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« Les Godillots » d’Olier et Marko : le ravitaillement dans la Grande Guerre

Extrait du tome 1 des Godillots "Le Plateau du Croquemitaine"
© éditions Bamboo
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

À l’occasion de la sortie en février 2016 du nouveau tome de la série, Le Tourniquet de l'enfer, qui a reçu le label Centenaire, retour sur l’univers des Godillots qui met en scène avec humour l’histoire d’une escouade sur le front ouest de la Première Guerre mondiale.

Synopsis

Au cours de la Grande Guerre, dans une escouade de seconde ligne, Palette et Le Bourhis sont deux soldats chargés de s’occuper de la « roulante », la cuisine itinérante qui permet de préparer le ravitaillement des combattants situés en première ligne. Pour y acheminer la nourriture, ils doivent traverser une zone de no man’s land placée sous le feu d’un mitrailleur ennemi surnommé « Le Croquemitaine ». Ils vont y faire une rencontre inattendue et mettre au jour une sinistre combine au sein de la tranchées B12.

L’histoire du Plateau du Croquemitaine, prélude de la série qui compte également L’Oreille coupée (2012), Le Vol du Goéland (2013) et Le Tourniquet de l’enfer (à paraître), permet au lecteur de se familiariser avec le quotidien des Poilus, qu’il découvre à travers les diverses corvées de la vie quotidienne affectées aux personnages. Malgré son ton humoristique, la série rend compte à travers les dessins à l’aquarelle de la triste réalité de la vie quotidienne dans les tranchées et aborde des sujets de fonds, comme l’abandon ou le ravitaillement.

Le ravitaillement dans la Grande Guerre, une priorité des armées

Un enjeu décisif jusqu’à la fin du conflit

La question du ravitaillement des populations civiles et militaires est devenue très tôt un enjeu prioritaire pour les gouvernements des pays belligérants. En effet, les hostilités débutées sous la forme d’une guerre de mouvement en 1914 se transforment rapidement en guerre de position. Les premières tranchées apparaissent tandis que débute la course à la mer lorsque les Allemands, après l’échec du plan Schlieffen, tentent d’atteindre les ports de Dunkerque, Calais et Boulogne-sur-Mer pour couper les Anglais de leurs bases d’approvisionnement.

Cette situation a des conséquences sur le pays. Deux millions d’actifs agricoles ont été mobilisés sur les 5,4 millions d’avant-guerre et près de 2,5 millions d’hectares agricoles ont été perdus lors de la stabilisation du front, notamment dans le Nord-Est de la France où les rendements agricoles étaient supérieurs à la moyenne. Il faut donc importer massivement. En France, les difficultés d’approvisionnement et l’inflation conduisent en mars 1917 à la création du Ministère du Ravitaillement général et des travaux publics. Ce dernier fixe le prix maximal des produits de première nécessité comme la viande, le pain, le sucre, les céréales, le vin … en s’efforçant de les répartir équitablement entre les populations civiles et militaires.

La ration du soldat

Au front, la ration du soldat se compose généralement de 700 grammes de pain, 500 grammes de viande, 100 grammes de légumes, du café, du lard pour la soupe et du vin. Ce dernier participe au soutien du moral des troupes. En octobre 1914, il est décidé que la distribution du vin, interdite en temps de paix, s’élève à un quart de litre quotidien. Cette ration est complétée par un autre quart remboursable, qui devient gratuit par un vote du Parlement en 1916.

La ration du soldat est livrée à l’arrière du front par des autobus parisiens, puis acheminés au front par les cuisiniers et les volontaires. Un soldat est généralement désigné dans chaque compagnie pour la corvée de ravitaillement. Chacun part avec des bidons jusqu’à la cuisine régimentaire appelée « la roulante », puis la nourriture est livrée en première ligne. Il est fréquent que le ravitaillement ne parvienne pas aux troupes ou qu’il soit incomplet. Les soldats disposent alors de réserves de biscuits et du corned-beef en boîte, qu’ils appellent du « singe ». Ils peuvent également puiser pour certains dans les colis de victuailles que leur envoient leurs familles, qu’ils partagent souvent avec leurs camarades.

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