniole « pour sortir de la tranchée. »

J’avais toujours vu cet homme comme on regardait alors les anciens combattants. Je l’avais toujours associé à ceux que l’on accusait d’avoir eu trop de reconnaissance ou de sympathie envers Pétain, l’homme qui avait fini par leur éviter de faire « celle de 39 ». Mais ce jour-là, après ses mots discrets de la veille, je le regardai autrement, lui, face à ce petit monument. Sans aucun doute, l’envie de faire ce film est venue de ce moment car, désormais, tous les monuments que je voyais me rappelaient à ce souvenir.

Toute genèse d’écriture d’un documentaire s’accompagne de lectures et je découvris les travaux d’historiens, pour l’essentiel participants à ce film, qui avaient travaillé sur les monuments et les commémorations. J’étais heureusement surprise de voir tout ce qu’il était possible de dire sur et dans l’environnement de ces monuments. Mais il a fallu de nombreuses années pour envisager la production possible de ce projet qui se présentait comme un essai privilégiant la parole des historiens… Seul le CNRS Images a accepté ce parti pris.

A cette étape, je n’avais réuni que des données et c’est avec la réalisatrice Marie Mora Chevais - dont la sensibilité et l’intérêt pour la mémoire historique et sa capacité à lui donner un traitement filmique m’avait beaucoup séduite dans « Mémoires de la Retirada » (© CNRS Images) - que nous avons commencé à « construire » dans les écrits des historiens que nous désirions convoquer. Et si dans son précédent film, le point de vue des chercheurs est porté par le commentaire et illustré par les situations « captées » et les témoins directs, ici la forme est à l’inverse. Ce sont les historiens qui nous guident.

Très vite, tout nous est apparu question de représentations et de sens. Dans la symbolique de la plupart de ces monuments, presque rien n’a représenté ce que les anciens combattants auraient voulu exprimer et la proposition de prendre le 11 novembre comme date anniversaire, leur choix, il a été adopté après de longues hésitations. Et la mise en scène des commémorations n’est pas en reste, elle a également fait l’objet de critiques et de revendications. D’où notre choix d’accentuer ce point de vue : montrer que dans cette affaire, autant l’érection des monuments que les commémorations, peu de choses ont été faites dans un réel consensus.

Force est de constater qu’à moins de prendre le temps d’étudier ces monuments, il est difficile de deviner ce qu’ils représentaient pour leurs contemporains. De même pour les commémorations. En les voyant aujourd’hui, difficile de savoir que pour les anciens combattants et les familles endeuillés se devaient être un jour de recueillement. Au final, poser un nouveau regard sur les monuments, investies des codes permettant de les voir autrement, nous a donné l’impression que cette génération d’hommes et de femmes, à cause de la symbolique même de la plupart de ces monuments et du sens des épigraphes, avait été mal comprise. »