Autour de la Grande Guerre > Cinema Audiovisuel > Archives > 1920-1950 - Commémoration - Pacifisme - Renouveau patriotique

1920-1950 - Commémoration - Pacifisme - Renouveau patriotique

De 1920 à 1939, les Américains continuent à spectaculariser la guerre dans The Big Parade (1925), de King Vidor, ou dans Wings (1929), de William Wellman, qui lance la mode des aventures aériennes glorifiant les prouesses des pilotes. Simultanément, à partir de 1927, on entre dans une période commémorative avec des films, aussi bien en France, en Allemagne qu’en URSS, plus réalistes et pacifiques. Le cas de Verdun, visions d’Histoire (1928), de Léon Poirier, est exemplaire, puisque, comme le disent les critiques de l’époque, il ne ressemble à aucun film de guerre. Il s’agit d’une reconstitution minutieuse de ce que fut la bataille la plus longue et la plus meurtrière de la Grande Guerre, devenue le symbole de la ténacité de toute une nation. Pour la première fois le cinéma montre la guerre au cœur de la mêlée comme les témoins l’ont décrit. À tel point que des plans de Verdun, visions d’Histoire devenus de  « fausses vraies images d’archives » sont utilisés ensuite dans des documentaires. En 1931, avec Les Croix de bois, adapté du roman éponyme de Roland Dorgelès, Raymond Bernard franchit un palier supplémentaire. Les assauts successifs filmés dans le mouvement, constituent les temps forts d’une mise en scène qui concentre l’espace et le temps, traduisant de façon magistrale le dynamisme et la violence de l’affrontement. Comme À l’Ouest rien de nouveau de Lewis Milestone, Les Croix de bois inaugure une ère nouvelle dans le cinéma sonore et parlant permettant de découvrir l’univers acoustique des soldats. On entend ainsi pour la première fois, au milieu du désordre chaotique du combat, les tirs d’artillerie et de mitrailleuse, les explosions d’obus, mais aussi les paroles échangées, l’argot utilisé et des chansons de poilus. L’impact du film est considérable aussi bien en France qu’à l’étranger. Face à la menace grandissante d’une nouvelle guerre, les films pacifistes se multiplient, le plus connu étant sans doute La Grande illusion (1937), le chef d’œuvre de Jean Renoir. Bien sûr, en Allemagne, la situation est totalement différente, et, à partir de 1933, Hitler et les nazis trouvent en Hans Zöberlein (Strosstrupp 1917) et Gustav Uzicky (Morgenrot) des réalisateurs efficaces pour contrer le ramollissement humaniste de Georg Wilhem Pabst (Quatre de l’infanterie, 1931) ou de Heinz Paul (Die Somme ; Douaumont).

Laurent Véray

The Four Horsemen of the Apocalypse (Quatre cavaliers de l’Apocalypse), Rex Ingram, 1921.

The Four Horsemen of the Apocalypse (Quatre cavaliers de l’Apocalypse), Rex Ingram, 1921, États-Unis.

Synopsis : « Ce film retrace l’histoire d’une famille argentine d’origine européenne, à la fois française et allemande, dont les enfants s’engagent dans le conflit dans les deux camps opposés. Les Allemands, montrés de façon très sanguinaire, saccagent et massacrent à tout-va. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay, 2008, pp 90-91.)

Contexte : « La commission de censure estime que ce film est un spectacle trop violent et refuse son visa dans un premier temps mais il sera finalement autorisé grâce à une intervention en haut lieu. Le film est bien accueilli par le public, plus fraichement par la critique. Tout en soulignant les qualités de mise en scène, une partie de la presse estime que ce film bafoue la France en la représentant essentiellement vaincue. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay, 2008, pp 90-91.)

Source : Ciné-ressources

Source de l'image : Exhibitor's Trade Review, septembre-novembre 1921

The Big Parade (La Grande Parade), King Vidor, 1925, États-Unis.

Synopsis : « Le film, au départ, raconte l’histoire sentimentale entre Jim, un soldat américain et Mélisande, une paysanne française. La première partie relate sur un ton souvent comique, le quotidien d’un régiment américain dans un paisible hameau loin du front, et l’idylle amoureuse qui se noue entre Jim et Mélisande. Puis le récit bascule dans le tragique absolu où un condensé symbolique de la brutalité extrême de la guerre est montré (bombardement aérien, prise d’une tranchée allemande, explosions impressionnantes). La violence est subie par les héros américains mais aussi donnée. (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, pp 94-98.)

Contexte : En France, les conditions de projection exceptionnelles avec la mise en place d’un système de bruitage ont probablement contribué à renforcer l’impact du film. Le succès public est au rendez-vous malgré de vives critiques dans la presse. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, pp 94-98.)

Source : Ciné-ressources

Source de l'image : Silent Film Program for "The Big Parade" (1925)

What Price glory ?, Raoul Walsh, 1926, États-Unis.

Synopsis : « Le sergent Quirt et le capitaine Flagg, servant tous deux sous le drapeau américain, sont rivaux en tout et surtout en amour. Ils se retrouvent en 1917 dans les tranchées du nord de la France… . »  (source : Festival du film international de La Rochelle.)

Commentaire : « […] Sheenhan me tendit la pièce « Au service de la Gloire ». Je fus surpris et un peu inquiet. Je n’avais encore jamais adapté de production théâtrale à l’écran et l’œuvre de Stallings-Anderson avait été saluée par la critique comme le meilleur drame de guerre en langue anglaise. […] La guerre y était montrée non seulement comme une chose inutile, mais comme un gâchis et une boucherie. Il n’y avait aucune gloire pour ceux qui se trouvaient dans les tranchées. Ils devaient déclencher une offensive ou repousser une attaque ennemie parce que les généraux et le Congrès proclamaient que c’était leur devoir. Je filmais tout cela dans cet esprit. Ce qui me tracassait, c’était de ne pouvoir, dans ce film muet, enregistrer le dialogue des chefs. Pour la première fois, je répugnais à écrire le découpage d’un film auquel seraient rajoutés par la suite des intertitres. Cela laissait les protagonistes à la merci de n’importe quel sous-titreur intimidé par la censure et comprenant plus ou moins bien les intentions de l’auteur. […] C’était par conséquent l’action qui devait faire passer le message et je me demandais si j’en étais capable. […] Pour les scènes de bataille, j’avais fait creuser deux tranchées parallèles à l’extrémité du terrain, l’une pour les Marines, l’autre pour les Allemands. C’était la première fois que je fixais la caméra sur une dolly et, soucieux de réalisme, je fis un lent travelling sur la tranchée des Marines. […] Par chance, la sortie de « Au service de la Gloire » n’aurait pas pu tomber mieux, puisqu’elle eut lieu au moment même où le public attendait un film qui démystifiât la guerre. […] le succès que j’obtins justifia la manière dont je racontai cette histoire. En un mois, au Roxy Theater de New York, « Au service de la Gloire » fit 780 000 dollars de recettes. Les deux dernières semaines, sur la demande du public, il fut projeté sans interruption vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Outre la publicité habituelle dans les journaux, le film obtint une bonne presse auprès du ministère de la Guerre qui soutenait qu’il était responsable d’une augmentation substantielle des engagements dans les Marines. […] Le Times sélectionna « Au service de la Gloire » comme l’un des dix meilleurs films de 1926. » (source : Raoul Walsh, Un demi-siècle à Hollywood : mémoires d’un cénéaste, Paris, Ramsay, 1985 (Nouv.éd.), pp 191-198.)

Sources : Ciné-ressources ; Harvard University

The Seventh Heaven (L'Heure suprême), Frank Borzage, 1927, États-Unis.

Synopsis : « Chico, un égoutier Parisien, désireux d'être élevé à la position de balayeur, brûle des cierges dans l'espoir que Dieu lui donne une autre chance. Il devient aigri quand sa prière pour obtenir une épouse, blonde, ne suscite aucune réponse. Il sauve Diane, qui a été victime de sa sœur sans scrupules, Nana. Diane épouse Chico. Mais leur mariage est contrarié par l'appel aux armes ; la guerre vient d’éclater. Diane participe à l’effort de guerre en tant que « munitionnette » et après l'armistice reçoit un mot l’informant de la mort de Chico. Il revient, cependant, aveugle et restaure la foi et l'amour de la jeune femme. » (source : American Film Institute.)

Commentaire : « Janet Gaynor a remporté le prix de la meilleure actrice aux Oscars pour ce film. Frank Borzage en a remporté un pour la Meilleure réalisation (photo dramatique), et Benjamin Glazer a remporté celui du Meilleur scénario (adaptation). Le film a également reçu des certificats de mention honorable pour la direction artistique (Harry Oliver) et pour ses images exceptionnelles. » (source : American Film Institute.)

Source : Ciné-ressources

Source de l'image : Motion Picture Magazine, février-juillet 1927

 

Der Welkrieg, ein historischer Film (La Grande Guerre), Leo Lasko, 1927, film documentaire, Allemagne.

Synopsis et contexte : « Film militariste, exaltant notamment les victoires allemandes de la Première Guerre mondiale jusqu'en 1916, il fait l’objet d’une demande d’interdiction le 26 septembre 1927 ». (source : Archives Nationales.) « Quand l'industrie du cinéma allemand a finalement commencé à aborder la guerre, la préoccupation majeure était de contrer la Kriegschuldlüge, ou la guerre-culpabilité. Le traitement humiliant de l'Allemagne dans le traité de paix de Versailles de 1919 est beaucoup discuté, mais l'industrie du film attend jusqu'en 1925 pour traiter du sentiment collectif allemand de mauvais traitements mondiaux et de l'incompréhension nationale face à ce traité. En tant que nation vaincue, l'Allemagne avait besoin que les représentations cinématographiques conçoivent une image irréprochable d'elle-même. Monument anti-guerre de Pabst, Westfront 1918 est sûrement le plus connu des films discutés, mais Die Weltkrieg I et II (Leo Lasko 1927 et 1928), 1914, Die Letzten tage vor dem Weltbrand (Richard Oswald, 1931), et Tannenberg (Heinz Paul, 1932) méritent à ce titre tous les honneurs. Ces films présentent des qualités documentaires qui permettent de présenter une image factuelle des causes de la guerre en lien avec les débats actuels sur la Neue Sachlichkeit, ou mouvement « Nouvelle Objectivité ». En présentant des films emplis de séquences réalité, de cartes, de graphiques et d’images de mouvements de troupes, les producteurs mettent l'accent sur les aspects documentaires, donnant leur propre opinion sur le sentiment de culpabilité dans cette guerre. » (source : Bernadette Kester, Film Front Weimar. Representations of the First World War in German Films of the Weimar Period (1919-1933), Amsterdam University Press, Amsterdam, 2003.)

Sources : Archives Nationales : AJ9/361 à AJ9/520/1. Haute Commission interalliée des territoires rhénans (HCITR) - Secrétariat général interallié, dossiers des décisions (« Affaires courantes »). 1924-1930. AJ9/480. Dossiers 21560-21600. 10 août 1927-28 septembre 1927 ; Nachrichten-filmportal.de

Mare Nostrum, Rex Ingram, 1927, États-Unis.

Synopsis : « Le Capitaine Ulysse Ferragut, dernier membre d'une célèbre famille espagnole de renommée maritime, rencontre Freya Talberg, une belle et impitoyable espionne allemande, à Pompéi. Il tombe amoureux d’elle. Les Allemands ont l’intention d'utiliser les connaissances maritimes d'Ulysse pour l'approvisionnement de leurs sous-marins en carburant et d’utiliser Freya comme appât. Plus tard, Ulysse, de retour à Naples, la recherche et apprend que son fils Esteban, qu'il idolâtre, a été tué sur un paquebot torpillé. Cherchant à se venger, il offre son navire, le Mare Nostrum, aux Français. Freya, est exécutée par les Français pour espionnage. Le navire d'Ulysse est torpillé. » (source : American Film Institute.)

Contexte : À la sortie du film, « la presse se déchaîne de nouveau contre le travestissement de la guerre [au profit des États-unis]… et l’ambassadeur d’Allemagne demande une nouvelle fois de faire interdire une représentation « tendancieuse et haineuse de son pays ». (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, p 97.)

Source de l'image : Motion Picture Magazine, février-juillet 1926

La Chute de la dynastie Romanov, Esfir Choub, 1927, film documentaire, URSS.

Synopsis : « Esfir Choub a réalisé ce film en 1927 à partir d'images d'archives de 1912 à 1917 sur la fin de la dynastie des Romanov, la guerre de 1914-1918 et les événements révolutionnaires de 1917 en Russie.  Elle y décrit la vie de la famille du dernier tsar russe et montre les contradictions de la société pré-révolutionnaire en évoquant la vie quotidienne dans les villages, les usines, les milieux bourgeois, militaires et capitalistes. On y voit aussi des images des relations extérieures de la Russie avec des pays étrangers, notamment avec la France (réception du Président Raymond Poincaré). On assiste enfin à la préparation de la guerre, à la guerre elle-même, à la révolution de février 1917, puis à l'arrivée « libératrice » de Lénine. » (source : Gaumont Pathé archives.)

Contexte : « Ce film de Choub, pionnière en matière de montage de documents d’actualités et de documents filmiques de diverses origines, s’inscrit dans un courant de pensée et de pratique de l’URSS des années 1920 qu’on appelle le « factualisme », lié à divers groupes artistiques et culturels d’avant-garde […]. Le plus fameux est le Lef (« Front gauche des arts ») qu’animait Vladimir Maïakovski ainsi que d’autres poètes, écrivains, dramaturges, théoriciens, plasticiens, graphistes et cinéastes (Boris Arvatov, Ossip Brik, Alexandre Rodtchenko, Serge Tretiakov, Dziga Vertov notamment) […]. » « En 1927 dans le cadre de l’année anniversaire de la révolution d’octobre, la documentariste et monteuse Esfir Choub se voit commander un film commémoratif. Elle choisit de travailler à partir d’archives filmées de diverses sources (actualités nationales et étrangères, films de la cour du tsar) afin d’évoquer la chute inéluctable des Romanov via l’enchaînement des faits que le cinéma a enregistré. » (source : Albera François, « La chute de la dynastie Romanov : de E. Choub à C. Marker », Matériaux pour l’histoire de notre temps 1/ 2008 (N° 89-90), p. 20-29.)

Fonds d'origine : Gaumont distribution

Visionner le film : La Chute de la dynastie Romanov via Kinoglaz.fr

Les Derniers Jours de Saint-Pétersbourg, Vsevolod Poudovkine, 1927, URSS.

Synopsis : « Un jeune paysan de la Russie tsariste à la veille de la Première Guerre mondiale vient à Saint-Pétersbourg pour tenter d'y gagner sa vie. Il est embauché à l'usine de Lebedev pour y jouer les briseurs de grève. Mais il se trouve que l'un des révolutionnaires du comité de grève est un ami de son pays qui l'a accueilli à Saint-Pétersbourg. Le jeune paysan comprend le rôle qu'on lui fait jouer et furieux se précipite au bureau du directeur et le frappe avant d'être saisi et envoyé en prison. La Russie entre en guerre et le prisonnier est envoyé sur le front. Les révolutionnaires qu'il rencontre dans l'armée achèvent de lui ouvrir les yeux. Lors des journées d'octobre, il sera au premier rang de l'attaque du Palais d'hiver. » (source : Gaumont Pathé archives.)

Fonds d'origine : Gaumont distribution

Source de l'image : Russian Public Library
 

Le film du poilu, Henri Desfontaines, 1928, France.

Synopsis : Cinq années de la vie d'un français mobilisé. Marcel Lambert, ancien combattant de la Grande Guerre, propose à un ami cinéaste de faire un film sur la guerre, afin de faire prendre conscience aux enfants de la gravité de celle-ci. « Le Film du poilu » dépeint d'abord en détail la première année de la guerre : l'attentat de Sarajevo, la mobilisation générale, l'entrée en guerre des forces alliées, la participation militaire des colonies, le départ des taxis de la Marne pour contrer l'avancée des troupes ennemies. Les batailles déterminantes sont ensuite retracées dans leurs grandes lignes. Il rappelle également le quotidien des soldats, les tranchées, les mutilés et les morts. La population n'est pas non plus épargnée : villes et villages sont dévastés, les familles sont contraintes à l'exode. À l'arrière, les femmes participent elles aussi à l'effort de guerre. Enfin, l'engagement des Etats-Unis et la coopération des forces alliées sur les différents fronts, où l'on voit s'investir personnellement les hauts dignitaires de toutes les nations, contribuent à la défaite de l'Allemagne. La fin du conflit est célébrée lors d'un défilé sur les Champs Elysées, où sont représentées toutes les armées victorieuses. Sous l'Arc de Triomphe, la flamme du tombeau du Soldat inconnu honore désormais la mémoire des hommes morts au combat. À la fin de la projection, la salle est bouleversée : le message pacifiste a été entendu. (source : Archives Françaises du Film du CNC.)

Sources : ECPAD ; Laurent Véray, Les images d’archives face à l’histoire, page 120-122 ; Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Paris, Ramsay, 2008, page 101 ; Maitre des Lions et des Vampires, Louis Feuillade par Francis Lacassin, Ed. Pierre Bordas et fils, 1995.

Fonds d'origine : ECPAD

Verdun, visions d’histoire, Léon Poirier, 1928, France.

Synopsis et contexte : « Dédié à « tous les martyrs de la plus affreuse des passions humaines, la guerre », Verdun, visions d’Histoire se présente comme le récit circonstancié de la célèbre bataille qui fit plus de 200 000 morts entre février et octobre 1916. Mais il ne s’agit pas d’un simple reportage. Léon Poirier, son réalisateur, inscrit dans la grande histoire le destin de personnages symboliques choisis de part et d’autre du front. L’itinéraire souvent tragique de ces personnages de fiction s’entrecroise avec les figures réelles de la bataille de Verdun. Articulé autour de trois « visions » (la Force, l’Enfer et le Destin) qui sont autant de périodes de la bataille, « Verdun, visions d’Histoire » est à la fois un film-monument et un film-mémorial. […] Comme l’écrit à l’époque La Petite Illustration : « Ce film ne contient aucune pensée de haine. Il ne raille aucun peuple. Il les plaint tous. Il montre les Français défendant pied à pied le sol de la France, les Allemands lancés sans pitié au massacre par l’impérialisme d’une dynastie. » De ce point de vue, l’œuvre de Léon Poirier est bien un témoignage essentiel - parce qu’elle est racontée par des survivants - sur une guerre qui a traumatisé la société française. Cette dimension proprement mémorielle de Verdun, visions d’Histoire explique en grande partie l’accueil triomphal qui lui fut réservé : on fut stupéfait de retrouver à l’écran une atmosphère identique à celle du champ de bataille, et - d’après les journalistes présents - un long silence suivit la fin de la première projection. Le film-monument s’efface alors derrière le Lieu de mémoire, ce n’est pas le moindre mérite de « Verdun, visions d’Histoire » que de donner à voir ce glissement. »

Sources Cinémathèque de Toulouse : Verdun, visions d'Histoire ; Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Paris, Ramsay, 2008 pp 111-117 ; Laurent Véray, Les images d’archives face à l’histoire, Chasseneuil du Poitou, Scérén-CNDP, 2011, pp 130-133 ; Cinémathèque de Toulouse.

Fonds d'origine : Cinémathèque de Toulouse, film restauré en 2005

Dawn, Herbert Wilcox, 1928, Angleterre.

Synopsis : « Infirmière en chef, Miss Edith Cavell dirige l'institut médical Berkendael à Bruxelles. Au début de la Première Guerre mondiale, elle cache Jacques Rappart qui a réussi à échapper aux Allemands et organise sa fuite vers la frontière hollandaise en collaboration avec Ada Bodart et Julie Pitou. De ce geste solidaire va naître une organisation qui sauvera 210 soldats alliés dont un aviateur anglais. Mais un homme arrêté à la frontière va tout révéler et dénoncer les membres de l'organisation. Le 5 août 1915, Edith Cavell est appréhendée et incarcérée à la prison de Saint Gilles ; le 7 octobre elle est condamnée à mort. Malgré les interventions de Brand Whitlock, ministre des Etats-Unis, le Général Von Sauberzweig, gouverneur militaire, demande l'exécution de la sentence dans les plus brefs délais. Le 12 octobre, à l'aube, Miss Edith Cavell est face à son peloton d'exécution qui refuse de tirer ; l'officier exécute lui-même la condamnée avec son revolver. » (source : Archives Françaises du Film du CNC.)

Commentaire : « Dans la première des deux adaptations de l'histoire Cavell (le deuxième était l'infirmière Edith Cavell, 1939, avec Anna Neagle), Herbert Wilcox choisit de mettre en scène les événements sous la forme d'un thriller, avec une dose supplémentaire de fatalisme concernant le destin ultime de Cavell. Ce qui est le plus remarquable dans ce film, en particulier à la lumière des problèmes de censure qu'il a rencontrés, c'est que Wilcox dépeint les Allemands sous un jour aussi sympathique que possible au vu des circonstances. […] Malgré cet équilibre, le film s’est vu refusé sa certification par le British Board of Film Censors (la censure britannique), parce que sa représentation de l'exécution de Cavell différait des rapports allemands. Cependant, le London County Council, après avoir demandé des coupures mineures aux scènes finales, permit au film d'être présenté. » (source : Michael Brooke, British Film Institute.)

Espionnage ou la Guerre sans armes, Jean Choux, 1928, France.

Synopsis : « L'histoire romancée de Louise de Bettignies, qui fut une espionne et une héroïne de la Première Guerre mondiale. À Roubaix, en octobre 1914, Geneviève de Vandeville fait passer clandestinement du courrier. Brillante et efficace, elle est rapidement contactée par l'Intelligence Service qui lui propose de diriger une équipe d'espions. Chargée de ramener des renseignements de la zone dangereuse, elle se fait aider par Maria, une jeune fille dont elle devient l'amie. Maria et son amant demandent à Geneviève d'organiser leur fuite vers la Hollande. Cette mission va lui être fatale. Repérée par le contre-espionnage allemand, elle se fait arrêter et emprisonner à Bruxelles. Malade, elle meurt en prison avant la fin de la guerre. Quelque temps après, Maria et son amant vont se recueillir devant le monument à l'effigie de Louise de Bettignies. » (source : Archives Françaises du Film du Centre national du cinéma et de l'image animée ; Ciné-ressources.)

Visionner le film : Espionnage ou la Guerre sans armes via European Film Gateway. Film restauré par les Archives Françaises du Film du CNC.

À l'Ouest rien de nouveau, Lewis Milestone, 1930, États-Unis.

Synopsis : « Allemagne 1914. La guerre vient d'être déclarée. Les civils acclament les troupes qui partent joyeusement pour le Front. Dans un collège, un professeur nationaliste harangue ses élèves pour les exhorter à s'engager. Sept d'entre eux répondent à l'appel, avec l'enthousiasme de la jeunesse. La désillusion sera rude. C'est d'abord l'encasernement, les brimades, l'entraînement impitoyable, sous la direction du féroce Himmelstoss, un ancien facteur. Humiliés, les jeunes gens ne rêvent plus que de partir pour le Front. Mais le premier contact avec le feu est atroce : l'enfer des tranchées, les bombardements intensifs, la peur, la fatigue, la faim... L'un d'eux est tué par un obus, un autre hurle qu'il est aveugle, avant de tomber sur le champ de bataille jonché de cadavres. Au cours d'une brève permission, Paul, l'un des jeunes gens, retrouve sa famille qui elle aussi a souffert durement des hostilités. Conscient d'appartenir à une génération sacrifiée, maudissant les mauvais prophètes, il repart pour le Front. Son dernier camarade est abattu sous ses yeux. Alors qu'il cherche à saisir un papillon au bord de la tranchée, il est tué à son tour. » (source : Ciné-club de Caen.)

Contexte : « Si le film de Milestone ne fut pas bien reçu par les anciens combattants européens, on ne peut exclure qu’il ait été victime d’un procès d’intention. Représentait-il vraiment un regard plus éloigné de la mémoire ? L’auteur du roman (paru en 1929), Erich Maria Remarque, « l’avait faite ». Il est vrai que ce n’était pas le cas, ni du réalisateur, ni du producteur, ni de ses jeunes interprètes. Toutefois, il avait adjoint à ceux-ci des vétérans allemands comme conseillers militaires. […] Une chose qui explique sans doute les réserves de certains anciens combattants est le traitement de l’espace, qui reste, dirons-nous, très « hollywoodien ». Le cadre est généralement large, le découpage souple, la perception qui en résulte est celle d’une homogénéité et d’une cohérence, qui ne correspondaient pas à l’expérience de la guerre des tranchées. » (source : François Amy de la Bretèque, La vie quotidienne dans les tranchées telle que le poilu (ne) l’a (pas) vécue, in Les cahiers de la cinémathèque n°69, novembre 1998, pp 43-47.)

Sources : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, p 117 ; Ciné-ressources ; Patrick Brion, Le cinéma et la guerre de 14-18, Paris, Rives neuves Editions, 2013, pages 74-75.

Source de l'image : Universal Weekly, 23 octobre 1926-21 mars 1936

The Dawn Patrol (La Patrouille de l’aube), Howard Hawks, 1930, États-Unis.

Synopsis : « France, automne 1915. Une escadrille britannique, dirigée par le commandant Brand, est assignée à de périlleuses missions. Au retour du groupe A, auquel appartiennent Doug Scott et Dick Courtney, deux amis d’enfance, on déplore encore la perte de deux pilotes. Le soir, entre le whisky et les chansons, chacun essaye d’oublier les drames quotidiens. Au cours d’une mission, Doug est porté disparu, abattu par un avion ennemi. Le pilote allemand est fait prisonnier et Dick l’invite à participer à la veillée funèbre. Mais Doug réapparaît miraculeusement et trinque avec son adversaire. Les Allemands gagnent du terrain et franchissent les lignes françaises. À la suite d’un message de provocation du commandant Von Richter, Doug et Dick désobéissent à Brand et vont bombarder avec succès le cantonnement allemand. Sauvés in extremis par un atterrissage forcé, les deux amis rentrent au camp, où Dick apprend qu’il est nommé à la place de Brand, muté à l’état-major. La grande offensive allemande se prépare. Dick doit appliquer les ordres : toutes les patrouilles devront voler, même les bleus qui viennent d’arriver, parmi lesquels Gordon, le jeune frère de Doug. Au retour de l’offensive, ce dernier accuse Dick d’avoir envoyé son frère à la mort. Brand revient au camp, messager d’une mission-suicide pour un seul homme : bombarder l’arsenal allemand pour contrecarrer l’avance de l’ennemi. Doug se porte volontaire. Mais il boit, s’endort, et Dick part à sa place. Il réussit victorieusement son raid avant de se faire abattre par Von Richter. Doug, à son tour, devient commandant de l’escadrille... » (source : Ciné-club de Caen.)

Sources : Ciné-ressources

Agent X 27, Josef von Sternberg, 1931, États-Unis.

Synopsis : « À Vienne, durant la Grande Guerre, le chef des Services Secrets fait la connaissance d'une jeune prostituée, Marie Kolverer. Bientôt il lui propose de travailler pour lui comme espionne. Son numéro de code: X-27. Elle est chargée de découvrir si le général von Hindau trahit ou non, pour le compte des Russes. Elle fait la connaissance du général dans une réception ; ils deviennent intimes. Une cigarette truquée trahit le général qui se tire une balle dans la tête. La deuxième mission de X-27 : démasquer le faux clown qui a remis la fausse cigarette au général. C'est un agent des services secrets russes qui se fait passer pour le lieutenant Kranau de l'armée autrichienne. X-27 fait sa connaissance dans un casino et lui tend un piège. Mais il lui échappe. Il la retrouve à la frontière polono-russe. X-27, déguisée en paysanne, enivre le colonel Kovrin et lui soutire des informations. Bientôt Kranau est arrêté et condamné à mort pour espionnage. X-27 comprend alors qu'elle l'aime et lui permet de s'évader. L'agent X-27 est reconnu coupable de trahison et condamné à la peine capitale. La jeune femme est fusillée. » (source : Ciné-club de Caen.)

Commentaire : « Dishonored est le troisième des sept films que Josef von Sternberg tournera avec Marlène Dietrich, "son" actrice... Il l’a révélée un an plus tôt avec L’ange bleu et Morocco (avec Gary Cooper). Cette fois, c’est lui-même qui écrit la base de cette histoire d’espionne autrichienne dans le pur style Mata-Hari, une histoire écrite sur mesure pour la mettre en valeur. […] La scène finale de l’exécution reste parmi les scènes les plus fortes de l’histoire du cinéma. Le film est juste un peu en deçà de Shanghai Express ou de Scarlet Empress (L’impératrice rouge), film sublime qui marquera la fin de la collaboration Sternberg/Dietrich. » (source : Blog Le monde : l’œil sur l’écran.)

Sources : Jean Tulard, Guide des films, collection Bouquins, éditions Robert Laffont, 2002, tome 3 ; Ciné-ressources.

Source de l'image : Northwest Chicago Film Society

Les Croix de bois, Raymond Bernard, 1931, France.

Synopsis : « L'étudiant Demachy, l'ouvrier Sulphart, le boulanger Breval ne sont en 1916 que des soldats et font la guerre, luttent contre la boue, les poux, la mort. » « En 1914, Gilbert Demachy, un étudiant, est envoyé sur le front pour combattre aux côtés d'autres soldats, parmi lesquels Sulphart, un ouvrier, et Bréval, un boulanger. Demachy est rapidement confronté aux horreurs de la guerre. L'un de ses camarades, Vairon, est abattu au premier assaut. La nuit, des soldats allemands creusent sous leurs tranchées pour poser des mines. Et, pendant dix jours, une terrible bataille, ininterrompue, oblige les hommes à affronter les tirs d'obus, les poux et la boue. Réfugiés dans un cimetière éventré par les combats, les soldats manquent d'eau. Bréval est abattu alors qu'il tentait d'atteindre un puits. Épuisé, le bataillon est contraint par le commandement à défiler devant un général. Sur le point de partir en permission, Demachy est renvoyé sur le front. Mortellement blessé, il agonisera toute une nuit sur le champ de bataille, avant de mourir au petit matin. » (source : Archives Françaises du Film du CNC.)

Commentaire : « Raymond Bernard, cinéaste spécialiste du film historique, est le premier Français à réussir la fusion entre un récit testimonial et les capacités du cinéma de fiction moderne. « Les Croix de bois », qui sort en mars 1932, est adapté du roman éponyme de Roland Dorgelès. L’énorme succès public du livre, publié au moment de sa démobilisation en avril 1919, a valu à son auteur une célébrité importante. L’impact du film, produit par Pathé-Nathan, est tout aussi considérable aussi bien en France qu’à l’étranger (son succès aux Etats-Unis est tel qu’il donna lieu à une nouvelle version en 1936 : « The Road to Glory », de Howard Hawks) […]. Soucieux du résultat de l’adaptation de son ouvrage, il (Roland Dorgelès) parvient à être associé de près à l’écriture du scénario et du découpage […] » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, pp 118-122.)

Sources : Fondation Jérôme Seydoux-Pathé ; Ciné-ressources ; Fonds Raymond Bernard (La SCAM).

Fonds d'origine : Pathé

L’Adieu aux armes, Frank Borzage, 1932, États-Unis.

Synopsis : « Italie. Le lieutenant Frederick Henry, Américain engagé volontaire dans l'armée italienne, est tombé amoureux d'une jeune infirmière anglaise, Catherine Barkley, qui soigne les blessés dans un hôpital militaire. Blessé au cours d'un engagement, le lieutenant Henry obtient, grâce à son ami, le major Rinaldi, d'être soigné par Catherine. Renvoyé sur le front, Henry assiste à la terrible débâcle des troupes italiennes devant Caporetto en octobre 1917. Pour retrouver Catherine et vivre avec elle, l'officier n'hésite pas à déserter. Il retrouve sa bien-aimée en Suisse dans une clinique où elle vient de mettre au monde l'enfant mort-né de leur amour. À son chevet, Henry supplie Catherine de s'accrocher à la vie. « Dans la vie comme dans la mort, nous ne serons jamais séparés » chuchote la jeune femme qui meurt dans les bras de son amant alors que retentissent les cloches annonçant la fin de la guerre. » (source : Ciné-club de Caen.) 

Commentaire : « […] Aussi beau soit-il, le film de Borzage ne retient pas grand-chose de l’œuvre en partie autobiographique du romancier américain, ni dans son histoire ni surtout dans son style. Il est en même, par bien des aspects, l’exacte antithèse. Stoïcisme d’Hemingway contre exaltation de Borzage. La retenue et la sécheresse de l’écriture de Hemingway cèdent la place au romantisme et au lyrisme de Borzage, sa fantaisie aussi comme en témoigne la scène de rencontre entre les deux futurs amants, autour d’une confusion éthylique et d’une chaussure de femme. Le cinéaste se sert du roman d’Hemingway comme d’un prétexte pour raconter une histoire d’amour fou en temps de guerre, entre un jeune engagé volontaire à la Croix-Rouge américain (Gary Cooper) et une infirmière britannique (Helen Hayes), sur le front italien. Le contenu scabreux pour l’époque – liaison et grossesse hors mariage, désertion, pacifisme – valut au film de sérieux déboires avec la censure catholique, surtout au moment de sa ressortie quelques années après sa première exploitation commerciale puisqu’il connut de nombreuses coupes qui le dénaturèrent complètement, avant que la version intégrale ne soit enfin rétablie à la fin des années 90. » (source : Olivier Père arte.tv, 17 février 2014.)

Sources : Ciné-ressources ; Patrick Brion, Le cinéma et la guerre de 14-18, Paris, Rives neuves éditions, 2013, page 104.

Source de l'image : The Film Daily, juillet-décembre 1932

L’Homme que j’ai tué, Ernst Lubitsch, 1932, Allemagne, États-Unis.

Synopsis : « Paris, 11 novembre 1919, le jour du premier anniversaire de l'Armistice. Paul Renard, un jeune Français, confie à un prêtre qu'il a tué un soldat allemand pendant la guerre, alors qu'il écrivait aux siens. Mais l'absolution de l'Église ne suffit pas à cet homme accablé de remords. Il part pour l'Allemagne afin d'obtenir le pardon de la famille de sa victime. Dans une petite ville de province, le docteur Hölderlin et sa femme vivent avec Elsa, la fiancée inconsolable de Walter, leur fils défunt. La jeune fille repousse les avances de Schultz, un voisin qui espère l'épouser. Lors d'une visite au cimetière, Mme Hölderlin console une autre mère éplorée. Paul assiste de loin à la scène. Le soir même, alors que la famille dîne, il sonne à leur porte. Puis il se ravise et s'éloigne. Peu après, Elsa, intriguée, le remarque en train de déposer des fleurs sur la tombe de Walter. Il rend enfin visite au docteur Hölderlin. Ce dernier, apprenant sa nationalité, le fait chasser. Mais Elsa arrive à temps pour le reconnaître. Paul prétend que Walter était son ami et décrit leur dernière nuit parisienne. Grâce à son récit, la famille revit de nouveau. Mais les racontars vont bon train et on soupçonne une histoire d'amour entre Elsa et Paul. À la taverne du coin, les sentiments anti-français de Schultz et de ses amis s'opposent au pacifisme et à l'appel à la tolérance du docteur Hölderlin. Malgré l'amour qu'il porte aux Hölderlin, qui l'ont accepté comme leur fils, Paul décide de partir. En lui confiant ses sentiments, Elsa lui lit la dernière lettre de Walter. Paul la termine de mémoire et avoue la vérité à la jeune fille. Cette dernière, qui l'encourage à ne pas fuir et à accepter l'offre des parents de Walter, l'empêche de leur révéler la vérité. À la veillée, Paul joue avec le violon de Walter et Elsa l'accompagne au piano. Les parents, comblés, songent à la vie meilleure qui les attend. » (source : Ciné-club de Caen.)

Commentaire : « […] Ernst Lubitsch a tourné ce sombre drame en plein coeur de sa période la plus gaie, au milieu de ses adaptations américaines d'opérettes européennes. […]. » (source : Edouard Waintrop, Libération Ecrans, 18 juin 2007.)

Source de l'image : The Film Daily

Baccara, Yves Mirande et Léonide Moguy, 1935, France.

Synopsis : « La belle Elsa est richement entretenue par un banquier louche et alors qu'elle est sur le point d'être impliquée dans une escroquerie, un ami lui propose un mari de paille. Ce dernier accepte le marché mais tombe éperdument amoureux de sa femme qui, acquittée lors du procès, lui rend bientôt son amour. » (source : Fondation Jérome Seydoux.)

Sources : Ciné-ressources

Okraïna, Boris Barnet, 1933, URSS.

Synopsis : « Alors que l'Allemagne vient de déclarer la guerre à la Russie, un vent patriotique souffle sur le faubourg d'une des petites villes frontalières tsaristes. Tous les hommes en état de se battre partent au front et découvrent la dure et terrible réalité des tranchées. Une idylle naît entre la fille d’un farouche nationaliste et un jeune prisonnier allemand. Les soldats fraternisent au son des nouvelles idées qui se propagent. La garde rouge gagne la petite ville, les ennemis d'autrefois deviennent frères, Octobre est là. Ce film est une des plus belles évocations de la marche triomphante de la Révolution. C'est aussi l’un des premiers films parlants soviétiques. » (source :  Université de Pau.)

Commentaire : Prix du programme des films soviétiques au Festival de Venise, 1934. «  Admiré aussi bien par Jean-Luc Godard que par Georges Sadoul, redécouvert par les cinéphiles des années 60-70, Boris Barnet (1902-1965), cinéaste soviétique, n’a pourtant pas trouvé une grande place dans les histoires du cinéma auprès de géants comme Eisenstein, Poudovkine et Dovjenko. Sans être méconnu, il est sous-estimé. […] Okraïna est le passage, réussi, au cinéma sonore, sur un sujet grave, les années 1914-1917, dans les faubourgs d’une petite ville et les tranchées du front. Là encore, Barnet filme des personnages du peuple, pris dans le mouvement de l’histoire et qui n’ont jamais de stature épique, édifiante. […] Okraïna n’a rien d’un film soviétique officiel. L’utilisation du son et de la musique, accordés au rythme et à la composition des images, marque l’épanouissement plus large du style cinématographique de la Fille au carton à chapeau. Barnet resta sans doute un artiste, un individualiste faisant entrer dans ses films, sans se préoccuper des stéréotypes d’un cinéma déjà stalinien dans les années 30. » (source : Jacques Siclier, Le Monde, 17 septembre 1983.)

Sources : Ciné-ressources ; Ciné-club de Caen ; Dictionnaire des films, Éditions Larousse ; Kinoglaz

Strosstrupp 1917, (Troupe de choc), Hans Zöberlein, 1934, Allemagne.

Synopsis et commentaire : « Stosstrupp 1917 est l'histoire de la Grande Guerre du point de vue allemand. Lewis Milestone avec A l’Ouest rien de nouveau avait été farouchement pacifiste et Westfront 1918 de G.W. Pabst 1918 ne l’est pas moins. Stosstrupp 1917 de Hans Zoberlein est également anti-guerre, mais il rend plus sympathique la guerre de tranchées. « À l’Ouest rien de nouveau » et « Westfront 1918 » sont universellement salués comme les deux plus grands films de la Première Guerre mondiale jamais produits. Cependant, l'omission de « Stosstrupp 1917 » dans ce panthéon est regrettable. À sa sortie le 20 février 1934, il remporta un énorme succès au box-office. Son scénario repose sur les propres mémoires de guerre de Zoberlein, « Der Glaube un Deutschland » ; œuvre pour laquelle Adolf Hitler a rédigé une préface. Ce film a été financé par le gouvernement nazi ; les troupes de la Wehrmacht et SA figurent au casting. Ce qui rend plus compréhensible son invisibilité depuis 1945. « Stosstrupp 1917 » a été interdit en Allemagne depuis la fin de l'ère nazie. Les copies qui ont circulé depuis ont été fortement censurées et réduites à moins de 90 minutes ; les dialogues militaristes ont disparus et son impact réaliste dilué (beaucoup de ses effets pyrotechniques, par exemple, ont été produits avec des munitions réelles et des explosifs). » (source : International Historic Films ; Internet movie data base ; BnF.)

Cessez le feu !, Jacques de Baroncelli, 1934, France.

Synopsis : « 11 novembre 1918. Le Cessez le feu vient de sonner. Les membres de l'Escadrille des Rapaces, capitaine Cartier en tête, fêtent l'événement. La plus franche camaraderie règne entre eux tous ; la vie civile peut les reprendre. Ils resteront toujours unis. Démobilisé, chacun rentre chez soi plein d'espoir, persuadé que l'avenir est aux anciens combattants. Cartier retrouve son amie Françoise, mais non pas sa situation d'avant guerre ; sa place a été prise pendant les hostilités. Il pourrait entrer chez un brasseur d'affaires ; la malhonnêteté de celui-ci le révolte. Il trouve enfin un emploi dans un journal, mais sa droiture, son amour de la vérité le poussent à écrire un article qui fait rompre un contrat de publicité. Il est renvoyé. Les difficultés d'argent s'accentuent. Françoise, lasse de cette vie, accepte la proposition du riche Clarac, l'ancien lieutenant de Cartier et l'épouse. Cartier devient représentant d'une compagnie d'assurances ; il espère que Baron, le constructeur d'avions, un de ses subordonnés de l'escadrille qu'il obligea souvent, lui donnera sa clientèle. Mais Baron n'a pas le temps d'écouter son ex-capitaine. Seuls deux anciens pilotes, de condition modeste, témoignent encore affection et reconnaissance à Cartier et s'efforcent de l'aider. Un soir, un banquet réunit les membres de l'ancienne escadrille. L'attitude de Cartier, si bon toujours, si droit, si noble dans son infortune, émeut ceux-là mêmes qui ont été ingrats envers lui. Ils cherchent ensemble le moyen de le secourir sans le vexer. Ils lui offrent de piloter l'avion que vient de construire Baron en vue d'un raid Paris-New-York et retour, mais lui laissent croire que cet appareil a été construit par eux tous à son intention. Ce n'est donc pas l'avion de Baron que Cartier conduit au triomphe, mais celui de l'Escadrille des Rapaces. » (source : Les fiches du cinéma 2001.)

Contexte : « Le film sort en 1934, alors que la société française est en pleine crise économique mais également politique (le film est diffusé peu de temps après la manifestation du 6 février 1934). Et si rien ne permet d’affirmer que Baroncelli est proche des ligues d’extrême droite, néanmoins certains relents idéologiques du film sont proches des idées défendues par le colonel de La Roque. » (source : Laurent Véray, la Grande Guerre au cinéma, p 104 ; Pour vous, N° 290, 7 juin 1934.)

Source : Ciné ressources

The Lost Patrol (Patrouille perdue), John Ford, 1934, États-Unis.

Synopsis : « En 1917, en Mésopotamie, un peloton de cavaliers anglais patrouille dans le désert. L'officier qui, seul, savait le but de la reconnaissance, est tué. Le sous-officier prend le commandement et veut ramener la troupe au camp. De loin les Arabes, invisibles, suivent la patrouille et la cernent dès qu'elle s'est arrêtée dans un oasis. Ils lui enlèvent ses chevaux. L'oasis devient une prison. La chaleur, l'immobilité forcée, l'inquiétude énervent les hommes ; ils sont dans une atmosphère de folie. Peu à peu, tous tombent, sauf le sergent qu'une colonne anglaise retrouve seul, près de dix tombes. » (source : Les fiches du cinéma 2003.)

Commentaire : « À coup sûr, l’un des vingt plus beaux films de toute l’histoire de cinéma, et parmi ceux de John Ford, celui que je préfère. […] Sans doute est-il devenu banal de chanter les louanges de Ford parmi les cinéphiles : on trouvera dans un numéro spécial dirigé par Bertrand Tavernier l’hommage que lui rend la jeune génération, ainsi qu’une filmographie des plus détaillée. Mais ceux qui aiment Ford, et qui le considèrent – comme Jean Mitry – l’un des grands metteurs en scène américains, sinon le seul qui jette sur le monde un regard à la fois simple et olympien, sans embarrasser le cinéma de ses obsessions personnelles, ne manqueront pas de revoir « la Patrouille Perdue » qu’une pudeur imbécile a longtemps éloigné de l’affiche de salles d’art et d’essai. En effet, le sujet s’inspire des derniers soubresauts de l’armée britannique au Moyen-Orient vers 1917, avant la folle équipée de Lawrence d’Arabie : autrement dit, « la Patrouille Perdue » appartient au cinéma de l’époque coloniale. Les héros en sont des soldats britanniques, perdus dans le désert de Mésopotamie, et peu à peu abattus jusqu’au dernier, par un ennemi invisible, diabolique et rusé. Craignant que cette forme de combat n’éveille des souvenirs pénibles chez n’importe quel ancien soldat du contingent dans les premières années de la guerre d’Algérie, certains conformistes ont mis le film de Ford à l’index, sous le vague prétexte de racisme. » (source : Henry Chapier, Combat, 19 juin 1965.)

Source : Ciné-ressources

Unternehmen Michael (L’Entreprise Michael), Karl Ritter, 1936, Allemagne.

Synopsis : « Ce film de guerre de propagande fait l’apologie du sacrifice pour l’Allemagne. L’Etat-major allemand, par une offensive au printemps 1918, tente de changer le cours d’une guerre presque déjà perdue. Afin que l’opération réussisse, la position à Beaurevoir doit être tenue coûte que coûte. Mais le bataillon assaillant parvenu jusque-là est complètement encerclé par les Anglais et subit une violente contre-attaque. Alors que le chef du bataillon est gravement blessé, le major zur Linden assume à son tour le commandement dans une situation désespérée. Pour lui, il n’y a qu’une seule chose à faire : repousser les Anglais. Par pigeon voyageur, il exige de son général qu’il prenne sa propre position pour cible d’artillerie, dans le but de tout anéantir. » (source : filmportal.de, texte traduit de l’allemand.)

Commentaire : «  […] C’est surtout L’Entreprise Michael de 1937 qui a fait sa réputation (celle de Karl Ritter) et qui est resté, grâce à la présence de Heinrich George en grand général, grâce à son réalisme de détail ainsi qu’à son intrigue extrêmement variée, un objet extraordinaire – en dehors de son aspect film de propagande nazie – car il porte un « message » de renouveau des « cendres » de la Grande Guerre. » (source : Christophe Gauthier, David Lescot, Laurent Véray, Une guerre qui n’en finit pas : 1914-2008, Paris, Complexe, Toulouse, Cinémathèque de Toulouse, 2008, pp. 155-160.)

Source : Ciné-ressources

The Road to Glory, (Les Chemins de la gloire), Howard Hawks, 1936, États-Unis.

Synopsis : « 1916, quelque part en France. Le capitaine Laroche reçoit l'ordre de partir pour le front avec sa compagnie. Il fait ses adieux à Monique, une infirmière bénévole dont il est amoureux. Peu après, le village est bombardé par un dirigeable. Monique se réfugie dans une cave où se trouve le lieutenant Michel Denet qui joue du piano. Il tente sans succès de la séduire. Denet se présente au quartier général et devient chef de section sous les ordres de Laroche. Montés au front, ils relèvent une compagnie dont un homme agonise sur les barbelés. Denet envoie deux hommes pour le sauver. Au péril de sa vie, il ramène l'un d'eux dans la tranchée après qu'ils aient été mitraillés par les Allemands. Laroche fait la seule chose qui restait à faire : il abat l'agonisant au pistolet. Les hommes ne tardent pas à s'apercevoir que les Allemands creusent un tunnel sous leurs casemates pour les dynamiter. Tant qu'ils entendent les Allemands creuser, ils se savent en sécurité. Le jour de la relève arrive, et c'est à la compagnie qu'ils avaient remplacée qu'ils annoncent l'explosion imminente. Au petit jour, alors que la compagnie a tout juste regagné l'arrière, l'explosion a lieu tuant toute la compagnie qu'ils venaient de quitter. De retour au village, Denet retrouve Monique. Après l'avoir éconduit, elle tombe amoureuse à son tour ». (source : Ciné-club de Caen.) 

Commentaire : « « Des Croix de bois » à « The Road to glory », on assiste à une sorte de déconstruction de la figure habituelle de la victime émissaire, à un transcodage de son statut, et, par voie de conséquence, à un réajustement de sa signifiance. […]. » (source : Monique Carcaud-Macaire, Les Croix de bois comme trace et invention discursive. La problématique de l’appropriation de la mémoire par le représentation littéraire ou filmique, in Les Cahiers de la Cinémathèque, n° 69, novembre 1998.)

Sources : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay, 2008, p 118 ; Ciné-ressources ; Film Weekly, vol. 16, n° 420, octobre 1936 ; Kinematograph Weekly, n° 1538, octobre 1936 ; Monthly Film Bulletin, vol. 3, n° 34, octobre 1936.

J'Accuse, Abel Gance, 1937, France.

Synopsis et commentaire : « Son second « J’accuse », réalisé en 1937, est sans doute le film qui va le plus loin dans la tentative de convaincre l’opinion publique de sauver la paix. Tout en évitant le point culminant de son rapport à la Grande Guerre, c’est également une sorte de synthèse de ses convictions idéalistes. […] Gance évoque la montée des périls pour justifier son nouveau film. […] En tout cas, Gance, qui a une croyance sincère dans le pouvoir du cinéma, pensait que son film pourrait modifier le cours de l’Histoire […]. Ce « J’accuse » de 1937 n’est pas un remake de celui de 1918. L’histoire se passe vingt ans plus tard. Certes, on y retrouve le personnage de Jean Diaz, joué par Victor Francen. Mais cet ancien « nettoyeur de tranchée » […], rescapé du carnage, n’est plus un poète. C’est un ingénieur qui croit que la science peut servir la paix, alors que tout autour de lui tout prouve le contraire. »

Sources : Ciné-ressources ; Laurent Véray, Les images d’archive face à l’histoire, Scérén-CNDP, 2011, pp 129-130 ; Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay, 2008, pp 132-136.

Fonds d'origine : Cinémathèque de Toulouse

La Grande illusion, Jean Renoir, 1937, France.

Synopsis : Le capitaine de Boeldieu et le lieutenant Maréchal sont tombés en avion dans les lignes ennemies. Dans le camp des prisonniers où ils sont internés avec d'autres officiers, ils cherchent à s'évader. Tellement qu'à la suite de plusieurs tentatives malheureuses, ils sont transportés dans une forteresse où un officier allemand gémit d'être, par suite de blessures reçues au front, contraint à cette fonction de garde-chiourme. Pour faciliter l'évasion de Maréchal et d'un compagnon, de Boeldieu provoquera un incident, attirera sur lui l'attention de ses gardiens et mourra de son dévouement, tandis que Maréchal et l'autre officier gagneront la Suisse. (source : Les fiches du cinéma 2001.)

Contexte : « Sorti à Paris durant l’été 1937, un an après l’arrivée au pouvoir du Front Populaire, et pendant l’Exposition universelle, son succès public et critique fut foudroyant. […] L’analyse des réactions que le film suscite est un bon indicateur de l’emprise mémorielle de la Grande Guerre sur les contemporains et de la façon dont il cristallise parfaitement la représentation qu’ils s’en font. Ce n’est pas un hasard, en effet, si c’est le seul film sur le sujet qui fait alors l’humanité sur le plan politique : à gauche on y décèle des accents pacifistes ; à droite une vigueur nationaliste. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, pp. 109-110, 127, 132, 136.)

Sources : La Grande illusion de Jean Renoir ; Ciné-ressources

Mademoiselle Docteur ou Salonique, Nid D'Espions, G. W. Pabst, 1937, Allemagne.

Synopsis : « Mademoiselle Docteur est une espionne au service de l'Allemagne qui opère dans les milieux de l'Etat-major français. Le chef du 2e bureau a réussi à faire arrêter Coudoyan, un espion ennemi qui, pour avoir la vie sauve, livre la liste des agents du contre-espionnage. On retrouve Mlle Docteur sous la fausse identité d'une journaliste américaine. Elle parvient à faire bombarder la ville par des avions ennemis. Mais Coudoyan l'a dénoncée. Elle réussit à fuir, poursuivie par les Français. Un accident d'auto lui permet de leur échapper, mais la commotion lui fait perdre la raison. » (source : Les fiches du cinéma 2001.)

Contexte : « Réalisé en France en 1936, il est interdit en 1940 et sort à nouveau en 1946 dans une version plus courte de 500 m et sous le titre de Salonique, nid d'espions. C'est cette version de l'œuvre de Pabst que les Archives ont restaurée en 1992, à la suite d'un considérable travail de reconstitution ». (source : Archives Françaises du Film du CNC.)

Sources : Laurent Véray, la Grande Guerre au cinéma, Paris, Ramsay, 2008, p 131 ; Ciné-ressources

Le Temps des cerises, Jean-Paul Le Chanois, 1938, France. 

Synopsis : « À travers le destin de deux familles, aux origines sociales opposées, et au cours de quatre époques (1895, 1900, 1914, 1937) « Le temps des cerises » évoque plus de quarante ans d’histoire sociale et politique. La famille prolétaire, les Ravaux, comprend une branche rurale (des paysans sans terre) et une branche citadine parisienne, travaillant dans le bâtiment de génération en génération, et dans la mécanique, tandis que la famille bourgeoise, les Brérault possède usines, immeubles et chasses. Trois expositions universelles, celles de 1889, qui vit se construire la Tour Eiffel, celle de 1900, au cours de laquelle le grand-père Ravaux fait une chute mortelle, celle de 1937 où apparaissent des plans du pavillon soviétique et la guerre de 1914-1918. Ces périodes servent de trame à ce film dont la finalité consiste à évoquer le combat pour le droit à la retraite qui était un thème que le Parti Communiste défendait, depuis sa conférence nationale de Montreuil, les 22 et 23 janvier 1937. À l’image de « La vie est à nous », le film se termine en intégrant des séquences documentaires provenant d'un meeting revendiquant un sort meilleur pour les vieux travailleurs. (source : Autour du 1er mai.)

Contexte : « Distribué commercialement et interprété par des acteurs professionnels, cette fiction didactique - comprenant des plans documentaires - était destinée à appuyer la campagne du parti communiste en faveur d'une retraite pour les vieux travailleurs. Alors que la dynastie Brérault et ses héritiers apparaît comme totalement odieuse, la famille Ravaux incarne des prolétaires simples et honnêtes. Seul le dernier d'entre eux, Pierrot, est militant communiste. Le parti communiste n'apparaît d'ailleurs ouvertement que lors du meeting en faveur des vieux et sous les traits d'un secrétaire de section qui apporte son soutien à Gaston Ravaux, après que celui-ci a été renvoyé (il lui offre le fruit d'une collecte ainsi qu'une gerbe symbolisant les quarante heures). L'Église est incarnée par un prêtre, certes du côté des humbles paysans, mais impuissant face à l'injustice. « Le Temps des cerises » connut un relatif succès critique et public (en salle). » (source : Ciné-archives-Fonds audiovisuel du PCF.)

Visionner le film : Le Temps des cerises sur le site du Forum des images. Film restauré par les Archives Françaises du Film du CNC

Paradis perdu, Abel Gance, 1939, France.

Synopsis : « Une idylle entre Pierre Leblanc, un jeune peintre pauvre, et Janine, une petite couturière parisienne. Ils s'épousent. Mais la guerre éclate et Pierre part. Un jour, il apprend la naissance d'une ravissante fillette, mais en même temps la mort de sa femme. Accablé, il pense à son paradis perdu. Il charge une brave femme, son ancienne concierge, d'élever sa fille qu'il ne peut se résigner à voir, la considérant comme l'auteur de la mort de sa femme. Les années ont passé. Il éprouve le besoin de voir sa fille et il retrouve dans Jeannette sa femme bien-aimée. Désormais, il reporte sur sa fille toute l'affection qu'il témoignait à sa compagne. Il ne vivra que pour elle, refusant de refaire sa vie dans un nouveau mariage. » (source : Les fiches du cinéma 2001.)

Commentaire : « Le fait est que le film que nous donne aujourd’hui Abel Gance, Le Paradis perdu, est un ouvrage qui ne révèle pas la moindre trace de mégalomanie, tel que tout le monde peut (ou pourrait) en faire sur un sujet qui ne met rien de trop grandiose en scène, mais simplement par des événements de série, qu’on me passe l’expression. Je crois bien que c’est la première fois qu’Abel Gance adopte un scénario qui ne comporte pas de superlatifs absolus, d’hyperbole, de majuscules et d’extases, ni, d’ailleurs, d’appels trop insidieux au cœur larmoyant du public. Voilà donc, semble-t-il la première fois qu’on puisse juger objectivement de ses qualités et de ses défauts. Eh bien, on est ravi qu’Abel Gance passe le mieux du monde cet examen. Le Paradis perdu, est un film de bonne facture, qu’on ne vantera pas comme le chef d’œuvre de ce metteur en scène, ni comme un chef-d’œuvre tout court, mais qui a un ton personnel, un style plein d’alacrité, un caractère profondément humain. » (source : Les Nouveaux temps 23/12/1940.) Film consultable aux Archives Françaises du Film à Bois d'Arcy ; CNC à la BnF ; Cinémathèque de Grenoble.

Sources : Ciné-ressources ; Le Quotidien de Paris du 06/01/1984 : p.1 ; Télérama du 08/11/1964 : p.1, p.2

Sergeant York, Howard Hawks, 1941, États-Unis.

Synopsis : « Au temps de la Première Guerre mondiale, un mauvais garçon, touché par la foi, refuse d'aller se battre. Puis, convaincu à son tour du bon droit et de la justesse de la cause de son pays, accepte de partir pour le front de France où il se couvre de gloire. » (source : Les fiches du cinéma 2003.)

Contexte : « Adapté de la biographie d’Alvin C. York, paysan du Tennessee qui, s’illustrant sur le front européen en 1918, devint une véritable gloire nationale, ce film américain est étroitement lié aux enjeux de l’engagement des Etats-Unis contre le nazisme. Pour servir la cause interventionniste qui avait besoin de modèles et de légendes, Hawks réactualise les actions d’éclat de la Grande Guerre. De fait, sa représentation très héroïque des combats, avec la bravoure de York qui tue les soldats allemands comme de vulgaires volailles, et la duplicité de ces derniers qui font sournoisement semblant de se rendre pour tirer sur leur adversaire, renoue avec les stéréotypes de la culture de guerre en 14-18. Bien sûr, cette production hollywoodienne, qui eut un succès public phénoménal en Amérique, ne fut pas projeté dans la France occupée. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, p. 139.) « Accessoirement, Gary Cooper avait obtenu l’oscar 1941 pour ce film, mais à l’époque cela ne signifiait pas grand-chose pour un spectateur français. […] Non seulement l’acteur n’a pas volé son oscar, mais il est intéressant de savoir que le film de Hawks fut, aux Etats-Unis, le plus grand succès commercial de l’année 1941. Il fait mieux comprendre l’enthousiasme avec lequel les GI s’embarquèrent pour des théâtres d’opération lointains qui, à première vue, ne les concernaient guère. Les malheurs de la France de 1941 devaient leur paraître bien vagues et abstraits, et on n’était plus au temps naïf de « Lafayette nous voilà ». Howard Hawks avait bien servi les desseins belliqueux du président Roosevelt. Mais les spectateurs de 1945 ne devaient pas tellement s’en soucier et aujourd’hui, cela nous est assez égal. Il reste qu’à eux comme à nous, Sergent York apparut pour ce qu’il était : un grand film américain. À l’époque, c’était beaucoup dire ». (source : Philippe d’Hugues, Le Figaro, 25.08.2005.)

Source : Ciné-ressources

Colonel Blimp, Michael Powel, 1943, Angleterre.

Synopsis : « Candy, un Anglais et Théo, un Allemand, se sont liés d'amitié au temps de la guerre des Boers, à la suite d'un duel. Ils se retrouvent en 14-18 d'abord, Théo étant prisonnier de guerre ; en 1940 ensuite, Théo farouchement anti-nazi, ayant cherché refuge en Angleterre. Quand la guerre éclate, Candy est toujours dans l'armée active. Il a conservé son vieil idéal de « fair play » que ses supérieurs ne considèrent plus comme possible étant donné la mentalité de l'ennemi. Comme on lui retire son commandement, Théo lui fait comprendre les dures exigences de la « guerre totale » et il se résigne. » (source : Les fiches du cinéma 2003.)

Commentaire : « Maigrichonne pour les sorties nouvelles, la semaine cinématographique est en revanche riche en surprises. La plus curieuse, sans doute, est ce « Colonel Blimp » tourné en 1943 par le tandem britannique Michael Powell et Emeric Pressburger, découvert en France dix ans après et très peu exploité depuis. » (source : Annie Coppermann, , Les Echos, 6 avril 1992.)

Source : Ciné-ressources

Le Diable au corps, Claude Autant-Lara, 1946, France.

Synopsis : « Nogent-sur-Marne, 1917. Marthe Grangier, jeune infirmière à l'hôpital complémentaire du lycée, fait la connaissance de François Jaubert, un grand lycéen. Un amour irrésistible les attire l'un vers l'autre, et pourtant Marthe est fiancée à Jacques Lacombe qui se bat courageusement quelque part sur le front. François, dont les études sont compromises, est envoyé en province par son père. Lorsque le jeune homme revient à la rentrée des classes, Marthe est mariée. Cependant, la liaison de Marthe et de François n'est un secret pour personne. Bientôt elle attend un enfant. L'époque de la naissance approche. Pour atténuer le scandale, la mère de Marthe décide de l'envoyer en Bretagne. Les deux amants passent une dernière soirée ensemble lorsqu'arrive la nouvelle de l'armistice. La jeune femme se trouve mal. Ramenée d'urgence chez sa mère, elle meurt en mettant un garçon au monde. » (source : Les fiches du cinéma 2001.)

Commentaire : « […] Un récit où il ne s’agit pas de faire le procès de la femme infidèle, comme l’avaient fait tant de soldats pendant et après la Grande Guerre, mais qui montre au contraire le conflit comme la condition même du bonheur éphémère des héros. Il porte sur le décalage entre le monde combattant et celui de l’arrière, critiquant sévèrement la famille, la religion et la patrie. La portée résolument pacifiste et libertaire de l’œuvre, ainsi que le ton adopté, expliquent le scandale qu’elle provoque lors de sa sortie. » (source : Laurent Véray, La Grande Guerre au cinéma, Ramsay Cinéma, 2008, pp. 141-144.) « Le rythme est parfois ralenti par un style trop abondamment descriptif et le rappel des événements par tranches – pour brillante que soit son exécution technique – ne paraissait nullement devoir s’imposer. Mais ces critiques n’entament l’immense admiration que nous inspire cette œuvre dont la réalisation place d’emblée le metteur en scène du Mariage de chiffon et de Douce au niveau des meilleurs artisans du cinéma. » (source : Raymond Barkan, Action, 17 septembre 1947.)

Source : Ciné-ressources

Paris 1900, Nicole Vedres, 1947, France.

Synopsis : « Chronique de la vie de Paris entre 1900 et 1914 réalisée à l'aide de documents d'époque et d'extraits de plus de 700 films. Ce film est considéré comme un modèle de montage. Alain Resnais y travailla comme assistant. Sources d'archives : Gaumont et Pathé mais aussi de nombreuses autres sources rachetées depuis par Les Films du Jeudi. » (source : Gaumont Pathé archives.)

Commentaire : Prix Delluc en 1947. « De l'Exposition de 1900 à la Grande Guerre : manifestations, inaugurations, vedettes de la vie politique, artistique, mondaine. Un commentaire bien composé relie cette suite de vues d'un intérêt historique réel. » (source : Les fiches du cinéma 2001.) « […] Après une recherche longue et minutieuse dans les cinémathèques et les collections d’amateurs, l’équipe de Paris 1900 a rassemblé environ 300 films, d’actualités mais aussi de fiction, tournés entre 1895 et 1914, en d’autres termes couvrant la période dite du « cinéma des premiers temps. […] Le montage s’attache à faire apparaître la réalité sociale derrière les apparences. D’ailleurs, Paris 1900 se termine par l’annonce de la mobilisation, en août 1914, et le départ dans la joie, gare de l’Est, de jeunes soldats dont on imagine qu’ils ne reviendront pas de ce voyage. En définitive, le film montre que la fuite en avant vers le progrès, la modernité et l’insouciance, qui caractérise la fin du XIXe siècle et le début du XXe , et dont le cinéma rend compte à sa façon, a mené directement à l’effroyable carnage de la Grande Guerre. » (source : Laurent Véray, Les images d’archives face à l’histoire, Chasseneuil du Poitou, CNDP, 2012, pp. 146-147.)

Source : Ciné-ressources

  • The Four Horsemen of the Apocalypse (Quatre cavaliers de l’Apocalypse), Rex Ingram, 1921.
  • The Big Parade (La Grande Parade), King Vidor, 1925.
  • What Price glory ?, Raoul Walsh, 1926.
  • The Seventh Heaven (l'Heure suprême), Frank Borzage, 1927.
  • Der Welkrieg, ein historischer Film (la Grande Guerre), film documentaire, Leo Lasko, 1927.
  • Mare Nostrum, Rex Ingram, 1927.
  • La Chute de la dynastie Romanov, film documentaire, Esfir Choub, 1927.
  • Les Derniers Jours de Saint-Pétersbourg, Vsevolod Poudovkine, 1927.
  • Le film du poilu, Henri Desfontaines, 1928.
  • Verdun, visions d’histoire, Léon Poirier, 1928.
  • Dawn, Herbert Wilcox, 1928.
  • Espionnage ou la guerre sans armes, Jean Choux	, 1928.
  • À l'Ouest rien de nouveau, Lewis Milestone, 1930.
  • The Dawn Patrol (La Patrouille de l’aube), Howard Hawks, 1930.
  • Agent X 27, Josef von Sternberg, 1931.
  • Les Croix de bois, Raymond Bernard, 1931.
  • L’Adieu aux armes, Frank Borzage, 1932.
  • L’Homme que j’ai tué, Ernst Lubitsch, 1932.
  • Baccara, Yves Mirande et Léonide Moguy, 1935.
  • Okraïna, Boris Barnet, 1933.
  • Strosstrupp 1917, (Troupe de choc), Hans Zöberlein, 1934.
  • Cessez le feu !, Jacques de Baroncelli, 1934.
  • The Lost Patrol (Patrouille perdue), John Ford, 1934).
  • Unternehmen Michael (L’Entreprise Michael), Karl Ritter, 1936.
  • The Road to Glory, (Les Chemins de la gloire), Howard Hawks, 1936.
  • J'Accuse, Abel Gance, 1937.
  • La Grande illusion, Jean Renoir, 1937.
  • Mademoiselle Docteur Salonique, Nid D'Espions, G. W. Pabst, 1937.
  • Le Temps des cerises, Jean-Paul Le Chanois, 1938.
  • Paradis perdu, Abel Gance, 1939.
  • Sergeant York, Howard Hawks, 1941.
  • Colonel Blimp, Michael Powel	, 1943.
  • Le Diable au corps, Claude Autant-Lara	, 1946.
  • Paris 1900, Nicole Vedres, 1947.
informations
Auteur
  • Mission du Centenaire et Nadège Mariotti
Diaporama (série d'images thématique)