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Le temps de la guerre, 1914-1919

Les récits publiés pendant la guerre et dans l’immédiate après-guerre portent le sceau de l’événement. Massivement mobilisés ou engagés volontaires, la plupart des hommes de lettres cherchent à exercer leur métier et à poursuivre leur œuvre, malgré tout. Ils ressentent un besoin vital de raconter mais ils doivent aussi répondre aux attentes d’un public avide de savoir et désireux de se retrouver dans les pages d’autrui. Ils ont à se situer face à l’afflux des témoignages écrits par les non-professionnels et à l’émergence de nouveaux auteurs que la guerre a fait écrivains, comme Genevoix. Ils répondent également à un impératif de vérité car ils voient les patriotes de l’arrière déformer la réalité du front à des fins idéalistes et propagandistes. Chez Barbusse et Duhamel, il s’agit d’une véritable mission morale. Enfin, ceux qui sont particulièrement exposés obéissent à un mouvement très intime : pressés par le temps et par la mort, ils craignent de disparaître avant d’avoir pu réaliser leur projet littéraire et donner leur contribution à la communauté des hommes.

Les auteurs écrivent souvent dans des conditions difficiles, au front, à l’hôpital, si bien qu’il leur faut attendre l’occasion d’une convalescence, d’une réforme ou d’un changement d’affectation pour mener à bien leur entreprise. Mais avant d’être lu, leur livre doit encore passer l’épreuve des éditeurs et de la censure. Les moins critiques et les plus patriotiques d’entre eux – Benjamin, Malherbe – ne trouvent aucun obstacle sur leur route. Duhamel, en revanche, supporte si mal les chicanes qu’on impose à Vie des martyrs, qu’il décide de passer outre avec Civilisation.

Il faut cependant se souvenir que la censure ne s’est pas appliquée de façon uniforme et radicale tout au long de la guerre : devant l’indignation soulevée par le décalage entre les enjolivements mensongers et la terrible réalité du front, des récits plus authentiques, plus proches des simples soldats, accèdent à la publication. Cette évolution explique le succès jamais démenti du Feu, qui paraît d’abord en feuilleton, puis en volume, en 1916, et qui est considéré par les observateurs de l’époque comme l’un des plus grands livres de la guerre.

Réduits au mutisme par cette même censure et par la règle tacite de l’union sacrée, les plus farouchement pacifistes se voient contraints de travailler en retrait ou de s’exprimer en dépit des contraintes, tels les collaborateurs de la revue Les Humbles. Tous n’ont pas la possibilité de choisir l’exil et de parler depuis un terrain neutre, comme Romain Rolland. La production pléthorique des écrits de guerre ne doit d’ailleurs pas faire oublier le silence volontaire de certains écrivains, que l’action accapare, ou qui refusent de céder aux sirènes d’une reconnaissance douteuse. C’est le cas de Charles Vildrac, qui reprendra la parole après la guerre.

Dans la masse des récits publiés entre 1914 et 1919 se distinguent ceux qui ont rencontré les faveurs du public, en particulier les prix Goncourt. Mais la majorité d’entre eux n’ont plus aujourd’hui qu’une valeur documentaire, tandis que les livres de Barbusse, Duhamel et Dorgelès possèdent une liberté et une qualité littéraires qui leur ont permis de traverser le siècle. Que la littérature puisse entrer en conflit avec le témoignage, le monde littéraire le comprend immédiatement. C’est pourquoi les écrivains qui combattent – distincts des combattants qui écrivent – cherchent généralement l’équilibre entre l’authenticité et l’écriture. Le plus souvent, la narration à la 1ère personne, l’inspiration autobiographique et le réalisme garantissent une forme de véracité. Mais l’exactitude ne peut pas tout. Si Barbusse se tient au plus près du réel, il ne se sert pas moins de la fiction à des fins pacifistes. Pour Mac Orlan, la caricature a plus d’impact que le naturalisme. Dorgelès, lui, n’hésite pas à remodeler et à réinventer parce que les lois de son récit ne sont pas celles de la guerre : il veut exprimer une vérité plus profonde que la pure copie du réel.

De même qu’un tableau n’est pas l’exacte imitation de la réalité, une œuvre littéraire ne peut être la simple reproduction de l’expérience vécue. Pour atteindre leurs buts, les écrivains de la Grande Guerre veulent façonner la matière sans la trahir, mais sans abdiquer devant elle.

Il appartient au lecteur d’aujourd’hui de dire s’ils ont réussi.

Laurence Campa
Maître de conférences HDR Paris Créteil - Est

 

Ci-dessous, une sélection de douze ouvrages de littérature de guerre pour la période 1914-1919 >>

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René Benjamin, Gaspard, 1915

Si Gaspard part à la guerre, c'est avant tout pour en découdre avec les Allemands, mais il est vite confronté à la solitude, puis à l'horreur des combats : à la solitude, à l’attente, à l’immobilisme, aux tueries.  Malgré tout, ce Parisien type, pittoresque et débrouillard, reste un personnage plein de vie, ce qui lui vaut de s'attacher, et réciproquement, à de nombreux "copains" issus de milieux divers, symboles du brassage social.

Homme de lettres de sensibilité nationaliste, fantassin au 303e RI, René Benjamin (1885-1948) écrit l'essentiel de son roman depuis l'hôpital de Tours, où il séjourné plusieurs mois dès septembre 1914 en raison d'une grave blessure.

Il a reçu pour ce roman le Prix Goncourt en 1915.

 

Édition originale - Paris, Arthème Fayard, 1915
Édition récente - Paris, L'Archipel, 1998

Adrien Bertrand, L'Appel du sol, 1916

Ce roman suit les étapes significatives de la vie d’un bataillon français de chasseurs alpins, de la préparation aux premiers combats en passant par les assauts répétés, les peines, les morts, le repos, l'attente, les doutes avec cette question qui revient sans cesse : « Que faisons-nous là ? ».

Journaliste et poète français, pacifiste, Adrien Bertrand (1888-1917) ne peut résister à « l'appel du sol » pour défendre la patrie de ses aïeux. Lors des combats, il est blessé au poumon droit. Il meurt de cette blessure deux ans plus tard.

Il a reçu pour ce roman le Prix Goncourt en 1916.

 

Édition originale - Paris, Calmann-Levy, 1916
Édition récente - Charleston (États-Unis), Nabu Press, 2010

Paul Geraldy, La Guerre, Madame …, 1916

 La Guerre, Madame… est le récit d'une seule journée. Maurice Vernier est caporal. Lors d'une permission, il se rend à Paris. Il y rend visite à deux femmes, l'une jeune, l'autre plus âgée, qui est aussi la mère de son meilleur ami. La vie à l'arrière est dépeinte. C'est l'occasion pour l'auteur de donner une voix à ceux qui ne combattent pas et, de décrire, avec humour, les tensions entre le front et l'arrière, mais aussi de montrer une certaine proximité entre combattants et non combattants.

Poète et dramaturge français, Paul Géraldy (Paul Lefèvre, 1885-1983) a connu un grand succès littéraire avec ce livre.

 

Édition originale - Paris, Georges Crès & Cie éditeurs, 1916

Henri Barbusse, Le Feu, 1916

Henri Barbusse raconte, par le personnage du narrateur et par dialogues interposés, la vie quotidienne d’une escouade de fantassins alors que la guerre sévit déjà depuis deux ans. Sous-titré « Journal d'une escouade », ce témoignage est écrit dans un style naturaliste, où l'argot des poilus tient une grande place (ce qui a pu être reproché à l'auteur). Il est aussi porteur d'un message d'espoir pacifiste.

Romancier reconnu, Henri Barbusse (1873-1935) a lui-même connu le feu dans les tranchées dès 1915, d’abord comme soldat puis comme brancardier. C’est en majeure partie dans les hôpitaux que son livre a été écrit. L’après-guerre sera, pour l’écrivain, le temps de l’engagement révolutionnaire et communiste.

Il a reçu pour ce roman le Prix Goncourt en 1916. Le Feu a été adapté pour la télévision en 1997.

 

Édition originale - Paris, Flammarion, 1916
Édition récente - Paris, Gallimard, coll. Folioplus classiques, 2007

Pierre Mac Orlan, Les Poissons morts, 1917

Pierre Mac Orlan (1882-1970), de son véritable nom Pierre Dumarchey, journaliste et écrivain, est un témoin attentif de son temps. Son expérience de guerre s'étend de 1914 à Toul jusqu’en 1916 à Péronne, où il est blessé au mois de septembre. Décoré de la Croix de guerre, il ne retourne pas au front. De cette expérience, il tire ce roman qu'il rédige de 1915 à 1916.
Plein d'humour noir, son récit ressemble à un cauchemar, à une longue hallucination. Les dessins de Gus Bofa, qui viennent illustrer l'édition originale, en soulignent toute la dimension grotesque.

 

Édition originale - illustrée par Gus Bofa, Paris, Payot & Cie, 1917

Henry Malherbe, La Flamme au poing, 1917

Roman empreint d'un patriotisme ardent, La Flamme au poing fait revivre les combats à partir de l'expérience de guerre de l'auteur et s'inscrit dans le mouvement de remobilisation de 1917.

Lieutenant au 43e RAC, Henry Malherbe (1886-1958), suite à une attaque au gaz, est hospitalisé jusqu'à la fin de la guerre et restera handicapé jusqu'à la fin de sa vie.

Il a reçu pour ce roman le Prix Goncourt en 1917.

 

Édition originale - Paris, Albin Michel, 1917
Traduction américaine - The Flame in France, traduit par V. W. B., New York, The Century Co, 1918

Jean Paulhan, Le Guerrier appliqué, 1917

Jean Paulhan narre sa propre expérience de la guerre de façon détournée, en gommant les repères chronologiques et géographiques. Cela lui permet, à partir de l'expérience de ses personnages, de montrer une vision singulière du combat et des relations humaines. À travers les thèmes de l’indifférence et de la perte des repères, ce récit à la première personne explore la transformation des personnalités avec une grande économie de moyens. Entre ironie et pitié, il témoigne d’un douloureux apprentissage de la vie.

Mobilisé en qualité de sergent au 9e Zouaves, Jean Paulhan (1884-1968) a été blessé dès décembre 1914 dans l’Oise. Il devient ensuite instructeur automobile des soldats malgaches, dont il parle la langue pour l’avoir apprise sur l’île et s’est intéressé à leur poésie.

 

Édition originale - Paris, Éditions E. Sansot, 1917
Édition récente - Paris, Gallimard, 2006

Georges Duhamel, Vie des Martyrs, 1917

Partant de son expérience de médecin de guerre (Ambulance 9/3 du 1er Corps d’Armée), Georges Duhamel témoigne ici de la souffrance des blessés et de la vie des ambulances de l’immédiat arrière front. Ses chroniques couvrent les années 1914 à 1916, sans datation précise, et se situent successivement dans les secteurs Verdun, de Reims et de l’Artois. Elles témoignent pour ceux qui ne savent pas ou ne peuvent plus parler.

Poète, dramaturge et critique, George Duhamel (1884-1966), médecin de formation, s’engage volontairement en qualité de médecin aide-major dans des unités d'auto-chirurgie. Pour lui, la littérature a une vocation consolatrice et l’écrivain une mission fraternelle.

 

Édition originale - Paris, Mercure de France, 1917
Édition récente – Paris, Omnibus, 2005

Pierre Chaine, Les mémoies d'un rat, 1917

La vie du rat Ferdinand ressemble trait pour trait à celle des soldats. Pierre Chaine dévoile ainsi l’animalité du monde combattant. Fidèle à l’expérience de l’auteur, ce roman charge la fantaisie d’exprimer l’absurdité et l’horreur de la guerre. Conjugaison originale de fiction et de témoignage, il représente un document utile à qui s’intéresse à la thématique de l’animal dans le monde combattant.
Pierre Chaine (1882-1963) est mobilisé le 1er septembre 1914. Il a 32 ans quand il rejoint le 158e régiment d’infanterie. Il commence la rédaction des Mémoires d'un rat dès 1915 alors qu’il est lieutenant mitrailleur au 370e RI.

Ce texte est d'abord paru en feuilletons dans la revue L’Œuvre en 1916 avant d’être repris en volume.

Édition originale – Paris, à L’Œuvre, 1917.
Édition récente – Paris, Tallandier, coll. Texto, Paris, 2008

Georges Duhamel, Civilisation, 1918

Directement inspiré de l'expérience personnelle de l'auteur, ce livre est un témoignage doublé d'un réquisitoire, resté célèbre, contre la « nouvelle barbarie ». Devant la catastrophe produite par la civilisation technique, il en appelle à la fraternité humaine comme valeur suprême.

Georges Duhamel a reçu pour ce roman le Prix Goncourt en 1918.

 

Édition originale - Paris, Mercure de France, 1918
Édition récente - Paris, Mercure, de France, 1993

Léon Werth, Clavel soldat, 1919

Clavel soldat est un roman français largement autobiographique. L'écrivain a 36 ans, et malgré son antimilitarisme et son admiration pour Jaurès, il  s'engage pour défendre son idéal d'homme libre. Mais ce sentiment fait rapidement place à une vague de dégoût mêlé de mépris à l'égard du monde qui l'entoure. De ses camarades d'infortune, il nous livre des portraits qui révèlent crûment l'égoïsme, les mensonges, les faiblesses et les travers humains dont il fait l’expérience quotidienne.

Téléphoniste au 252e RI, Léon Werth (1978-1955), combat pendant 15 mois à compter de 1914. Cette expérience renforce son caractère protestataire.

 

Édition originale - Paris, Albin Michel, 1919
Édition récente - Paris, Éditions Viviane Hamy, Collection Bis, 2006

Roland Dorgelès, Les Croix de bois, 1919

Inspiré de l’expérience personnelle de l’auteur, cette œuvre adopte le point de vue des poilus dans les tranchées. LElle dépeint la guerre sous toutes ses facettes : en mission, au repos, dans l’attente, au cœur du danger, dans l’alternance des joies et des peines. Elle instaure aussi une gradation dans l’horreur. Sans jamais renoncer à sa verve, le narrateur réalise sa vocation littéraire pour mieux honorer les morts.

Bien que réformé, Roland Dorgelès (Roland Lécavelé, 1885-1973), journaliste et écrivain, s'engage et combat avec le 39e RI en Champagne et en Artois. En 1916, il passe dans l'aviation et quitte le front dans l'année en 1917, suite à un accident.

Il a reçu pour ce romain le Prix Femina en 1919.

 

Édition originale - Paris, Albin Michel, 1919
Édition récente -  Paris, Le Livre de Poche, 2010

  • couverture_gaspard
  • Couverture de l'édition originale de L'appel du sol
  • Couverture de l'édition originale de La guerre Madame
  • Couverture de l'édition originale de Le Feu
  • Couverture de l'édition originale des Poissons morts
  • Couverture de l'édition originale de La Flamme au poing
  • Couverture de l'édition originale du Guerrier appliquée
  • Couverture de l'édition originale de Vie de Martyrs
  • Chaine_Mémoire_d'un_rat
  • Couverture de l'édition orginale de Civilisation
  • Couverture de Clavel soldat
  • Couverture de l'édition originale des Croix de bois
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