Autour de la Grande Guerre > Archeologie > Le double destin du tank Deborah

Le double destin du tank Deborah

Deborah, telle qu'elle fut redécouverte en 1998.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Passionné par l’histoire de la Première Guerre mondiale et celle des tanks, un Cambrésien localise en 1998 à Flesquières (10 km au sud-ouest de Cambrai) l’emplacement d’une épave enterrée de char britannique. Les archéologues exhument dans la foulée un témoin unique de la bataille de Cambrai bientôt présenté au grand public.

Le 20 novembre 1917, la bataille de Cambrai qui commence alors voit l’emploi en masse des chars d’assaut. Le tank britannique Deborah 51, parmi les 476 engagés du Tank Corps, est abattu de cinq tirs d’obus à la sortie du village de Flesquières. Quatre des huit membres d’équipage du tank sont tués. 

Entérée (par les Anglais eux-mêmes, début 1919) et oubliée, ce n'est que 80 années plus tard que Deborah fut redécouverte, grâce à l'historien local Philippe Gorczynski, après six années de recherche. L’étude de nombreuses sources, dont des photographies aériennes de 1918, ont permis de localiser précisément le lieu d’enfouissement. Le service régional de l’archéologie et le service archéologique municipal d’Arras apportent leur soutien technique à la réalisation de sondages préliminaires. Le 5 novembre 1998, les équipes atteignent l’écoutille du char à 2 mètres de profondeur et peuvent pénétrer à l’intérieur. Exception faite de son avant droit détruit par un obus, le blindé type « Mark IV female » était quasi complet. Seules quelques pièces avaient été récupérées et le char, entouré de plaques de tôles bien disposées, avait servi un temps d’abri enterré.

L’exhumation complète du char est terminée le 20 novembre 1998. L’identification précise du char a pu être effectuée grâce à l’étude des pertes des bataillons (D et E sur Flesquières) et à une photographie envoyée par le Tank Museum de Bovington. Il s’agissait d’un tank du bataillon D., le D. 51 nommé « Deborah » (chaque engin recevait alors un nom de baptême commençant par la lettre du bataillon auquel il était affecté). Le char a été ensuite déplacé dans une grange achetée à cet effet, avec l’aide de l’armée britannique, qui a également participé à retirer ses marques d’oxydation.

Seuls quelques très rares exemplaires de chars de la Première Guerre mondiale subsistent à travers le monde. Il n’existe à ce jour que cinq exemplaires de tanks Mark IV. Plus ou moins réaménagés notamment pour des questions muséographiques, ils n’offrent pas les caractéristiques originales des engins destinés au combat. Les fouilles entreprises sur Deborah ont permis d’observer in situ caissons de pièces détachées, graisseurs ou panneaux de signalisation. Son aspect endommagé par de nombreux impacts d’obus souligne l’extrême violence des combats et permet d’imaginer la vie très particulière des équipages des premiers chars.

Fabriquée à Oldbury, près de Birmingham, Deborah D51 mesurait 8,5 mètres de long, 3,5 mètres de large, et pesait plus de 26 tonnes. Pilotée par huit membres d'équipage, équipée de 6 fusils-mitrailleurs Lewis, sa vitesse maximale ne dépassait guère les 6 km/h, faisant d'elle une cible facile pour l'ennemi, en dépit de son armure renforcée.

Dès son exhumation, une association a vu le jour afin de participer à la préservation, à la conservation et à la promotion de ce « grand témoin » de la bataille de Cambrai. Le char de Flesquières a été classé monument historique le 14 septembre 1999. À l'occasion du centenaire de la bataille de Cambrai, un centre d'interprétation sera prochainement inauguré dans le village de Flesquières, spécialement conçu pour accueillir Deborah.

Article réalisé à partir de l'ouvrage L’archéologie de la Grande Guerre, écrit par Yves Desfossés, Alain Jaques et Gilles Prilaux, Editions Ouest-France/Inrap, 2008.