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Été 1915 : Un casque et du bleu dans les tranchées

Uniforme bleu horizon
© Historial de la Grande Guerre de Péronne
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Indiscutablement, lorsque nous pensons à la Première Guerre mondiale, nos esprits voient se dresser un soldat français tout vêtu de bleu et coiffé d’un casque épousant parfaitement le haut de son crâne. Cette couleur bleu horizon reste et restera celle de nos ancêtres tapis dans les tranchées. Les soldats de classe 1915, arrivant dans les tranchées avec ce nouvel uniforme, seront surnommés par les poilus de classe 1914 « bleuets ». Le symbole (si fort) perdure avec l’insigne que beaucoup agrafent sur la poitrine chaque 11 novembre.

Bien entendu, le pantalon rouge garance (qui date de 1867) ou encore le képi recouvert d’un manchon de couleur terne qui, ont accompagné les Français au cours des violentes campagnes de 1914 et du début de 1915, sont également des uniformes connus. Cependant, leur caractère peu adéquate voire obsolète sur le champ de bataille les mettront hors d’usage. Oui c’est un fait : la grande majorité des soldats français n’a tout simplement pas de casque pendant des mois de combat et il faut attendre les grandes offensives de septembre 1915 pour avoir une distribution honorable du fameux casque dit Adrian. Cette nouvelle coiffure fête par conséquent ses 100 ans et permettra de sauver de nombreuses vies et sera même adoptée par de plusieurs armées alliées.

Un nouvel uniforme tout bleu

Dès 1889, des essais d'uniformes, d'équipements et de couvre-chefs ont été proposés et même expérimentés, mais l'opposition est forte, le coût financier important et les indécisions ministérielles constantes. L’invisibilité du soldat n’est pas jugée indispensable et l’état-major croit encore à la valeur et au symbole du corps exposé et vertical du soldat.

Dès le début de la Première Guerre mondiale, le gouvernement français juge enfin nécessaire d’adapter de nouveaux uniformes à son armée. Teint à l’aide de colorants chimiques, le drap de troupe ne correspond plus du tout aux attentes d’un conflit au XXe siècle. De plus, dès les premiers combats, il est indéniable que le pantalon rouge, par conséquent très visible, est une cible parfaite pour l’adversaire, lui, tout de gris vêtu. L’ensemble pèse en tout 30 kg ce qui handicape clairement les mouvements du soldat. Par décret du 27 Juillet 1914, le ministre de la guerre Adolphe Messimy prend la décision de changer l’uniforme français avec des couleurs plus ternes. Suite aux terribles pertes durant la Bataille de la Marne, l’état-major prend la décision d’adopter la couleur bleu horizon, mélange de laine blanche (35%), bleue foncée (15%) et bleue claire (50%). Les grandes manufactures lainières du nord de la France étant occupées par l'ennemi, les alliés britanniques ont par conséquent proposé la teinture violacée indigo (jugée plus difficile à apercevoir). Le bleu clair s'impose tout naturellement, plus connu sous le nom de « bleu horizon ». Même si l’indigo, colorant naturel, est facilement disponible sur le marché, la nouvelle tenue, dessinée par le couturier Paul Poiret, mettra cependant un temps considérable à vêtir les millions d’hommes postés sur le champ de bataille du fait de difficultés de transport et de prises de décisions fermes.

En août 1915, le nouvel uniforme est définitivement adopté mais seulement généralisé qu’à l’automne 1916. A cause de la pénurie, les uniformes arriveront sur le front au compte-goutte. Toutes les troupes métropolitaines et coloniales devront se vêtir avec la nouvelle tenue (à l’exception de l’Armée d’Afrique qui a droit à son propre uniforme kaki tirant sur le jaune moutarde). Le bleu horizon ne sera pas totalement apprécié par les poilus car la couleur résiste mal à la lumière et aux intempéries et dès les années 20, le bleu est remplacé par un uniforme proche du kaki de l’armée américaine même si certains soldats de 1940 l’utiliseront encore à l’arrière du front.

Le casque Adrian, un couvre-chef populaire

La différence la plus visible entre le soldat allemand et le soldat français durant les premiers mois de la Grande Guerre est dans l’importance qu’ont mis chacune des armées à protéger les têtes de leurs hommes. Face au casque à pointe, le képi garance est de peu d’utilité pour le poilu. En 1914, 77% des blessures pour les combattants français ont été infligées à la tête. 88% de ces blessures sont mortelles. Seuls les cavaliers devenus fantassins sont pourvus de casques. Afin de corriger le tir, l’état-major distribue en premier lieu des cervelières qui se plaçaient sous le képi. Le résultat est peu concluant. Peu protectrice et donnant des maux de tête, les soldats français l’utilisent comme ustensile de cuisine, bol à raser ou récipient à cartouches.

Après avoir consulté le peintre Georges Scott pour la conception d’un vrai casque d’acier, l’état-major trouve enfin la protection appropriée et à bas coût. Louis Adrian, sous-intendant militaire, qui avait déjà proposé l’utilisation de la cervelière, s’inspire cette fois-ci de la bourguignotte, casque médiéval. Comme pour l’uniforme, la nouvelle coiffure est de couleur bleu horizon et se montre efficace pour amortir les chocs et protéger la tête du soldat contre les éclats d’obus. Des usines telles que Japy, Reflex ou encore Jouets de Paris vont se mobiliser pour distribuer des millions de casques dès 1915. Peints en bleu brillant, les premiers couvre-chefs brillent avec les reflets du soleil. Les soldats l’enduisaient alors de boue mais les projections de terre séchée, lors d'une blessure à la tête, facilitent l'infection des plaies. Le procédé est donc interdit et un couvre-casque en tissu est temporairement adopté à compter de novembre 1915. Avec le choc des gueules cassées, des visières furent également imaginées afin de protéger le visage du soldat mais furent relativement peu utilisées et gênent lors du port du masque à gaz. Le casque Adrian est dès le début considéré par l’état-major comme une protection indispensable et décore son auteur de la Légion d’honneur en octobre 1915. Souhaitant également s’adapter à la guerre des tranchées, l’armée allemande remplacera elle aussi le casque à pointe pendant la Bataille de Verdun pour le Stahlhelm, disposant d’un acier plus résistant.

D’une modernité incontestable, le casque Adrian sera également adopté par d’autres membres de l’Entente comme les Italiens, les Russes ou les Serbes et même par la Croix rouge et de nombreux sapeurs-pompiers le conserveront jusque dans les années 1980.