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1951 - 1989 - Dénonciation - Transgression - Transposition

Anticonformiste et transgressive, la troisième période se développe surtout au cours des années cinquante, après le film américain Les Sentiers de la gloire (1957) de Stanley Kubrick. Une œuvre charnière, engagée, subversive, réalisée dans le contexte des guerres de décolonisation en Corée, Indochine, et Algérie, qui dénonce les abus d’autorité des officiers supérieurs en abordant le cas des fusillés pour l’exemple au sein de l’armée française. La guerre y apparaît telle une tragédie féroce, les soldats tels des pantins. Certes, le film restera invisible en France jusqu’en 1975 du fait d’une censure souterraine des autorités politiques, mais son influence sera décisive dès ce moment-là au point de devenir une référence dont on trouve la trace dans de nombreux films, comme Le Pantalon (1997) d’Yves Boisset. Dans le sillage des Sentiers de la gloire, les thèmes de la désobéissance, de l’insoumission, de la désertion, des mutineries et de la justice militaire sont mises en scène par Joseph Losey, Francesco Rosi, ou, plus tard, par Jean Baronnet avec L’histoire du caporal (1983). Des récits plus intimes, tel L'Horizon, (1966) de Jacques Rouffio, mettent en scène avec beaucoup de sensibilité des personnages qui doutent du bien fondé de la guerre et des valeurs patriotiques. Dans un registre totalement différent, presque baroque, Fraulein Doktor (1969), d’Alberto Lattuada, propose une vision de la bataille entre le fantastique et l’horreur. Cette fresque apocalyptique apparaît, en pleine menace nucléaire, comme une métaphore des guerres modernes destinée à susciter le dégoût du public.

Laurent Véray

Hôtel des Invalides, Georges Franju, 1951.

Hôtel des Invalides, Georges Franju, 1951, France.

Synopsis et commentaire : « Une visite de l'Hôtel des Invalides et plus particulièrement de la Chapelle Saint Louis et du Musée de l'Armée, où l'on peut voir aussi bien l'armure de François 1er que l'avion de Guynemer... La vision poétique et ironique de Georges Franju, l'auteur dérangeant des « Yeux sans visage » et de « La Tête contre les murs », transforme ce documentaire en une violente satire de la guerre. Le commentaire est lu par Michel Simon et Maurice Jarre signe ici sa première musique pour le cinéma. » (source : Gaumont.) « Co-fondateur de la Cinémathèque Française en 1936, Georges Franju est en 1950 secrétaire général de l'Institut Cinématographique Scientifique. Héritier du réalisme poétique, il est l'un des chefs de file de l'Ecole Française du Documentaire, la meilleure du monde à l'époque. Il réalise en 1951 « Hôtel des Invalides », commandé par le Ministère de la Défense. Le film porte sur le musée de l'Armée installé dans l'Hôtel des Invalides. Mais le tempérament antimilitariste de Georges Franju et son ton particulier de poète sarcastique transforment cette simple visite guidée en une grinçante satire de la guerre. Une violente polémique s'ensuivit et le film fut interdit durant plusieurs mois, alors que le commentaire lu par Michel Simon provenait de la brochure officielle du musée. Par amitié pour Georges Franju, Maurice Jarre signe pour ce film sa première musique. » (source : Gaumont Pathé archives.)

Sources : Ciné-ressources ; BnF, In : l'Avant-scène-cinéma, n° 38. juin 1964. pp. 45-51.

Fonds d'origine : Gaumont

La Reine africaine, John Huston, 1952, États-Unis.

Synopsis : « En 1914, en Afrique-Occidentale allemande, Rose, sœur d'un missionnaire anglais mort des suites de violences des Allemands, s'enfuit sur un vieux rafiot de rivière, « l'African Queen », conduit par un mécanicien canadien, Charlie Alnutt. Rose veut atteindre le lac où croise une canonnière allemande, « La Louisa », afin de la torpiller et de libérer le passage pour les bateaux anglais. D'abord réfractaire, Alnutt accepte. Leurs efforts, leur lutte, leur courage les unissent bientôt tendrement à travers tous les dangers. Mais la chaloupe coule dans une tempête avec ses deux torpilles. Faits prisonniers par l'équipage de la « Louisa », ils vont être pendus, quand la canonnière est éperonnée par l'épave de « l'African Queen » et saute. Rose et Charlie, mariés in-extremis par le capitaine avant l'explosion, fuient à la nage vers la rive et le salut. » (source : Ciné-ressources.)

Commentaire : « La mise en scène de John Huston, bien que le film ait été réalisé au Congo dans des conditions matérielles très réalistes, est d’une sobriété extrême et pas très différente quant au découpage de ce qu’elle aurait été en studio. D’aventures par son intrigue et son cadre, le film est essentiellement psychologique dans son esthétique. […] C’est sans doute pourquoi l’emploi de la couleur est la seule erreur grave du film. Très laide parce que Huston a toujours préféré à juste titre les personnages au décor, elle ne sert dramatiquement à rien, au contraire, le noir et blanc aurait souligné ici la rigueur presque abstraite du récit. » (source : André Bazin, Radio Cinéma, 06 avril 1952.)

What Price glory ?, John Ford, 1952, États-Unis.

Synopsis : « France, 1918. Le capitaine Flagg dirige un régiment de Marines venus se battre contre les Allemands. Sa troupe est composée de vieux briscards usés par les combats dans les tranchées et de nouvelles recrues complètement inexpérimentées. Par chance, on lui affecte le sergent Quirt, auquel il est lié par une profonde amitié mais aussi par d'anciennes querelles qui se règlent périodiquement à coups de poing. À Bar-le-Duc, où ils sont stationnés, Quirt entraîne les bleus et profite d'une absence de Flagg pour courtiser sa maîtresse, Charmaine, la fille de Cognac Pete, l'aubergiste local. De son côté, un jeune Marine, Lewisohn, tombe profondément amoureux de Nicole Bouchard, une pensionnaire de couvent. Lorsque Flagg revient de permission, Pete se plaint que Quirt ait déshonoré sa fille. Voyant là une excellente occasion de jouer un mauvais tour à son copain, Flagg exige qu'il se marie avec Charmaine, mais l'ordre de partir pour le front empêche la cérémonie. Le général Cokely promet à Flagg et ses hommes qu'ils auront une permission exceptionnelle s'ils ramènent vivant un officier allemand. Les diverses tentatives se soldent par des échecs. Quirt, blessé à la jambe, est rapatrié à Bar-le-Duc, où il s'échappe de l'hôpital pour retrouver Charmaine. C'est finalement Lewisohn qui réussit à faire prisonnier un lieutenant, mais aussitôt après, il est tué par un obus. Au retour de Flagg, Charmaine ne sait comment se décider entre ses deux prétendants, lesquels, finalement, jouent son sort au poker. Mais peu importe le gagnant : les deux hommes repartiront bientôt pour le front, pour un nouvel assaut qui risque bien d'être leur dernier combat. Avant le départ, Flagg donne à son fidèle second, le caporal Kiper, l'ordre de démobilisation le concernant, qu'il avait en poche depuis plus d'un an et qu'il s'était bien gardé de lui communiquer ayant trop besoin de lui. »

Commentaire : « Remake d'un classique du cinéma muet de Raoul Walsh (1926) basé sur la même pièce de théâtre. Ford la monta à Brodway afin de trouver des fonds pour son groupe d'anciens combattants. James Cagney remplace John Wayne pour cette œuvre chaleureuse qui, dans sa dernière partie seulement, montre l'absurdité de tout comportement héroïque dans cette vaste boucherie qu'est la guerre. »

Sources : Ciné-ressources ; Ciné-club de Caen.

L’Escadrille Lafayette, William Wellman, 1956, États-Unis.

Synopsis : « Par rébellion contre son père, le jeune Thad Walker mène une vie dissolue. Un jour, il vole une voiture et renverse un cycliste. Pour échapper à la justice, il s'engage dans la Légion Étrangère. Il se retrouve dans l'Escadrille Lafayette, sous les ordres d'un sergent instructeur autoritaire et borné, bien décidé à le mater. Giflé par le sergent, Thad l'assomme d'un coup de poing. Il est jeté en prison, mais ses camarades s'arrangent pour le faire évader. A Paris, Thad retrouve Renée Beaulieu, qui travaille comme hôtesse dans une maison close. Par amour, elle abandonne son métier pour celui, plus honorable, d'employée du métro. Malgré la barrière des langues et la nécessité pour Thad de rester dans la clandestinité, les deux jeunes gens vivent une période de bonheur relatif. Nous sommes en 1917, et l'Amérique entre en guerre. Thad décide de se livrer aux autorités militaires de son pays. Réintégré dans l'aviation, il est abattu au cours d'une mission. En l'apprenant, Renée se suicide en se jetant dans la Seine. » (source : Ciné-club de Caen.)

Commentaire : « Ancien pilote du groupe 87 de l'escadrille Lafayette qui combattit les Allemands au cours de la Première Guerre mondiale, Wellman a décrit avec intensité la destinée des hommes en guerre, que ce soit dans « Wings »,1927, un fabuleux document sur la vie héroïque des pilotes de 1917, dans « The Story of G.I. Joe »,1945, qui relate la solitude des G.I.'s affrontant en Italie un ennemi implacable, ou encore dans ses derniers films : « Darby's Rangers » et « Lafayette Escadrille », 1956. » (source : Universalis.)

Source : Ciné-ressources

Images de la Grande Guerre 1914-1918, Edouard Bruley, 1957, France.

Synopsis : « Documentaire historique sur toute la durée de la Grande Guerre. Évocation de la situation politique européenne du début du siècle (croquis à l'appui) avec des images de Guillaume II (Allemagne), François-Joseph (Austro-Hongrois), Victor-Emmanuel III (Italie), Poincaré et Clémenceau (France), Nicolas II (Russie), George V (Angleterre), des multiples conflits des Balkans, coupures de presse pour le meurtre de François Ferdinand (héritier de l'empire Austro-Hongrois) à Sarajevo, le 28 juin 1914, guerre Austro-Serbe. Déclaration de la guerre, Mobilisation générale, invasion de Belgique, l'entrée des anglais dans la guerre, artillerie, cavalerie, bataille de la Marne (épisode des taxis), guerre des tranchées, Verdun, les gaz. Armée d'Orient, bataille des Dardanelles, Front russe, Révolution russe, Intervention américaine, 1er chars d'assaut, l'aviation (Guynemer), Armistice du 11 novembre 1918, Traité de Versailles du 14 juillet 1919, avec défilé international à Paris et janvier 1920 : inhumation du soldat inconnu sous l'arc de Triomphe. » (source : Gaumont Pathé archives.)

Commentaire : « Présent aussi dans la plupart des « labos » d’histoire et de géographie de l’enseignement secondaire durant des décennies, le film pédagogique Images de la Grande Guerre 1914-1918, réalisé en 1957 par Edouard Bruley, président de la Société des professeurs d’histoire, édité par La Société Nouvelle Pathé Cinéma et diffusé sous forme de cassette VHS par le CNDP, a contribué à fournir aux élèves des générations d’après-guerre, sous les habits d’un discours mi-scientifique mi-didactique, l’image de soldats et de mobilisés « salués par les acclamations de la foule, rivalisant d’entrain et d’optimisme. » (source : Patrick Mougenet, « Ils sont partis la fleur au fusil ». Petite fabrique médiatique de la mémoire d’un mythe contemporain, in Médias et mémoire à l’école de la République : constructions, instrumentalisations, pouvoirs, Editions Le manuscrit, 2010, p 207.)

Fonds d'origine : Gaumont

Les Sentiers de la Gloire, Stanley Kubrick, 1957, États-Unis.

Synopsis : « La guerre de 14-18 fait rage. Tandis que les soldats survivent, enterrés dans les tranchées, l'Etat-Major, composé du général Broulard et de son subordonné, le général Mireau, projette la prise de « La Fourmilière », point stratégique, réputé imprenable, détenu par les Allemands. Le colonel Dax, lui, mesure dans toute son horreur l'inutilité, la cruauté de la mission qui lui est dévolue. Mais l'obéissance reste la vertu première d'un militaire, même sans illusions. Dax obtempère. L'impossible assaut se solde par un lourd échec. Dans sa rage, le général Mireau décide de pilonner ses propres troupes ; son ordre n'est pas suivi. Il fait alors passer en cour martiale trois soldats, symboles de la couardise de l'armée tout entière. Férol, « socialement indésirable », Arnaud, tiré au sort, et le caporal Paris, témoin gênant de la lâcheté d'un de ses chefs, se retrouvent, sans trop le réaliser, face à leurs juges. Après une « guignolade » qui tient lieu de procès, malgré l'intervention de Dax qui a tenu à défendre les accusés, Férol, Arnaud et Paris sont condamnés, puis exécutés. Broulard pousse l'hypocrisie jusqu'à désavouer et à renvoyer Mireau, dont le geste ignoble au cours de l'assaut lui aura été révélé. Dax ne peut que hurler sa haine et son dégoût à la face de son supérieur étonné, avant de continuer à piétiner les sentiers boueux d'une triste gloire. » (source : Les fiches du cinéma 2003.)

Commentaire : « Lors de sa première présentation en Europe, à Bruxelles, le 21 février 1958, le film fait l’effet d’une bombe. Considérant qu’il s’agit d’une entreprise de dénigrement de l’armée, des officiers de réserve français et belges, indignés, provoquent de violents incidents devant la salle. Le directeur, qui a reçu des menaces de mort et de destruction de son établissement, doit interrompre la programmation. […] En France l’affaire fait grand bruit […]. Naturellement, les protestations les plus virulentes viennent des milieux conservateurs qui accusent le réalisateur d’antimilitarisme primaire, et de vouloir porter atteinte à l’image de la France. Alors que dans les journaux progressistes, les critiques ne tarissent pas d’éloges à son égard. […] « Les Sentiers » est enfin projeté à Paris en mars 1975. Il est vrai que quelques mois auparavant, […], le nouveau président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, avait annoncé la disparition de la censure. Mais il est stupéfiant de constater à quel point, à ce moment-là, la polémique autour des « Sentiers de la gloire » ressurgit pratiquement avec autant de vigueur qu’en 1958. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, pp. 144 à 159.)

Source : Ciné-ressources

The Diary of an Unknown Soldier (Le journal du soldat inconnu), Peter Watkins, 1959, Angleterre.

Synopsis : « Une journée de la vie d'un jeune soldat britannique dans les tranchées françaises de la Première Guerre mondiale. La peur et les interrogations d'un homme seul dans la tourmente. » (source : Festival 2004 La Rochelle.)

Source : Ciné-ressources

Jean Jaurès, Jean Lods, 1959, France.

Synopsis : « À partir d'images d'époque, ce film retrace la vie et la carrière politique de Jean Jaurès, et illustre son engagement dans le mouvement ouvrier, l'affaire Dreyfus et le pacifisme, à la veille de la Première Guerre mondiale. Ce documentaire fut réalisé à l'occasion du 45e anniversaire de l'assassinat de Jaurès, figure marquante du socialisme et de la IIIe République. »

Commentaire : La première séquence de ce film présente des images tournées en 1959 d'un cortège qui se rend du siège du journal l'Humanité jusqu'au café du Croissant, 146 rue Montmartre (2e) devant lequel Jacques Duclos prononce une allocution à la mémoire de Jaurès. En voix off sur les images du cortège, Daniel Renoult secrétaire de Jaurès, raconte son assassinat. Une autre séquence parisienne concerne le transfert des cendres de Jaurès au Panthéon (5e). »

Source : Forum des images

Visionner le film : Jean Jaurès via Ciné-Archives

La Grande Guerre, Mario Monicelli, 1959, Italie.

Synopsis : « 1917. L'Italie entre dans le conflit mondial aux côtés de la France. Dans la cohue des mobilisés, voici Giovanni et Oreste, deux soldats débrouillards et tire-au-flanc. Ils multiplient les astuces pour échapper au danger et connaissent quelques bonnes fortunes : avec la belle Constantina par exemple, fille de petite vertu mais de grande expérience, qui soulage les troufions... de leur portefeuille. Mais il faut aussi aller au feu, bon gré mal gré. À leurs côtés, marchent Bordin, un père de famille toujours prêt à foncer moyennant une bonne prime, Giocamazzi, un illettré qui se fait lire les lettres de sa femme, le brave aumônier Bonaglia... L'offensive ennemie se précise. Une escapade providentielle épargne à nos deux amis un bombardement meurtrier. Le régiment est décimé, Bordin est tué. La fête patriotique se délite devant le cortège de blessés. Près de Pavie, Giovanni et Oreste font partie d'un régiment qui doit défendre une position avancée jusqu'au petit matin afin de permettre à l'armée italienne de prendre à revers les Autrichiens dont les lignes sont fragiles. Un pont de bateaux doit être construit à Pederobba et Giovanni et Oreste sont désignés pour avertir de ce plan une ferme tenue par une escouade italienne. Au milieu de la nuit, celle-ci reçoit l'ordre de reculer mais Giovanni et Oreste qui ont préféré passer la nuit à dormir dans l'étable voisine plutôt que de rentrer au régiment n'en savent rien. Ils sont réveillés par les bombardements qui pleuvent sur le régiment qu'ils auraient dû rejoindre. Ils ont à peine le temps de des réjouir de leur bonne fortune qu'ils comprennent que les Autrichiens ont investi la ferme où ils se trouvent. Ils enfilent un costume autrichien pour s'évader mais sont pris. Dans l'affolement Oreste laisse échapper le plan d'une contre-attaque sur un pont de bateaux. Le capitaine autrichien leur donne la vie sauve s'ils disent où est construit ce pont. Giovanni et Oreste vont accepter de trahir leur armée pour sauver leur vie, lorsque le capitaine se moque avec son lieutenant de leur veulerie. Dans un sursaut de fierté, Giovanni affirme qu'il ne dira rien et insulte les Autrichiens. Il est fusillé. Oreste essaie d'apitoyer les soldats mais est fusillé à son tour. Au matin, les Autrichiens attaquent le poste avancé. Mais les renforts arrivés par le pont permettront à l'armée italienne de se regrouper et de livrer une contre-attaque efficace. »

Commentaire : « On a dit que ce film était le grand film sur la guerre de 1914 et qu’il dépassait par sa profondeur « Les Croix de bois ». En tout cas, c’est un grand document humain. » (source : Claude Garson, L’Aurore, 06 mai 1960.) Lion d’or ex-aequo avec Il generale Della Rovere de Roberto Rossellini à la Mostra de Venis en 1959.

Sources : Ciné-ressources ; Ciné-club de Caen

Lawrence d’Arabie, David Lean, 1962, Angleterre.

Synopsis : « En mai 1935, sur une route d'Angleterre bordée de frais cottages, se tuait à motocyclette Thomas Lawrence, simple soldat de la Royal Air Force. À l'issue de ses obsèques, les conversations les plus diverses s'animaient, évoquant cet étrange colonel Lawrence qui, après la conférence du Caire en 1921, avait renoncé aux honneurs et à la gloire, tant il ressentait amèrement l'échec de la cause arabe à laquelle il s'était dévoué corps et âme. Pour l'avoir particulièrement bien connu et apprécié lorsqu'il commandait les troupes britanniques cantonnées au Caire, en 1916, le général Allenby évoque la personnalité du commandant Lawrence, alors sous ses ordres. L'immobilité du front du Proche-Orient irritait Lawrence. Après avoir pris conscience de l'affection et de la fidélité que lui vouaient les Arabes qu'il avait approchés, Lawrence décida de les aider à réaliser leur indépendance. En 1916, Lawrence partit seul pour le désert et rallia à son projet l'émir Fayçal et ses amis. Au cours des deux années qui suivirent, il les entraîna vers la victoire en les guidant personnellement. Travaillant aussi durement que l'Arabe le plus résistant, il se révéla un technicien avisé. Bien que très inférieures en nombre, ses troupes rapides et très mobiles repoussèrent les Turcs hors de l'Arabie par des attaques surprises, prirent Damas, devançant de 48 heures les troupes anglaises. Mais devant les louvoiements et les finasseries du gouvernement anglais, Lawrence, profondément ulcéré, se retira. Il avait posé les jalons de la fondation des nouveaux Etats d'Irak et de Jordanie, du Proche Orient moderne. » (source : Les fiches du cinéma 2003.)

Commentaire : « À la vérité, ce « Lawrence d’Arabie » cinématographique plaira à ceux pour qui ce héros n’existait pas avant le film. Ils découvriront ainsi ce qu’a pu être le courage d’un homme seul à travers un pays hostile. Mais pour tous les autres, ceux pour qui Lawrence d’Arabie est une énigme, ce film ne leur apportera aucun éclaircissement sur cet homme mystère. » ( source : Claude Garson, Aurore, 16 mars 1963.) Meilleur film britannique, 1963 au BAFTA - The British Academy of Film and Television Arts ; Meilleur film dramatique, 1963 au The Hollywood Foreign Press Association "Golden Globe Awards" ; Meilleur film étranger, 1964 au David Di Donatello. Awards.

Source : Ciné-ressources

14-18, Jean Aurel, 1963, film documentaire, France.

Synopsis : « Un montage de documents provenant des Archives nationales retrace l'histoire de la Grande Guerre. Une illustration sans fard des conditions du conflit et des combats qui ont secoué le monde. » (source : Gaumont Pathé archives.)

Commentaire : « Aurel a conçu un montage où le commentaire de l’écrivain Cécil Saint-Laurent […] s’articule parfaitement avec les images d’archives, où la musique et les bruitages  sont déterminants. La forme narrative est assez novatrice. Par exemple, l’attentat de Sarajevo est traité sur le mode journalistique des actualités télévisées  des années 1960 […]. La teneur du texte et le choix de la voix qui le lit, avec son intonation particulière, ne sont pas pour rien dans l’efficacité de l’ensemble. Le ton est incisif, ironique […], parfois critique (c’est le premier documentaire qui évoque les mutineries de 1917 […]) avec des références explicites à ce que l’on voit dans l’image. Cecil Saint-Laurent, parlant de la façon dont il s’est imprégné de la matière archivistique pour écrire son texte, affirma que le déclic, pour trouver la forme du récit, survint lorsque Aurel et lui-même découvrirent, parmi la masse des documents, la photographie d’un soldat inconnu dont le visage retint leur attention. Ils imaginèrent ensuite toute la construction du film à travers son regard. » (source : Laurent Véray, Les images d’archives face à l’histoire, Scérén-CNDP, 2011, pp. 164-165.)

Fonds d'origine : Gaumont

King and country (Pour l’exemple), Joseph Losey, 1964, États-Unis.

Synopsis : « Nous sommes en 1917, dans un secteur des Flandres tenu par les Anglais. Un jeune soldat, Hamp, a essayé de déserter et la cour martiale se prépare. Le capitaine Heargraves, chargé de le défendre, essaie de comprendre les raisons de son geste. Hamp passe pour un bon soldat ; en fait, il s'est porté volontaire pour échapper à une femme qui ne l'aime pas et à une belle-mère abusive. Il n'a pas voulu vraiment déserter, mais échapper au canon qui ébranle ses nerfs, à la mort qui s'est acharnée sur tous ses amis (il est le seul survivant de sa compagnie d'origine). Le médecin-major, qu'il a consulté, l'a traité comme un simple lâche. À la cour martiale, le capitaine Medgley, qui sert de procureur, s'acharne à démontrer la culpabilité de Hamp ; sans haine, mais parce que c'est son rôle. Le médecin maintient son opinion, malgré les efforts de Heargraves pour éveiller en lui le sens humain. Le colonel, dont le siège est fait, est déjà décidé à condamner Hamp, « pour l'exemple » ; et le témoignage de son chef de section, qui se porte garant de sa bravoure, n'arrive pas à le sauver. Hamp sera donc fusillé après une nuit de beuverie, organisée par pitié par ses camarades, et s'effondrera dans la boue. » (source : Les fiches du cinéma 2003.)

Commentaire : « Non qu’il y ait du courage à dénoncer la guerre. Tout le monde la dénonce, et les marchands d’avions Fantomas avec plus d’empressement que tout le monde. Mais il y a du courage à la dénoncer comme le fait Losey. Premier courage : Anglais, il parle de l’armée anglaise – alors que Stanley Kubrick, Américain, soulage sa conscience en critiquant l’armée française (Les sentiers de la gloire). Le King dont il s’agit, c’est George V (la guerre en question, c’est de 14-18), la Country, c’est l’Angleterre. Cette honnêteté minimale qui consiste à balayer d’abord devant sa porte est trop rare aujourd’hui dans tous les domaines pour qu’on ne la salue pas chez Losey. Deuxième courage, Losey ne pose pas le problème de la désertion, ni n’esquisse l’apologie de l’insoumission. Ce n’est absolument pas son sujet. Le deuxième classe Hamp est objectivement un déserteur, il ne l’est pas en vérité. Ce n’est pas non plus un demeuré. C’est un être simple, infiniment vulnérable parce qu’il est infiniment désarmé, et infiniment désarmé parce que la société ne s’est jamais préoccupée de lui donner ces armes que sont l’éducation et la culture. » (source : Jean-Louis Bory, Arts, 13 janvier 1965.)

Source : Ciné-ressources

Thomas l'imposteur, Georges Franju, 1964, France.

Synopsis : « Dans l'exode qui marque la progression des Allemands vers Paris en septembre 1914, la princesse de Bormes est presque seule de son monde restée dans la capitale. Il lui vient l'idée de tranformer son hôtel particulier en hôpital qu'elle-même approvisionnera en blessés qu'elle ira en voiture chercher au front. Apparaît alors comme par miracle un jeune sous-lieutenant qui se dit neveu du général de Fontenoy : Thomas. Son nom prestigieux aplanit toutes les difficultés. Thomas accompagne la princesse dans son équipée et son comportement sous le feu est bizarre. Quant à la princesse, elle comprend vite que sa place n'est pas là, et se cantonne désormais dans des rôles d'organisatrice de kermesses. Là encore, Thomas lui est d'un secours précieux. Amoureux de la princesse, le journaliste Pesquel-Duport est jaloux de Thomas. Et pourtant, celui-ci aime Henriette, fille de la princesse, sans comprendre que cet amour est partagé. Un incident apprend à un médecin de l'hôpital que Thomas n'est qu'un garçon de seize ans et n'est de Fontenoy que par son lieu de naissance ; mais le secret est gardé, car l'imposture a ses avantages. Thomas, cependant, voulant pousser l'imposture jusqu'au bout, se fait envoyer au front. Et il se fera tuer par une patrouille allemande au cours d'une mission pour laquelle il s'était porté volontaire. » (source : Les fiches du cinéma 2001.)

Commentaire : « […] Le film de Georges Franju, son sixième long métrage, sans doute l’un des plus aboutis du point de vue formel, consiste à jouer de l’écart entre l’illusion du réel et le réel, entre le visible et le hors champ. Le personnage principal, sorte de candide moderne, est un antihéros de la littérature de guerre. Tout en sachant toujours préserver une part de mystère, l’auteur d’« Hôtel des Invalides » a trouvé dans le très beau texte de Jean Cocteau, datant de 1922, un terrain propice pour exprimer avec évidence et originalité l’atroce absurdité du conflit. […] En outre, avec son goût pour les situations insolites, Franju évite l’ornière de la reconstitution réaliste en créant en permanence de l’imprévisibilité dans chaque plan. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Paris,  Ramsay Cinéma, 2008, pp. 160-161.)

Sources : Ciné-ressources ; BnF

The Blue max, (Crépuscule des aigles), John Guillermin, 1965, Angleterre.

Synopsis : « Un jeune officier allemand ambitieux et fanatique rêve de devenir le pilote le plus meurtrier de la Première Guerre mondiale et d'obtenir ainsi la « Blue Max », décoration suprême. Sans scrupules et sans pitié, il abattra de sang-froid un prisonnier anglais, s'appropriera la femme de son rival, causera la mort de celui-ci au cours d'un combat aérien afin de s'emparer de ses victoires. Au cours d'une violente scène d'ivresse, il avoue la vérité ; dans l'impossibilité d'être dégradé, lui une gloire et un héros national, il obtiendra la « Blue Max » ardemment convoitée, prendra les commandes d'un prototype défectueux, s'écrasera au sol. L'honneur est sauf, la gloire du héros est intacte. » (source : Les fiches du cinéma 2003.)

Commentaire : « Le crépuscule des aigles est donc un film démystificateur. On s’y tue allègrement et l’honneur y semble une vertu périmée. Toutefois, on n’avait pas vu depuis longtemps un film aussi prestigieux. La mise en scène de John Guillermin est essentiellement spectaculaire. C’est du « grand cirque » au sens où Clostermann entendait ce mot… » (source : Intérim, L’Aurore, 29 août 1966.)

Source : Ciné-ressources

L'Horizon, Jacques Rouffio, 1966, France.

Synopsis : « 1917. Les batailles de la Première Guerre mondiale font des ravages dans les rangs des poilus. Antonin Lavalette, blessé sur le front, est autorisé à rejoindre son foyer à Morlhac, dans la Creuse. La guérison de sa blessure aux reins y sera plus rapide. Il y retrouve Elisa, veuve d'un de ses cousins tombé en 1915. La jeune femme a été recueillie par ses parents. La convalescence d'Antonin se passe avec la hantise d'être rappelé au combat. Malgré sa fierté de soldat, il avoue sans honte qu'il a horreur de cette guerre. Petit à petit, il noue une tendre liaison avec Elisa. La date du départ approche. Tandis qu'Antonin reste passif, considérant cet épisode de sa vie comme une fatalité, Elisa, courageuse, le pousse à déserter. Malgré son amour, elle ne le convainc pas, et Antonin repart au front... » (source : Télérama.)

Contexte : « Au dernier Festival de Cannes […], un film provoquait des chuchotis ; c’était tout juste si on ne se le passait pas sous le manteau « bleu horizon » naturellement, puisqu’il s’agissait, disait-on, d’une œuvre subversive, qui s’en prenait à la grande « der-des-der » et au patriotisme vengeur qu’il était bon d’y déployer. Jean Rochereau, qui vit le film au Festival, estima (La Croix, 28-29 mai 1967) qu’on avait un tantinet gonflé l’affaire. C’est aussi mon avis. On annonçait, avec des mines plus gourmandes, au vrai, qu’effrayées : « Vous allez voir ce que vous allez voir ! Ce film […], c’est de la dynamite en pellicule, et d’un osé ! Vous allez voir…. ». Je viens de voir. Et je vous préviens tout de suite, vous allez être déçu. Tout du moins si vous attendiez les « mutineries de 17 vues de l’arrière », avec atteinte au moral de l’armée et antimilitarisme de choc. Là, vraiment vous serez déçu. L’Horizon n’est pas un film subversif. Les soldats, même découragés, s’y comportent, dans l’ensemble, fort militairement. » (source : Henry Rabine, La Croix, 10 décembre 1967.)

Source : Ciné-ressources

Fraulein Doktor, Alberto Lattuada, 1968, Italie.

Synopsis : « Pendant la Première Guerre mondiale, "Fräulein Doktor", une espionne allemande a pour mission d'assassiner Lord Kitchener. Elle est recherchée par les services secrets britanniques. » (source : Cinémathèque française.)

Commentaire : « Quelle fut l’intention du réalisateur ? Celui de nous offrir un film captivant ? Nous n’en sommes pas convaincus. Celui de stigmatiser les cruautés de la guerre et de ce qu’elle comprend d’impitoyable ? Nous n’en sommes pas certains. Sans doute, ces deux pensées se sont-elles rejointes dans sa pensée. […] Cela fait aussi une page d’histoire dont l’évocation est assez généralement réussie. L’aventure même est dans l’ensemble bien menée. Ce n’est pas un grand film, mais il laissera des souvenirs chez ceux qui l’auront vu. C’est un signe… » (source : Adrien Jans, le Soir, Bruxelles, 08 mai 1969.)

Source : Ciné-ressources

Oh what a lovely war ! (Dieu que la guerre est jolie !), Richard Attenborough, 1969, Angleterre.

Synopsis : « Sous forme de pamphlet grinçant et antimilitariste, le film enchaîne une série de sketches opposant les souffrances des soldats et les mondanités des états-majors pendant la Première Guerre mondiale. On y suit les (més)aventures des membres de la famille Smith envoyés au front en chantant, pendant que les généraux et hommes politiques dansent des quadrilles endiablés. Dans les tranchées, on continue de chanter et, quand les soldats reviennent de l'enfer, on les remet vite en état d'y retourner... toujours en chantant ! Plusieurs épisodes connus de la Première Guerre mondiale sont mis en scène dans le film, dont l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, et le fameux Noël partagé par les soldats britanniques et allemands dans le no man's land. Un épisode qui fut récemment remis au goût du jour hexagonal par le réalisateur français Christian Carion dans Joyeux Noël (2005). » (source : Le film du jour.)

Commentaire : « […] Ah ! Dieu que la guerre est jolie ! est un film très irrévérencieux. « Heureux Anglais qui ne craignent ni la censure ni ses foudres et peuvent se permettre l’impertinence à tous les stades », peut-on lire dans L’Humanité Dimanche du 1er décembre 1969 à propos de ce film de Richard Attenborough, qui franchit un pas en transformant 14-18 et sa guerre « fraîche et joyeuse » en une kermesse macabre où l’on sacrifie des dizaines de milliers de soldats pour la gloire du communiqué officiel. Aucune scène horrible, pas de cadavres, pas de sang, mais un humour glacé et décapant qui aboutit à un pamphlet parmi les plus provoquants qui soient. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, pp. 181-182.)

Source : Ciné-ressources

Uomini contro (Les Hommes contre), Francesco Rosi, 1970, Italie.

Synopsis : « Première Guerre mondiale. Nous sommes en 1916 dans le nord de l'Italie où les Italiens se battent contre les Autrichiens. Un général italien qui vient de perdre dans un mouvement de panique une position importante veut la reprendre coûte que coûte. Mais ce sommet de colline se révèle imprenable... »

Contexte : Adapté d'un roman d'Emilio Lussu, « Les Hommes contre » n'est pas sans rappeler « Les Sentiers de la gloire de Kubrick ». Le film de Rosi est lui aussi un film militant qui dénonce la barbarie de la guerre et ses nombreuses morts inutiles, des morts d'autant plus révoltantes quand elles sont causées par l'obstination aveugle d'un ou deux officiers. Les faits rapportés sont réels et il y eut bien une mutinerie de soldats à l'été 1917 près de Santa Maria la Longa. « Les Hommes contre » est sorti en 1970, en résonance avec un certain courant pacifique et antimilitariste qui se développait alors. En Italie, un procès pour « dénigrement de l'armée » fut intenté mais se termina par un acquittement. Francesco Rosi est très direct dans sa démarche, nous livrant sans fard une dure réalité qui parle d'elle-même : tout discours devient inutile. L'interprétation est parfaite, jamais appuyée, sans aucun accent mélodramatique. Presque à la limite du documentaire, le film fait aujourd'hui oeuvre de mémoire.
Emilio Lussu a réellement vécu en tant que soldat les évènements décrits (en 1916 et 1917). Il a écrit le livre « Les Hommes contre » beaucoup plus tard en 1938. Dans le film, il est représenté par le jeune Lieutenant Sassu. Comme son personnage, l'écrivain a été tout d'abord interventionniste (favorable à l'entrée en guerre de l'Italie contre L'Autriche et l'Allemagne) avant de changer d'opinion après avoir vu les atrocités de la guerre. La fin du livre est toutefois différente de la fin du film car il survivra. Dans l'Entre-deux guerres, il aura une activité politique et combattra activement le fascisme naissant. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il sera ministre dans le premier gouvernement d'unité nationale de l'Italie libérée. (source : L’œil sur l’écran, le Monde.)

Source : Ciné-ressources

Rendez-vous à Bray, André Delvaux, 1971, Belgique.

Synopsis : « Julien est un jeune Luxembourgeois bloqué à Paris durant la Première Guerre mondiale. Il exerce la fonction de critique musical dans un journal, ayant pris la suite du feuilleton rédigé avant la guerre par son ami Jacques, devenu aviateur. On sent que Julien éprouve une honte secrète à ne s'être pas engagé comme l'a fait Jacques, mais en même temps, par une sorte de dandysme intellectuel, Julien croit trouver dans ce non-engagement une façon d'exprimer son pacifisme inné. Jacques a fixé un rendez-vous à Julien dans sa villa de La Fougeraie et ce dernier, bien qu'ayant entendu parler d'une offensive prochaine, décide de se rendre le jour dit et à l'heure dite dans la ville. Là, une jeune femme silencieuse et dévouée, dont on suppose qu'elle est la servante - maîtresse de Jacques, reçoit Julien, le fait patienter, lui sert à dîner et se met toute entière à son service. Attendant des heures, Julien se remémore son amitié pour Jacques, leur rivalité en face de la jeune Odile qu'ils aimaient tous les deux mais qui n'avait jamais causé de brouille entre eux, tant leur camaraderie était solide. Jacques ne vient toujours pas. La jeune servante se donne à Julien, peut-être selon le vœu secret de Jacques. Et Julien quitte, avec une tristesse et un mélange complexe d'émotions, la villa de La Fougeraie. » (source : Les Fiches du Cinéma.)

Commentaire : « Ce film mélancolique est d’une beauté exquise. Le cinéaste joue merveilleusement sur la temporalité pour brouiller les repères, à un point tel que l’on ne sait jamais avec certitude si ce que nous voyons sur l’écran est un rêve ou la réalité. Comme Rouffio, Delvaux ne montre rien de la guerre dont on entend seulement la canonnade lointaine. Mais ce hors-champ est latent dans l’image, comme le passé dans le présent, par le biais de multiples indices donnant accès à ce qui est invisible. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, p 167.) Prix Louis-Delluc, 1971.

Sources : Ciné-ressources ; BnF

Von Richthofen and Brown, (Le Baron Rouge), Roger Corman, 1971, États-Unis.

Synopsis : « 1916. Le baron Manfred von Richthofen rejoint le major Oswald Boelcke et son escadrille en France occupée. Cet homme, à la volonté farouche de gagner la guerre et âgé de 23 ans seulement, appartient pourtant à la vieille école : il se montre chevaleresque et aristocrate dans sa façon de mener le combat. Son attitude est plutôt mal ressentie par plusieurs de ses compagnons, dont Hermann Goering. Dès son arrivée, von Richthofen fait repeindre l'escadrille en couleurs vives, ce qui lui vaut le surnom de « Baron rouge ». Bientôt, la rivalité entre le pilote canadien Roy Brown et le baron se transforme en véritable massacre. Les deux hommes iront jusqu'au bout et n'hésiteront pas  se battre par armées interposées... » (source : Programme TV.)

Commentaire : « Corman n’a donc pas voulu seulement un film de guerre comme les autres. Le scénario est riche de sens, les symboles maniés sans trop de lourdeur excessive. Il manque cependant un « je-ne-sais-quoi » qui permettait à un Renoir d’en dire trois fois plus (sur le même sujet) en quelques séquences de « La Grande Illusion » que Roger Corman dans son film tout entier. C’est peut-être, tout bêtement, ce qui sépare le génie du talent. » (source : Gérard Lenne, Télérama, 26 mars 1972.)

Source : Ciné-ressources

Johnny got his gun, (Johnny s'en va-t-en guerre), Dalton Trumbo, 1971, États-Unis.

Synopsis : « Le premier jour de la Première Guerre mondiale, un jeune engagé volontaire américain est grièvement blessé par un obus. Amputé des quatre membres, défiguré, aveugle, sourd et muet, il est cruellement maintenu en vie par les médecins. Il ne lui reste plus que son cerveau pour se souvenir et rêver. » (source : Arte.tv)

Commentaire : « Johnny s’en va-t-en guerre est l’unique film réalisé par le scénariste Dalton Trumbo, célèbre pour avoir été un des « dix d’Hollywood », victime du maccarthysme qui fut contraint après un séjour en prison de travailler plus de dix ans sous pseudonyme à Hollywood avant de pouvoir retrouver son vrai nom au générique d’un film (pour « Exodus » d’Otto Preminger et « Spartacus » de Stanley Kubrick). En adaptant son propre roman (écrit en 1939) à l’écran, Trumbo signe un pamphlet antimilitariste et pacifiste – mais aussi un plaidoyer pour la mort assistée – rendu bouleversant par le sort atroce de son personnage principal, que le spectateur accompagne dans son calvaire grâce à une voix-off. La mise en scène de Trumbo fait alterner le noir et blanc et de la couleur et organise les multiples souvenirs et voyages mentaux de son protagoniste, dont une rencontre avec le Christ, interprété par Donald Sutherland. Luis Buñuel, grand admirateur du film à l’instar de Jean Renoir, fut également tenté d’adapter le roman avant que Trumbo ne le mette lui-même en scène. « Johnny s’en va-t-en guerre », sélectionné de justesse au Festival de Cannes en 1971, y obtenait le Grand prix spécial du jury et le Prix de la Critique Internationale. Le réquisitoire de Trumbo contre l’absurdité de toutes les guerres trouvait un écho retentissant auprès des opposants à l’intervention américaine au Viêt Nam. » (source : Arte.tv)

Source : Ciné-ressources

 

 

La victoire en chantant, Jean-Jacques Annaud, 1976, France ; Côte d'Ivoire ; République fédérale d'Allemagne.

Synopsis : « Alors que la guerre fait rage en Europe en ce mois de janvier 1915, un groupe de colons français, ignorant de ces faits, mène une vie paisible à Fort Caulais, un comptoir reculé de l'Afrique. Après avoir jeté le trouble au sein de la petite communauté, l'annonce du conflit suscite un bel élan de patriotisme et l'on décrète rapidement la mobilisation générale pour aller en découdre avec un poste voisin tenu par quelques Allemands. Des épiciers et leurs épouses, deux missionnaires, un sergent de carrière et un jeune géographe composent l'état-major. L'armée proprement dite ne compte, elle, et dans chaque camp, que des Africains, enrôlés de force. La première bataille est perdue. Fort de cette expérience, les Français acceptent un nouveau chef qui, sans les conduire à une victoire décisive, leur rendra honneur et dignité grâce à une discipline aussi efficace que rigoureuse. » (source : Les Fiches du Cinéma.)

Commentaire : « Réalisé par Jean-Jacques Annaud, avec le concours de Georges Conchon, un film caricatural, mais pas du tout invraisemblable. Dommage qu’un scénario indécis éparpille l’action. La charge contre le colonialisme, la guerre et leur alliée la religion est parfois féroce et dévastatrice. » (source : Le Canard Enchaîné, 29 juin 1976.) « «La Victoire en chantant » a été globalement bien accueilli, même s’il faut préciser que c’est surtout après l’obtention d’un Oscar à Hollywood, et une sortie plus médiatisée en avril 1977, dans un montage plus serré et sous le titre « Noirs et Blancs en couleur », qu’il attire le plus grand nombre de spectateurs (17 172 en deux semaines). La virulence apparente du propos n’a pas fait scandale. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, pp. 182-183.) Meilleur film étranger, 1977 au AMPAS - Academy of Motion Picture Arts and Sciences.

Source : Ciné-ressources

La Chambre verte, François Truffaut, 1977, France.

Synopsis : « Dans une ville de l'Est de la France, quelques années après la guerre de 1914-1918, un modeste journaliste, ancien combattant, Julien Davenne, vit dans le souvenir de sa femme Julie, décédée peu après leur mariage. Une pièce de la maison qu'il habite avec une vieille gouvernante et un jeune handicapé, est réservée au culte de la disparue. Julien s'y enferme souvent. Un soir d'orage la chambre prend feu après avoir été frappée par la foudre. Voyant là un signe du destin, Julien contacte les autorités religieuses et obtient bientôt l'autorisation d'aménager une chapelle retirée qu'il consacre non seulement à Julie mais à tous ses morts connus et inconnus. Et c'est ainsi que, pour ne pas faillir à sa mission, Julien détourne et transforme l'amour que lui voue la jeune Cécilia afin que soit assurée avant tout la poursuite de son œuvre. » (source : Les Fiches du Cinéma.)

Commentaire : « Filmer à travers des vitres ou dans les embrasures de portes est pour moi instinctif quand je fais un film d’époque. Je sais que je triche en reconstituant le passé. Alors je trouve plus honnête que l’action s’inscrive dans un cadre. […] Quant aux glaces de l’escalier dans la maison de Davenne, c’est une commodité : inutile de bouger la caméra, le personnage qui descend l’escalier s’inscrit d’abord dans la première puis dans la deuxième glace. » (source : François Truffaut, propos recueillis par Claude-Marie Tremois, Télérama, 05 avril 1978.)

Sources : Ciné-ressources ; BnF

Gallipoli, Peter Weir, 1981, Australie.

Synospis : « Archy Hamilton, un jeune campagnard australien et son meilleur ami, Frank Dunne, s'engagent pour la guerre 14-18. Après une période de classes plutôt agréable en Egypte, ils se retrouvent en Turquie, à Gallipoli, futur théâtre de combats acharnés. Ce film est un véritable chant funèbre, émouvant et captivant, en souvenir d'une génération courageuse et trahie. » (source : Festival International du film de la Rochelle.)

Commentaire : « Gallipoli, c’est pour les Australiens un désastre militaire […]. Pourtant, Peter Weir, peut-être parce qu’il s’est donné la peine de faire pèlerinage aux Dardanelles sur ce champ de bataille vieux de soixante-cinq ans et laissé tel, ne s’est pas laissé emporter par le patriotisme. Il a préféré, ramenant la tragique aventure à l’échelle humaine, prendre deux jeunes garçons, pleins d’avenir et d’ambition qui décident, pour accélérer le destin, de s’engager dans cette guerre lointaine qu’est pour eux le premier grand conflit mondial. […] « Gallipoli » est réalisé avec un grand talent et grands moyens et les deux personnages vedettes sont fort bien interprétés par Mark Lee et par Mel Gibson, déjà très connu par « Mad Max ». Ce qu’il fait ici est heureusement beaucoup mieux. » (source : Robert Chazal, France Soir, 13 mars 1982.)

Source : Ciné-ressources

La mort monumentale, Olivier Descamps, 1984, film documentaire, France.

Synopsis : « À la fin de la Première Guerre mondiale, la France rend hommage au million et demi d’hommes tués au combat. Entre 1920 et 1925, dans les communes petites ou grandes, ce sont 30 000 monuments à la mémoire de ces soldats qui sont érigés. Soixante ans après, le réalisateur nous propose une promenade au cœur de cet univers patriotique qui constitue un phénomène statuaire sans précédent. Statues de soldats combattants, blessés, mourants, de femmes pleurant leurs fils et leurs maris, simples stèles, armes ou allégories… chaque monument témoigne du sacrifice pour la patrie. Réalisés en série ou personnalisés par les instances communales, ils sont souvent clôturés d’obus, occupent un point stratégique du village ou de la ville ou bien encore sont proches de l’église et du cimetière. Tous expriment la douleur et rendent compte à la population de ce que furent les horreurs de la guerre. Les images des monuments se succèdent sur un rythme vif au son de musiques militaires. » (source : Autour du 1er mai.)

Fonds d'oigine : BnF ; Film numérisé déposé au titre du Dépôt légal. Consultation : postes du CNC à la BnF (Paris) et sur le site du CNC à Bois d'Arcy (Yvelines)

1915, les champs du souvenir, Olivier Descamps, 1985, film documentaire, France.

Synopsis : « Ce que fut l'année 1915 en Europe et plus particulièrement en France. Cette année-là, plus de deux millions d'hommes moururent sur les différents champs de bataille de la guerre 1914-1918. La terre porte encore aujourd'hui les traces des tranchées et des galeries-casernes où s'abritaient les combattants se réfugiant, pour la plupart, dans le mysticisme. Les cimetières, monuments aux morts, mémoriaux et musées témoignent de la spécificité et de la cruauté de cette guerre dans laquelle les gaz asphyxiants firent leur apparition pour la première fois. De nos jours, l'érosion fait encore ressurgir les corps de soldats des deux camps ennemis. Inhumés côte à côte, ils plaident pour la réconciliation et la paix entre les peuples. » (source : CNC-AFF.)

Fonds d'origine : Film numérisé déposé au titre du Dépôt légal. Consultation : postes du CNC à la BnF (Paris) et sur le site du CNC à Bois d'Arcy (Yvelines)

Ida, Madelon du front de l’Artois, Yolande Josèphe, 1989, France.

Synopsis : Née à Souchez, dans le Pas-de-Calais, Ida Beaucamp, devenue en 1928 Madame Leclercq, a été célèbre sa vie durant grâce à son surnom de « La Madelon » que lui avait décerné après la Grande Guerre, le journaliste-écrivain Jean Galtier-Boissière. En 1915, alors qu’elle a une quinzaine d’années, sa famille déménage à l’arrière du front de l’Artois, et la jeune fille aide le patron d’un café à servir à boire et à manger aux clients, principalement des soldats qui, dans le petit estaminet, viennent oublier quelques instants les terribles combats. Toujours souriante, elle écoute les boniments avec une béate indifférence.

Commentaire : Ce film relate la vie de cette fille courageuse qui prenait en pitié les fantassins qu’elle servait.

Source : Autour du 1er mai

  • Hôtel des Invalides, Georges Franju, 1951.
  • La Reine africaine, John Huston, 1952.
  • What Price glory ?, John Ford	, 1952.
  • L’Escadrille Lafayette, William Wellman, 1956.
  • Images de la Grande Guerre 1914-1918, Edouard Bruley, 1957.
  • Les Sentiers de la Gloire, Stanley Kubrick, 1957.
  • The Diary of an Unknown Soldier (Le journal du soldat inconnu), Peter Watkins, 1959.
  • Jean Jaurès, Jean Lods, 1959.
  • La Grande Guerre, Mario Monicelli, 1959.
  • Lawrence d’Arabie, David Lean, 1962.
  • 14-18, Jean Aurel, 1963.
  • King and country (Pour l’exemple), Joseph Losey, 1964.
  • Thomas l'imposteur, Georges Franju, 1964.
  • The Blue max, (Crépuscule des aigles), John Guillermin, 1965.
  • L'Horizon, Jacques Rouffio, 1966.
  • Fraulein Doktor, Alberto Lattuada, 1968.
  • Oh what a lovely war ! (Dieu que la guerre est jolie !), Richard Attenborough, 1969.
  • Uomini contro (Les Hommes contre), Francesco Rosi, 1970.
  • Rendez-vous à Bray, André Delvaux, 1971.
  • Von Richthofen and Brown, (Le Baron Rouge), Roger Corman, 1971.
  • Johnny got his gun, (Johnny s'en va-t-en guerre), Dalton Trumbo	, 1971.
  • La victoire en chantant, Jean-Jacques Annaud, 1976.
  • La Chambre verte, François Truffaut, 1977.
  • Gallipoli, Peter Weir, 1981.
  • La mort monumentale, Olivier Descamps, 1984.
  • 1915, les champs du souvenir, Olivier Descamps, 1985.
  • Ida, Madelon du front de l’Artois, Yolande Josèphe, 1989.
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  • Mission du Centenaire et Nadège Mariotti
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